Les Voyages extraordinaires transforment les sciences, les explorations et les inventions du XIXe siècle en matière romanesque. Jules Verne ne se contente pourtant pas de célébrer le progrès : il en révèle aussi la démesure, les dangers et les contradictions. De la surface du globe aux profondeurs terrestres, son œuvre explore simultanément le monde, son passé enfoui et l’imaginaire humain.
Lorsque Jules Verne publie Cinq semaines en ballon en 1863, la carte du monde semble se remplir rapidement. Les grandes navigations ont relié les continents, les empires coloniaux étendent leur domination et les sociétés de géographie recensent les dernières régions encore mal connues. Pourtant, l’inconnu ne disparaît pas : il se déplace vers les pôles, les profondeurs océaniques, le sous-sol, l’atmosphère et l’espace.
Les Voyages extraordinaires naissent de ce déplacement. Jules Verne reprend les anciennes structures du voyage imaginaire, mais il les confronte aux cartes, aux instruments, aux classifications et aux hypothèses scientifiques de son époque. Le merveilleux ne s’oppose plus simplement à la raison : il surgit au cœur même du discours qui prétend expliquer le monde.
Des voyages de Sindbad au monde de Jules Verne
Les voyages de Sindbad s’inscrivent dans un univers où les limites géographiques restent largement ouvertes à l’imagination. Une île lointaine peut encore abriter un géant, un oiseau gigantesque ou une civilisation inconnue. Le manque de connaissances ne constitue pas un défaut du récit : il fournit l’espace dans lequel le merveilleux peut se développer.
Neuf siècles plus tard, Jules Verne écrit dans un environnement très différent. Les voyages maritimes, la cartographie, la presse et les sociétés savantes ont considérablement élargi le domaine du connu. Le romancier ne peut plus placer librement une île merveilleuse sur une route commerciale sans mobiliser des explications plus précises.
La différence entre Sindbad et Verne ne réside donc pas dans une opposition simpliste entre ignorance et science. Elle concerne plutôt la manière de construire le vraisemblable. Sindbad s’appuie sur le témoignage oral du marchand ; Verne ajoute les coordonnées, les instruments, les nomenclatures, les dates et l’autorité du savant.
Cette évolution prolonge les analyses consacrées au voyage imaginaire et à l’exploration des mondes, ainsi qu’à la rhétorique de la vraisemblance dans Sindbad.
La fermeture progressive de la carte
La date de 1492 sert souvent de repère symbolique pour l’entrée dans la première mondialisation européenne. Le voyage de Christophe Colomb ouvre une nouvelle phase d’exploration, de conquête et de colonisation transatlantique. Ses conséquences seront catastrophiques pour les populations américaines, notamment sous l’effet des violences, des déplacements et des maladies.
Les voyages de Vasco de Gama, de Magellan et de nombreux navigateurs complètent progressivement les représentations européennes du globe. Les routes maritimes deviennent plus régulières, tandis que les techniques de navigation et les connaissances géographiques s’améliorent. Toutefois, cette production du savoir accompagne aussi le commerce forcé, l’esclavage, la conquête et la domination impériale.
Au XIXe siècle, les espaces laissés en blanc sur les cartes se réduisent. Les pôles, l’intérieur de certains continents, les profondeurs marines et plusieurs régions montagneuses demeurent néanmoins difficiles d’accès. L’imaginaire ne perd donc pas son territoire : il se concentre dans les dernières zones que l’observation directe ne maîtrise pas encore.
Du déplacement horizontal à l’exploration verticale
Le voyage traditionnel progresse horizontalement, d’un port vers une île ou d’un continent vers un autre. Lorsque la surface terrestre devient mieux connue, le récit cherche de nouvelles directions. Il plonge sous les océans, descend dans les volcans, s’élève en ballon ou projette ses voyageurs vers la Lune.
Cette verticalisation constitue l’une des grandes transformations du voyage imaginaire. L’inconnu n’est plus uniquement situé au-delà de l’horizon. Il se trouve désormais au-dessus des nuages, sous les pieds du voyageur ou au-delà de l’atmosphère.
L’utopie : construire un autre monde
L’utopie imagine une société alternative située dans un espace séparé. L’île, la vallée, la ville géométrique ou le territoire inaccessible protègent l’expérience sociale contre la corruption du monde extérieur. Cet isolement permet de modifier les lois, la propriété, le travail, l’éducation ou l’exercice du pouvoir.
Thomas More, Tommaso Campanella et Francis Bacon utilisent ce dispositif pour comparer leur société à un contre-modèle. L’ailleurs utopique ne constitue donc pas une simple fuite : il observe le présent depuis un point de vue fictif et révèle que les institutions existantes ne sont ni naturelles ni immuables.
Dans Gargantua, Rabelais imagine l’abbaye de Thélème, organisée à l’inverse d’un couvent traditionnel. La règle des Thélémites tient dans cette formule, conservée dans son orthographe ancienne :
« FAY CE QUE VOULDRAS. »
François Rabelais, Gargantua, chapitre LVII
Cette liberté ne correspond pas à une absence totale de principes. Rabelais suppose que des individus libres, instruits et vivant en bonne compagnie sont naturellement conduits vers des actions honorables. Thélème forme donc moins une société sans règle qu’une contre-utopie libertaire opposée aux contraintes monastiques.
