Dans les éditions Hetzel des Voyages extraordinaires, la phrase placée sous une gravure n’est jamais un simple commentaire. Elle identifie les personnages, fixe les lieux, sélectionne un instant et peut annoncer une catastrophe ou faire naître une énigme. L’image et sa légende composent ainsi un récit parallèle, parfois fidèle au roman, parfois plus ambigu que lui.
Les grandes éditions illustrées de Jules Verne associent étroitement le texte, la gravure, la carte et la légende. Le lecteur ne suit pas uniquement une succession de chapitres : il rencontre régulièrement des scènes isolées, accompagnées d’une phrase qui semble les extraire du récit tout en les y rattachant.
Cette relation entre les mots et les images a été étudiée par René Micha dans « Les Légendes sous les images », publié en 1966 dans le numéro de la revue L’Arc consacré à Jules Verne. Son essai part d’un souvenir de lecture, puis analyse la manière dont la légende guide, prolonge ou perturbe l’interprétation d’une gravure.
René Micha, lecteur des éditions Hetzel
René Micha se souvient d’avoir d’abord été sensible aux formules étranges de Charles Perrault et de Lewis Carroll. « Et la chevillette cherra » ou « Off with his head! » fascinent l’enfant parce que les mots eux-mêmes semblent former des constructions mystérieuses. L’adolescent se tourne ensuite vers les cryptogrammes, les rébus et les messages à déchiffrer.
Les éditions Hetzel réunissent précisément ces deux plaisirs. Elles proposent des romans remplis de textes codés, de cartes, de coordonnées et de documents incomplets, mais aussi des images dont la signification dépend des quelques mots placés au-dessous. La lecture devient ainsi une activité de reconnaissance et de déchiffrement.
Pour Micha, « la légende importait beaucoup ». Elle pouvait même devenir plus attirante que l’illustration seule, car elle ouvrait une direction narrative sans fermer entièrement les possibilités d’interprétation.