Michel Serres et Jules Verne : géodésiques de la Terre et du Ciel

  1. Le voyage imaginaire en littérature : explorer les mondes inconnus
  2. La structure narrative des 7 voyages de Sindbad le Marin
  3. Sindbad : comment le récit rend l’impossible vraisemblable
  4. Sindbad le Marin : merveilleux, fantastique et mythe
  5. Jules Verne : Voyages au Cœur de l’Extraordinaire
  6. L’impact des illustrations sur l’imaginaire vernien
  7. Michel Serres et Jules Verne : géodésiques de la Terre et du Ciel
  8. Jules Verne et ses illustrateurs : la fabrique visuelle des Voyages extraordinaires
  9. Jules Verne : le pouvoir des légendes sous les images
  10. Voyage au centre de la Terre et Le Monde perdu : deux quêtes initiatiques

Dans « Géodésiques de la Terre et du Ciel », Michel Serres propose une lecture globale des Voyages extraordinaires. Les romans de Jules Verne ne seraient pas de simples aventures scientifiques : leurs parcours relient un point de départ, un centre symbolique et un retour. Le déplacement géographique devient simultanément voyage encyclopédique, remontée vers les origines et initiation mythique.

Les héros de Jules Verne parcourent la surface du globe, s’enfoncent sous la terre, plongent sous les océans et s’élèvent vers les astres. Pourtant, leurs trajectoires ne sont jamais de simples lignes tendues vers une destination. Elles décrivent des cercles, traversent des centres, reviennent au point de départ ou conduisent vers un nouveau commencement.

Michel Serres analyse cette architecture dans un essai publié en 1966 dans le numéro de la revue L’Arc consacré à Jules Verne. Son approche associe mathématiques, géographie, histoire des sciences, mythologie et lecture initiatique. Elle cherche moins à interpréter séparément chaque symbole qu’à découvrir la forme générale qui organise l’ensemble de l’œuvre.

Kinsta: Premium Managed WordPress hosting

Michel Serres, « Géodésiques de la Terre et du Ciel »

Cet article est paru dans L’Arc, no 29, pages 14 à 19, 1966 :

Grotte, caverne, excavation, puits, sape, mine… peu de romans de Jules Verne sont dépourvus de ces basiliques souterraines. Réelles : Fingal du Rayon Vert, le Mammouth du Kentucky au Testament d’un excentrique ; réelles-imaginaires : la nouvelle Aberfoyle dans le texte platonicien des Indes Noires ; parfaitement fantastiques ou creusées de main d’homme : Granite-House, le refuge semi-marin de Nemo, la Columbiad du Gun-Club, l’énorme bouche à feu du Kilimanjaro destinée à redresser l’axe des pôles, l’île évidée de Face au Drapeau, et ainsi de suite.

À ce thème tellurique se mêlent autant qu’on veut les motifs bachelardiens de l’eau et du feu, jusqu’à donner l’image princeps de l’œuvre, savoir Le Volcan. Le monde – au sens géologique – est avant tout (après tout) volcanique, le voyage extraordinaire vers le point sublime est un itinéraire vers un cratère, à partir d’un cratère ou passant par un cratère : voyez Maître Antifer, Le Volcan d’Or, Servadac.

Que trouvent, au pôle, les compagnons du Capitaine Hatteras ? Une île (autre thème majeur) ; au centre de l’île, un volcan ; le point mathématique du pôle est au centre du cratère. De plus, l’idée essentielle de l’Éternel Retour (exprimée dès L’Île Mystérieuse et perpétuée jusqu’à L’Éternel Adam) n’est rendue possible que par des suites de destructions et de palingénésies éruptives. On voit à l’évidence tout ce qu’une critique psychanalytique saurait tirer de là, on le voit trop bien pour qu’on s’y attarde.

Le Voyage au Centre de la Terre est l’ouvrage parfait du complexe d’Empédocle. Sur les traces cryptographiques de l’alchimiste Arne Saknussemm (dont toute l’œuvre est perdue, sauf le message runique), Axel et son oncle pénètrent dans le Yokul du Sneffels, en Islande, pour revenir par le Stromboli : le voyage relie la bouche d’un volcan éteint à un cratère en pleine activité.

Si on veut un catalogue, il est ici complet : les entrailles du globe portent tout ce qu’on peut désirer en matière de cavités, gouffres et abîmes, de corridors compliqués et de labyrinthes (munis d’un fil d’Ariane : le Hans-Bach), de grottes aquatiques, ruisseaux, mers et orages souterrains, de feux électriques, magnétiques, tectoniques… voici un trésor déterré à peu de frais par le psychanalyste, qui ne manque pas de s’émerveiller, en outre, de champignons géants, une forêt de symboles dont la croissance s’exaspère d’une herbe tiède et moite, comme d’un raz-de-marée assez contraire aux lois de la nature qui fait dresser certain radeau avant qu’il ne soit précipité dans telle cheminée en éruption. Le symbolisme est à fleur de texte, et n’a pas besoin de traduction ; secret mal protégé, qu’il soit enfoui sous terre ou dans un code.

Tout cela serait convaincant sans Isaac Laquedem demeure, en partie, avec lui. Chacun sait par cœur ce roman où il est dit pour la première fois que tous les hommes sont mortels et que, par réciproque, le supplice le plus exquis est l’immortalité. Simone de Beauvoir et Borgès ont peut-être lu Dumas père. Mais Verne l’avait lu sans doute, qui baptise Mathias Sandorff le Monte-Cristo des Voyages Extraordinaires : il en avait tiré tout autre chose.

Que vont chercher dans l’Averne les héros du Voyage ?

Question : que vont chercher dans l’Averne les héros du Voyage ? Quelque chose d’analogue à ce qu’y trouve Laquedem.

Laquedem est condamné au voyage, à l’errance. On le trouve en Grèce, au Caucase, à Rome, sur les océans et parmi les déserts… en tous lieux et tous temps puisqu’il ne peut mourir. Il est le Juif errant, Ulysse sans retour, lorsque le cercle grec devient ligne monodrome.

Le texte de Dumas est une ébauche ; il n’a jamais été achevé : le programme était démesuré ; vingt-cinq volumes devaient retracer l’histoire passée, présente et future de l’humanité, vécue et observée par l’éternel contemporain, plongeant ainsi dans l’anticipation. On y aurait vu « le nouveau Messie Siloë, le monde arrivé à sa perfection et s’attaquant à Dieu, seconde Passion, fin du monde par le froid et les ténèbres, le Juif, dernier homme du vieux monde et premier du nouveau ».

Paul Lacroix avait projeté L’Eternel Adam : ce fut Verne qui l’écrivit. Tout se passe comme si le programme de Dumas avait été réalisé par l’ensemble des Voyages Extraordinaires, moins l’immortel témoin, plus le cercle retrouvé. Fut-ce volontaire, inconscient ? Était-ce dans l’esprit du temps ? Je ne sais, mais le fait demeure. L’anticipation n’est plus alors qu’une tierce face des choses, et la récapitulation intégrale du passé en est une autre ou la même : L’Île Mystérieuse, par exemple, est un voyage temporel, symétrique des prospections futuristes ; le ballon est une machine à remonter le temps, de sorte que les colons de l’île Lincoln réitèrent la totalité de l’histoire à partir du point zéro, de l’état adamique à la catastrophe éruptive finale-initiale. Sur l’île-microcosme, cette micro-humanité exemplaire reprend son compte ères et stades évolutifs bien connus, jusqu’au monde parfait, la mort de Dieu-Nemo, et l’eschatologie volcanique. L’histoire est bouclée et peut reprendre pour un voyage spatial quasi-nul, l’itinéraire chronologique est quasi-exhaustif. De surcroît, L’île est le prototype de tous les romans, qui ne font que la répéter, la compléter, l’analyser.

Revenons à Laquedem-Saknussemm, et passons de l’histoire à la préhistoire, de l’archéologie à la paléontologie. Isaac a obtenu de Prométhée à l’agonie le rameau d’or qui ouvre les portes infernales, et la connaissance transcendante du lieu où se tiennent les Parques, le Centre de la Terre. Accompagné d’Apollonius de Tyane, il franchit les étapes de l’initiation, traverse le lac noir et se trouve au seuil de l’abîme. Chez Verne et Dumas, point n’est besoin de solliciter les textes pour se convaincre de la prégnance des thèmes homériques, virgiliens ou dantesques : ils citent tous deux, au même moment, le facilis descensus Averni, décrivent la même prairie douce, les mêmes eaux sombres, la même lumière pâle.

Néanmoins, les voyages modernes diffèrent des anciens, en cela seul qui peut changer, la science : les ombres ne sont plus traces des morts familiers, mais les strates géologiques disent une histoire et un savoir (perdus, comme les ossuaires et la flore fossile ; Cuvier, Milne-Edwards et de Quatrefages sont passés là. Apollonius et Lidenbrock sont physiciens du globe et paléontologues, chez et non plus simplement mystes ou médiums. Il s’agit de nouveau, chez Verne, d’un itinéraire à remonter le temps à mesure qu’on va profond : nouveau sens (ou fort ancien) de l’anamnèse. L’archéologie prend ici la constellation globale de ses significations : secret perdu-retrouvé de l’inscription runique, inconscient oublié enfoui dans des symboles clairs, origine du monde et de l’homme effacée-conservée au fond des soubassements granitiques, dans des monceaux d’ossements ou des réserves de plésiosaures, vieilles traditions ésotériques de la terre creuse et des géants ancestraux.

Sur ces chemins, le jeune Axel perd la mémoire récente, Graüben, la belle Virlandaise, s’efface de son esprit. Dans le fantastique, le Voyage dépasse maintenant tous ses prédécesseurs, Homère, Dante, Dumas ; dès la Méditerranée souterraine, les morts ressuscitent, ou plutôt, ne sont jamais morts : le secret se dévoile, bien vivant, chair, os et ongle, les grands sauriens s’entr’égorgent, les fougères primitives vont au-dessus des arbres, paissent les mastodontes dont les trompes font un fouillis de serpents. Il ne s’agit plus d’interroger l’ombre des ombres, ou les déesses de la Mort, mais de contempler la vie originaire, proto-historique, naïvement découverte et présente, comme un livre de paléontologie vécue. C’est alors qu’au sein de la forêt première, dans une angoisse authentiquement onirique, est retrouvé Adam, géant de douze pieds, à la tête de buffle (Isaac Laquedem déterre un tel géant, au début de l’ouvrage, dans une tombe des Gestanl. Mais, chez Verne, il s’agit du Minotaure.) et à la crinière léonine, berger antédiluvien d’un collège de monstres. Qu’un accident interdise l’accès au centre et précipite le retour par la gueule formidable du Stromboli (le retour à l’histoire, à l’ancien-nouveau monde), qu’importe le voyage est fini, la connaissance parfaite et l’initiation accomplie dès qu’a été vu le premier homme, le père de nos pères ou le dernier témoin. Le temps reprend son cours ordinaire, les enterrés ressurgissent (les morts ne sont jamais morts), la Parque du Centre renoue le fil.

Je veux bien qu’on soumette les symboles à la critique psychanalytique – que l’ancêtre-lieu-père soit immanior ipse etc… -, mais je veux alors qu’on admette que la clé de la lecture est donnée en même temps que la lecture, la méthode avec le problème, le mouvement avec le but, le médecin et son savoir avec le patient et son mal, l’apprenti avec son guide, l’initié avec son prêtre, le labyrinthe avec son fil. Le cryptogramme est tout aussitôt muni de sa grille, et l’abîme de son Hans-Bach (et lorsqu’on perd le ruisseau d’Ariane, le fil de la propagation sonore le relaie) ; la bouche d’ombre est gravée d’inscriptions runiques : les chemins de la mort et de l’origine sont des chemins marqués ; de même, la faune et la flore inconscientes-imaginaires-scientifiques sont au terme du mouvement régressif, de l’anamnèse, de la descente et la volte du temps. Les secrets sont des résultats, ou, si l’on veut, l’analyse est exposée tout autant que ce qu’il faut analyser. Il y a toujours un prédécesseur sur la voie du héros, un explorateur ou un savant pour expliquer : monde de l’aveu et du savoir autant que du symbole et du caché ; mieux, monde des chemins du secret, naïvement montré.

Kinsta: Premium Managed WordPress hosting

Qu’est-ce qu’un Voyage Extraordinaire ?

De fait, il n’est jamais question que d’explorations et de découvertes, de voyages pour donner à voir, d’itinéraires à connaître l’inconnu. En général, qu’est-ce qu’un Voyage Extraordinaire ?

C’est d’abord un voyage ordinaire, dans l’espace (terrestre, aérien, maritime, cosmique) ou dans le temps (passé, présent, avenir : Hier et Demain), un parcours de tel point donné à tel autre désiré, par tous moyens de locomotion ; sur ces moyens, peu d’invention, encore moins d’anticipation : le sous-marin est déjà en projet, le projectile sidéral est vieux de deux siècles, les machineries à la Robur ne sont pas nouvelles, et Jules Verne a un peu honte de Servadac. Si l’anticipation sociale et politique est hardie et détaillée (Begum, Jonathan), est timide l’extrapolation technique, quoiqu’on ait dit. Ce premier itinéraire est généralement circulaire, comme le temps qui le mesure ou qui lui sert de champ ; la pensée de l’Eternel Retour le domine, et le futur n’y est qu’un profil cavalier. Les images, ici, se groupent autour d’une structure point-cercle, traduite partout de mille et une façons : pôle, centre, île volcanique (à cet égard, l’exemple qui précède est riche : un centre et deux îles à volcan.), maelström etc… Le point sublime y est la référence d’une géodésique spatiale ou temporelle fermée.

C’est ensuite un voyage encyclopédique : l’Odyssée est circulaire, elle parcourt le cycle du savoir. Le but du parcours est un lieu privilégié où il est possible d’expérimenter directement une théorie scientifique, ou de résoudre un problème pendant : existe-t-il un chaînon intermédiaire entre les grands singes et l’homme, allez le voir au Village Aérien ; la Terre est-elle pourvue d’un deuxième satellite, suivez Barbicane etc. D’où la profusion d’algèbre, de mécanique, de résistance des matériaux, d’astronomie, de zoologie, d’entomologie, de géographie, d’histoire, trop élémentaires et naïves pour être supportables, le plus souvent. On vient de voir la paléontologie et la géologie enfantines se donner libre cours, et la question de la chaleur centrale se résoudre par expérience vécue. C’est le côté Education du Magasin de Hetzel, comme le premier voyage dessinait le profil Récréation. Mais, dans l’intention, la tradition homérique est respectée : instruire et plaire, faire le bilan des sciences et des techniques du temps ; aller au-delà des terres connues et des connaissances humaines. Amuser, enseigner, initier.

C’est enfin et surtout un Voyage Initiatique, au même titre que le périple d’Ulysse, l’Exode du peuple hébreu ou l’itinéraire de Dante. Le cercle spatio-temporel et le point sublime, le cycle encyclopédique et l’expérience savante, supportent une marche d’un tout autre ordre, qui seule explique l’intérêt étrange et passionné que chacun (pour soi) porte à cette œuvre, malgré ses faiblesses artistiques et intellectuelles. Jules Verne est, à ma connaissance, le seul écrivain français récent qui ait recueilli et caché tous les sédiments d’un exotisme pittoresque et d’un savoir au goût du jour (pourtant dérisoire et, de fait, très en retard), la quasi-totalité de la tradition européenne en matière de mythes, d’ésotérisme, de rites initiatiques et religieux, de mysticisme.

On trouve toujours, dans le Voyage, l’Exode sous l’Odyssée, ou cette Odyssée sous les premières. Du Sneffels au Stromboli, se développe un récit orphique : Axel dans le souterrain adamique, c’est Orphée aux Enfers ; bien entendu, il est d’abord Ulysse sur son radeau, attaché au mât lorsque fait rage la tempête ; il est aussi le sage et l’avisé, devenu homme de science, et pesant l’âge de la planète ; mais il est surtout le postulant aux arcanes, victorieux des épreuves de l’initiation par l’eau, par le feu et l’abîme. La psychanalyse offre alors de la critique un profil qui risque de voiler la vraie nature extraordinaire du Voyage, en pensant la découvrir et l’exprimer ; qui renverse le sens de l’écrit vers des concrétions de l’âme personnelle, et qui, par là même, oublie le sens de l’errance, de l’attirance, de l’apprentissage, et des chemins de l’initiation.

En bref, la seule science où l’on puisse reconnaître que Jules Verne soit passé maître, est la Mythologie. Non seulement il la connaît, mais il sait mieux encore l’art de la dire en la celant, de l’exprimer en la dérobant : style clair-enveloppé d’un authentique ésotérisme, ici voilé par l’exotisme. Autant sur la manière que sur la matière, il rejoint ses grands prédécesseurs : les Voyages Extraordinaires sont notre Odyssée ou notre Bible, en tous les sens (la Télémaquie, ou recherche du père sous la protection d’un mentor, n’y manque pas : le Capitaine Grant et autres).

La descente aux Enfers, le fil d’Ariane et le Minotaure, Adam vivant et la résurrection des morts (Servadac : cadavres) ne sont que des exemples partiels, qui peuvent ne pas convaincre. Mais comment se décider à nommer ce héros qui perd la vue (marchant sous la conduite d’un ange ? aveugle, borgne, les yeux bandés ?) pour la recouvrer en fin d’initiation, ou pour demeurer le plus clairvoyant des perceurs d’énigmes ? Tobie, Œdipe, Horatius, Coclès, Michel Strogoff ? (Et manchot comme Scévola, pendant le grand combat final contre le traître). Et comment nommer ce voyage coupé d’épreuves et de plaies, pluie de sang et nuages de sauterelles, passage du désert et puits amer, isolement sur la haute montagne et transfert au-delà des eaux, ce voyage terminé dans la contemplation éblouie du pays promis, vivifié par un réseau de veines liquides et respirant la fortune ? L’Exode, Trois Russes et Trois Anglais ?

La lecture du cryptogramme demande trois grilles ; les deux premières sont entre toutes les mains. Nous essayons, dans un prochain ouvrage, de construire la troisième, d’appliquer les chemins du ciel sur les géodésiques de la Terre.

Michel Serres, ARC numéro 29, Paris, 1966.

Qui est Michel Serres dans l’histoire de la critique vernienne ?

Michel Serres est à la fois philosophe, historien des sciences et lecteur passionné de Jules Verne. Son essai « Géodésiques de la Terre et du Ciel » paraît dans L’Arc, no 29, en 1966. Il est ensuite repris dans Hermès ou la communication sous le titre « Loxodromies des voyages extraordinaires ».

Ce changement de titre est significatif. La géodésique évoque une trajectoire privilégiée sur une surface, tandis que la loxodromie est une route oblique conservant le même cap. Dans les deux cas, Michel Serres cherche une géométrie du voyage : une loi permettant de relier les itinéraires, les savoirs et les mythes.

Sa lecture ne prétend pas démontrer que Jules Verne a consciemment construit chaque roman à partir d’un programme ésotérique. Elle met plutôt au jour des formes récurrentes : cercle, centre, île, volcan, labyrinthe, descente, remontée et retour. Ces structures rapprochent les Voyages extraordinaires des grandes traditions épiques et initiatiques.

Distingo, le livret à 2%

Qu’est-ce qu’une géodésique ?

La géodésie est la science qui étudie la forme de la Terre, ses dimensions et son champ de pesanteur. En géométrie, une géodésique désigne une trajectoire localement directe sur une surface courbe. Sur une sphère, les grands cercles fournissent les principales géodésiques.

Le terme prend chez Michel Serres un sens critique et métaphorique. Les romans de Jules Verne suivent des lignes qui paraissent d’abord géographiques, mais qui relient également différents niveaux du savoir et du temps. Le trajet matériel se double d’un parcours intellectuel et symbolique.

La destination constitue souvent un « point sublime » : centre de la Terre, pôle, île, cratère, sommet ou astre. Autour de ce point s’organisent le déplacement des personnages, l’expérience scientifique et l’épreuve initiatique.

De la géodésique à la loxodromie

Une loxodromie est une courbe qui coupe tous les méridiens sous un angle constant. Dans la navigation, elle correspond à une route suivie à cap fixe. Sur une carte de Mercator, elle apparaît comme une ligne droite, même si elle ne représente généralement pas le trajet le plus court sur le globe.

La loxodromie décrit donc un voyage qui maintient une orientation tout en se déployant sur une surface courbe. Elle peut s’enrouler autour d’un pôle sans l’atteindre directement. Cette figure convient particulièrement aux héros verniens : ils conservent leur désir de découverte, mais leur itinéraire décrit souvent une boucle, une spirale ou un détour.

Cavernes, îles et volcans : la géographie profonde de Jules Verne

Michel Serres commence par inventorier les cavités qui traversent les Voyages extraordinaires. Grottes, excavations, mines, puits, tunnels et refuges souterrains apparaissent dans de nombreux romans. Certaines cavités existent réellement, tandis que d’autres sont transformées ou entièrement imaginées.

La grotte de Fingal apparaît dans Le Rayon vert. Les Indes noires installent une société dans les profondeurs d’une ancienne mine écossaise. Granite-House protège les colons de L’Île mystérieuse, tandis que le capitaine Nemo se retranche dans des refuges marins et volcaniques.

Ces espaces ne constituent pas seulement des décors pittoresques. Ils organisent une géographie de l’intérieur. Le voyageur quitte la surface familière pour pénétrer dans un lieu clos où les lois sociales, temporelles et naturelles peuvent être recomposées.

Le volcan comme image centrale

Le volcan rassemble plusieurs motifs fondamentaux : le feu, la profondeur, la destruction, la renaissance et le passage entre la surface et l’intérieur. Il peut constituer le point de départ du voyage, son objectif ou la voie du retour. Chez Jules Verne, le cratère fonctionne souvent comme une porte.

Dans Les Aventures du capitaine Hatteras, le point géographique du pôle Nord se trouve au centre d’une île volcanique. Voyage au centre de la Terre relie le Snæfellsjökull, volcan islandais éteint, au Stromboli, volcan méditerranéen en activité. Hector Servadac, Le Volcan d’or et Sans dessus dessous prolongent cette fascination tellurique.

Le volcan associe ainsi deux directions opposées. Il permet de descendre dans les entrailles du globe, mais il rejette également la matière vers le ciel. Il matérialise la communication entre la Terre profonde et l’espace supérieur.

Le complexe d’Empédocle

Michel Serres qualifie Voyage au centre de la Terre de roman exemplaire du complexe d’Empédocle. Ce concept provient de Gaston Bachelard et de sa réflexion sur l’imaginaire du feu. Il s’inspire de la légende selon laquelle le philosophe grec Empédocle se serait jeté dans l’Etna.

Le complexe associe la fascination pour le feu, le désir de destruction et l’espoir d’un renouvellement. Le volcan ne représente donc pas seulement une menace. Il promet une transformation : mourir à une forme d’existence pour renaître sous une autre.

Cette ambivalence structure le voyage d’Axel. Il entre par la bouche d’un volcan éteint et ressort par un cratère actif. La descente l’éloigne de sa vie ordinaire ; l’éruption finale le rend au monde après l’avoir physiquement et intellectuellement transformé.

Kinsta: Premium Managed WordPress hosting

Voyage au centre de la Terre : du labyrinthe à l’initiation

L’expédition de Lidenbrock, Axel et Hans suit les traces d’Arne Saknussemm, savant islandais du XVIe siècle. Un message runique fournit l’itinéraire, tandis que les marques laissées dans les profondeurs confirment qu’un prédécesseur a déjà parcouru le chemin. La découverte consiste donc moins à inventer une route qu’à retrouver une voie perdue.

Le voyage commence par un cryptogramme. Le secret contient pourtant sa propre méthode de résolution : Axel découvre que le texte doit être lu selon un ordre particulier. De la même manière, le labyrinthe souterrain possède son fil d’Ariane sous la forme du Hans-bach, le ruisseau découvert par le guide islandais.

Lorsque le ruisseau disparaît, un autre fil prend le relais : la propagation de la voix à travers les galeries permet à Axel de retrouver ses compagnons. Les chemins du secret sont donc balisés. Chaque énigme est accompagnée d’un instrument, d’un guide ou d’une méthode capable de la résoudre.

Le secret est donné avec sa clé

Cette caractéristique distingue l’univers vernien d’un monde purement occulte. Les signes ne sont pas destinés à rester incompréhensibles. Ils doivent être déchiffrés, mesurés et intégrés à un savoir transmissible.

Le savant explique, le guide montre la route et le jeune héros apprend à lire. Le monde paraît caché, mais il contient les moyens de sa révélation. L’initiation n’est pas l’accès arbitraire à un mystère réservé : elle est un apprentissage progressif des signes.

Isaac Laquedem : le voyageur qui ne peut plus revenir

Michel Serres rapproche Voyage au centre de la Terre d’Isaac Laquedem, roman inachevé d’Alexandre Dumas. Son héros est le Juif errant, condamné à traverser les lieux et les siècles sans pouvoir mourir. Son déplacement ne décrit plus le cercle d’Ulysse retournant à Ithaque, mais une ligne théoriquement interminable.

Dumas projetait une immense fresque de l’histoire humaine, depuis les mondes anciens jusqu’à un avenir apocalyptique. Le roman fut interrompu en 1853 après sa publication en feuilleton et ne réalisa qu’une partie de ce programme. Laquedem demeure néanmoins un témoin universel, capable de relier mythologie, histoire et anticipation.

Serres ne démontre pas une influence documentaire précise sur chaque roman de Jules Verne. Il établit plutôt une parenté structurelle. Les Voyages extraordinaires réaliseraient collectivement ce que le voyageur immortel devait accomplir seul : parcourir l’histoire du monde, en explorer les origines et imaginer ses futurs possibles.

La ligne de l’errance et le cercle du retour

Isaac Laquedem ne peut achever son voyage, puisque sa condamnation est précisément de continuer à marcher. Les héros de Jules Verne retrouvent au contraire le cercle. Ils partent d’un monde connu, atteignent un point extrême, puis reviennent afin de raconter, publier ou transmettre leur expérience.

Le cercle ne signifie pas que rien n’a changé. Le voyageur revient à son point de départ avec un savoir nouveau. Le trajet spatial se ferme, mais l’initiation a produit une transformation irréversible.

L’Averne : descendre parmi les morts

Le lac Averne, près de Cumes, était considéré dans l’Antiquité comme une entrée du monde souterrain. Au livre VI de l’Énéide, la Sibylle explique à Énée que la difficulté ne consiste pas à descendre, mais à revenir vers la lumière :

« Facilis descensus Averno. »

Virgile, Énéide, livre VI, vers 126

La formule signifie que la descente vers l’Averne est facile. Remonter vers l’air supérieur constitue en revanche l’épreuve véritable. Cette structure organise de nombreuses catabases : entrer dans le monde des morts est possible, mais en ressortir exige une protection, un guide ou une transformation.

Dumas et Jules Verne modernisent cette descente. Le voyage souterrain ne mène plus seulement vers les ombres des défunts. Il conduit vers les couches de la Terre, les fossiles, les espèces disparues et les traces des premières humanités.

De la nécromancie à la paléontologie

Dans l’épopée antique, le héros interroge les morts afin d’obtenir un savoir sur son destin. Chez Jules Verne, le géologue et le paléontologue interrogent les strates, les ossements et les empreintes. Le sol remplace l’oracle, tandis que le fossile devient un message.

La science ne supprime donc pas la structure mythique. Elle lui donne un nouveau langage. Les ombres infernales deviennent des espèces éteintes, le royaume des morts devient le temps géologique et le devin devient savant.

Descendre dans l’espace, remonter dans le temps

La profondeur possède chez Jules Verne une valeur chronologique. Plus Axel s’enfonce sous la surface, plus il rencontre des formes anciennes. Les couches géologiques transforment la descente spatiale en régression temporelle.

Cette remontée vers l’origine constitue une forme d’anamnèse, c’est-à-dire une récupération de la mémoire. Le monde moderne a oublié ses commencements, mais la Terre les conserve sous forme de signes : inscriptions, fossiles, forêts primitives et animaux préhistoriques.

Axel oublie progressivement sa vie récente. Graüben, Hambourg et l’avenir matrimonial qui l’attendait s’éloignent de sa pensée. À mesure que la mémoire individuelle s’efface, une mémoire plus ancienne — celle de la planète et de l’espèce — prend sa place.

Quand les morts redeviennent vivants

Le monde souterrain ne contient pas seulement des restes. Les reptiles préhistoriques s’affrontent dans la mer Lidenbrock, les mastodontes parcourent une forêt primitive et un berger gigantesque semble garder leurs troupeaux. Les êtres que la paléontologie ne connaissait qu’à travers leurs os retrouvent la chair et le mouvement.

Le fantastique vernien naît précisément de ce passage. La science reconstitue le passé à partir de fragments ; le roman donne vie à cette reconstitution. Le livre de paléontologie devient une expérience vécue.

Le berger antédiluvien : Adam ou Minotaure ?

La vision du berger antédiluvien représente le point extrême de la descente vers les origines. Axel ne voit plus seulement une espèce disparue, mais une forme humaine archaïque. Serres le rapproche à la fois d’Adam, premier homme, et du Minotaure, créature gardant le centre du labyrinthe.

L’apparition reste ambiguë. Axel tente ensuite de la rationaliser en évoquant un singe gigantesque, mais cette explication ne dissipe pas entièrement le trouble. L’initiation atteint son terme lorsqu’il a entrevu le père de l’humanité ou son double monstrueux.

L’Île mystérieuse : recommencer toute l’histoire

Pour Michel Serres, L’Île mystérieuse constitue un modèle particulièrement complet des Voyages extraordinaires. Les naufragés arrivent sur une île presque dépourvue d’objets manufacturés et doivent reconstituer les techniques nécessaires à leur survie. Ils recommencent symboliquement l’histoire matérielle de l’humanité.

L’île fonctionne comme un microcosme. Les colons passent de l’état de dénuement à une société organisée grâce au feu, à la métallurgie, à l’agriculture, à l’élevage et à l’industrie. Leur parcours spatial reste limité, mais leur itinéraire historique devient immense.

Le roman s’achève sur une catastrophe volcanique qui détruit l’île. Le monde construit retourne presque au néant, tandis que les survivants emportent la mémoire de leur expérience. La fin rejoint ainsi le commencement : destruction et recommencement appartiennent au même cycle.

L’Éternel Retour et L’Éternel Adam

Serres rapproche cette structure de L’Éternel Adam, récit publié en 1910 sous le nom de Jules Verne. Les recherches bibliographiques contemporaines attribuent cependant ce texte à son fils Michel Verne, auteur du manuscrit intitulé Édom.

Le récit conserve néanmoins un intérêt pour l’analyse du cycle. Une civilisation disparaît, ses savoirs sont oubliés, puis une autre société se reconstruit sur ses ruines. La catastrophe ne représente pas une fin absolue, mais le point de départ d’un nouveau cercle.

Le Voyage extraordinaire possède trois dimensions

Michel Serres distingue implicitement trois voyages superposés. Le premier traverse l’espace ou le temps. Le deuxième rassemble et expérimente les connaissances. Le troisième transforme le voyageur par une succession d’épreuves.

Le voyage géographique

Le héros se déplace d’un point connu vers une destination exceptionnelle. Il utilise les moyens de transport de son époque ou leur extrapolation : bateau, train, ballon, sous-marin, projectile, éléphant mécanique ou aéronef.

Le trajet est généralement mesurable. Il reçoit des coordonnées, des distances, une chronologie et une carte. Même lorsque le monde exploré devient invraisemblable, son accès reste organisé par une géographie.

Le voyage encyclopédique

Le déplacement sert également à parcourir les savoirs du XIXe siècle. Astronomie, géologie, zoologie, botanique, mécanique, géographie et histoire entrent dans le roman. La destination permet parfois de vérifier directement une hypothèse scientifique.

Le lecteur apprend en suivant l’aventure. Le projet éducatif d’Hetzel se combine avec le plaisir du récit. Michel Serres résume ce programme en trois verbes :

« Amuser, enseigner, initier. »

Michel Serres, « Géodésiques de la Terre et du Ciel », 1966

Le voyage initiatique

Le héros ne se contente pas d’atteindre un lieu ou d’acquérir des connaissances. Il traverse des épreuves qui modifient son identité. L’eau, le feu, l’obscurité, la solitude, l’aveuglement, le labyrinthe et le passage de la mort à la lumière composent une initiation.

Axel devient savant en parcourant le monde souterrain. Michel Strogoff perd temporairement la vue avant de la retrouver et d’accomplir sa mission. Les enfants du capitaine Grant recherchent leur père sous la conduite de plusieurs mentors. Le déplacement extérieur met ainsi en scène une transformation intérieure.

Sous l’Odyssée, l’Exode et la descente d’Orphée

Serres lit les Voyages extraordinaires comme une réécriture moderne des grandes routes mythiques. L’Odyssée fournit le voyage circulaire, les îles, les monstres et le retour. L’Exode apporte le désert, les épreuves, les plaies, le passage des eaux et la contemplation finale d’une terre promise.

Orphée et Énée fournissent la structure de la descente aux Enfers. Ariane donne le fil du labyrinthe. La Télémaquie organise la quête du père, tandis que les mythes de l’aveuglement et de la clairvoyance éclairent plusieurs héros verniens.

Ces rapprochements ne signifient pas que chaque roman dissimule mécaniquement un mythe unique. Les récits superposent plusieurs traditions. Le héros peut être simultanément Ulysse sur son radeau, Orphée dans les profondeurs et apprenti savant devant le monde naturel.

Michel Strogoff et la clairvoyance de l’aveugle

Michel Strogoff traverse une épreuve d’aveuglement avant de devenir le plus clairvoyant des personnages. Serres rapproche cette structure de figures comme Tobie, Œdipe ou Horatius Coclès. La perte des yeux physiques accompagne paradoxalement une acquisition de discernement.

Le motif montre comment le voyage transforme une déficience en connaissance. Le héros ne voit plus le monde de la même manière après l’épreuve. Son handicap apparent devient un passage vers une autre forme de vision.

Jules Verne prédit-il vraiment l’avenir ?

Michel Serres se méfie de l’image de Jules Verne prophète des techniques modernes. Beaucoup de machines existaient déjà sous forme de projets, d’expériences ou de rêves anciens. Le sous-marin, le voyage lunaire et les aéronefs ne surgissent pas entièrement de l’imagination du romancier.

L’anticipation la plus audacieuse concerne parfois moins les objets que les systèmes sociaux, politiques et scientifiques. Jules Verne assemble les connaissances disponibles, les pousse jusqu’à leurs conséquences et observe ce qu’elles font aux individus et aux sociétés.

Sa force ne réside donc pas uniquement dans la prévision technique. Elle tient à sa capacité de replacer les sciences modernes dans des formes narratives beaucoup plus anciennes : voyage, quête, initiation, apocalypse et recommencement.

La mythologie comme science profonde de Jules Verne

Pour Michel Serres, la véritable maîtrise de Jules Verne ne doit pas être cherchée dans l’exactitude de toutes ses connaissances scientifiques. Les théories vieillissent, les nomenclatures changent et plusieurs inventions restent moins nouvelles qu’elles ne le paraissent.

Les structures mythiques conservent en revanche leur puissance. Le cercle du retour, le centre interdit, la mort symbolique, le guide, le père recherché et la renaissance permettent aux romans de survivre à l’obsolescence de certaines explications.

« La seule science où Jules Verne soit passé maître est la Mythologie. »

Michel Serres, « Géodésiques de la Terre et du Ciel », 1966

La formule ne réduit pas l’œuvre à un assemblage de légendes. Elle affirme au contraire que Jules Verne sait intégrer les mythes à la science, au voyage et à la pédagogie sans les rendre immédiatement visibles. L’ésotérisme se dissimule sous l’exotisme, tandis que l’initiation prend la forme d’une aventure scientifique.

Les chemins du ciel sur les géodésiques de la Terre

Le titre de Michel Serres associe la Terre et le Ciel. Les parcours verniens relient effectivement les profondeurs, la surface et les astres. Une même structure peut conduire vers le centre terrestre, le pôle, les fonds marins ou la Lune.

La carte géographique ne suffit donc pas à expliquer ces voyages. Il faut lui superposer une deuxième carte, composée de savoirs, puis une troisième, formée par les mythes et les rites initiatiques. Les trois grilles révèlent ensemble la cohérence de l’œuvre.

La géodésique vernienne relie ainsi des points apparemment éloignés : science et religion, passé et avenir, Terre et ciel, divertissement et connaissance. Le trajet le plus profond n’est pas nécessairement celui qui couvre la plus grande distance. Il est celui qui transforme un itinéraire mesurable en expérience universelle.

Une lecture toujours féconde des Voyages extraordinaires

L’essai de Michel Serres demeure important parce qu’il refuse de séparer la science de l’imaginaire. Les connaissances géologiques, astronomiques ou mécaniques ne constituent pas une couche superficielle ajoutée au roman. Elles deviennent les nouveaux instruments d’anciens voyages vers les origines, la mort et la renaissance.

Cette méthode permet également de comprendre pourquoi les Voyages extraordinaires résistent au vieillissement scientifique. Les faits et les machines appartiennent au XIXe siècle, mais la forme du parcours demeure reconnaissable. Chaque lecteur peut à son tour suivre la route, déchiffrer les signes et atteindre son propre point sublime.

Chez Jules Verne, explorer le monde revient donc toujours à apprendre comment le lire. La Terre est une surface à parcourir, une archive à déchiffrer et un labyrinthe dont les chemins communiquent avec ceux du ciel.

Poursuivre l’exploration de l’imaginaire vernien

Sources et repères

Questions fréquentes sur Michel Serres et Jules Verne

Qu’est-ce qu’une géodésique ?

Une géodésique est une trajectoire localement directe sur une surface courbe. Michel Serres emploie cette notion pour décrire les itinéraires qui relient les espaces, les savoirs et les structures mythiques dans les Voyages extraordinaires.

Quelle différence existe-t-il entre une géodésique et une loxodromie ?

La géodésique correspond au chemin localement le plus direct sur une surface. La loxodromie coupe les méridiens sous un angle constant et suit donc un cap fixe. Michel Serres a employé les deux termes pour analyser les trajectoires verniennes.

Pourquoi les volcans sont-ils si importants chez Jules Verne ?

Le volcan relie les profondeurs de la Terre à la surface et au ciel. Il représente simultanément la destruction, le passage, la renaissance et le recommencement. Plusieurs voyages commencent, culminent ou s’achèvent dans un cratère.

Que signifie le complexe d’Empédocle ?

Gaston Bachelard appelle ainsi une rêverie associant fascination pour le feu, désir de destruction et espoir de renouvellement. Michel Serres applique ce complexe à Voyage au centre de la Terre, qui conduit ses héros d’un volcan éteint à un volcan actif.

Pourquoi Michel Serres rapproche-t-il Jules Verne d’Isaac Laquedem ?

Le Juif errant de Dumas devait traverser toute l’histoire humaine. Serres estime que les Voyages extraordinaires accomplissent collectivement un programme comparable, mais en remplaçant l’errance infinie par des voyages circulaires qui permettent le retour et la transmission.

Quels sont les trois niveaux d’un Voyage extraordinaire ?

Le Voyage extraordinaire est à la fois géographique, encyclopédique et initiatique. Il conduit vers un lieu, permet d’expérimenter des connaissances et transforme le héros par une succession d’épreuves symboliques.

Jules Verne est-il surtout un auteur scientifique ?

La science structure ses romans, mais Michel Serres considère que leur puissance durable vient surtout de leur mythologie. Les connaissances modernes y réactivent les voyages d’Ulysse, les descentes aux Enfers, l’Exode, la quête du père et les rites d’initiation.

Qui a écrit L’Éternel Adam ?

Le récit fut publié en 1910 sous le nom de Jules Verne. La Bibliothèque nationale de France l’attribue désormais à Michel Verne, dont l’écriture a été identifiée sur le manuscrit intitulé Édom.

Demandez à l'IA son opinion
Gravatar for Matt Biscay

Matt Biscay est enseignant, spécialiste de littérature, de civilisation anglo-américaine et de didactique de l’anglais. Titulaire d’un diplôme de l’Université de Cambridge, il accompagne les élèves et les étudiants dans l’analyse des textes, des idées, des sociétés et des cultures.

Sur SkyMinds, il partage des ressources pédagogiques, des analyses littéraires, des articles de civilisation et des réflexions sur l’enseignement, avec une approche claire, structurée et tournée vers la transmission.

Laisser un commentaire