De l’utopie à la dystopie
Une formule couramment attribuée à Victor Hugo affirme que « l’utopie, c’est la réalité de demain ». Aucune source primaire précise ne permet cependant d’en garantir actuellement l’attribution. La formule reste éclairante : une invention politique peut annoncer un progrès, mais aussi devenir un système de contraintes.
Les utopies modernes glissent ainsi fréquemment vers la dystopie. Le monde parfait se transforme en société totalitaire lorsqu’il impose une conception unique du bonheur, de la rationalité ou de l’égalité. Dans 1984, George Orwell résume cette surveillance généralisée par l’un des slogans les plus célèbres du roman :
« BIG BROTHER IS WATCHING YOU. »
George Orwell, Nineteen Eighty-Four, 1949
La dystopie conserve la structure comparative de l’utopie, mais elle en inverse la promesse. La science, la planification et le progrès restent omniprésents, tandis que la liberté individuelle disparaît au nom de l’ordre collectif.
Les utopies verniennes restent instables
Jules Verne reprend l’île, la cité scientifique et la communauté autarcique, sans présenter systématiquement ces espaces comme des sociétés parfaites. L’île Lincoln de L’Île mystérieuse permet aux colons de reconstruire une communauté grâce au savoir et au travail. Pourtant, cette organisation dépend d’un territoire approprié, de ressources exploitées et de l’aide secrète du capitaine Nemo.
Dans Les Cinq Cents Millions de la Bégum, France-Ville et Stahlstadt opposent deux usages de la science : l’hygiène et l’organisation rationnelle d’un côté, la discipline industrielle et la destruction de l’autre. La cité idéale contient déjà la possibilité de la technocratie, tandis que la ville-usine révèle la face militaire du progrès.
L’utopie vernienne fonctionne donc rarement comme une solution définitive. Elle place une hypothèse dans l’espace afin d’en observer les conséquences. Le « que se passerait-il si… ? » produit aussi bien une promesse qu’un avertissement.
Exploration, colonisation et ambiguïtés du progrès
Les Voyages extraordinaires appartiennent à un siècle d’expansion impériale. Les explorateurs européens précèdent souvent les missionnaires, les commerçants, les administrateurs et les armées. Cartographier un territoire peut ainsi préparer son appropriation politique ou économique.
Les premiers romans de Verne partagent parfois la confiance contemporaine dans la science, l’industrie et la capacité européenne à organiser le monde. Ils utilisent également des classifications et des stéréotypes hérités du regard colonial. Cette dimension doit être étudiée plutôt qu’effacée.
Cependant, l’œuvre ne se réduit pas à une célébration uniforme de la conquête. Le capitaine Nemo combat les oppressions impériales, plusieurs savants deviennent mégalomanes et certaines machines menacent ceux qui les ont construites. Le progrès demeure une puissance ambivalente, capable de libérer comme de dominer.
Survoler, mesurer et posséder
Le ballon, le sous-marin et les autres véhicules verniens offrent un regard panoramique. Le voyageur peut observer un territoire depuis les airs, mesurer ses distances et tracer un itinéraire. Cette domination visuelle transforme l’espace en objet de connaissance.
Or connaître un territoire peut aussi signifier le rendre administrable, exploitable ou conquérable. Le regard scientifique n’est donc jamais totalement neutre. Les machines de Verne représentent simultanément le désir de comprendre le monde et la tentation de le maîtriser.
La genèse des Voyages extraordinaires
Jules Verne rencontre l’éditeur Pierre-Jules Hetzel au début des années 1860. Le succès de Cinq semaines en ballon, publié en 1863, inaugure une collaboration durable et donne progressivement naissance aux Voyages extraordinaires dans les mondes connus et inconnus.
Le programme éditorial vise à présenter les connaissances géographiques, géologiques, physiques et astronomiques de la science moderne sous une forme attrayante. Hetzel cherche à unir deux objectifs que l’édition oppose souvent : instruire sans ennuyer et divertir sans renoncer au savoir.
Les romans paraissent fréquemment d’abord dans le Magasin d’éducation et de récréation, puis en volume. Les grandes éditions illustrées associent ensuite le texte, la gravure et le cartonnage dans un même projet culturel destiné aux familles.
Peindre la Terre sous la forme du roman
Jules Verne résume lui-même son ambition dans une lettre adressée à l’écrivain italien Mario Turiello le 19 juin 1894 :
« Je n’ai eu d’autre but que de peindre la terre, et même un peu l’au-delà, sous la forme du roman. »
Jules Verne, lettre à Mario Turiello, 19 juin 1894
La citation formule clairement le projet des Voyages extraordinaires. L’œuvre doit parcourir la Terre, mais aussi franchir ses limites vers le sous-sol, les océans, l’atmosphère et l’espace. La géographie devient ainsi une architecture romanesque.
L’extraordinaire plutôt que le merveilleux
Hetzel insiste sur le caractère « extraordinaire » des voyages plutôt que sur un merveilleux détaché de la réalité. Le terme désigne ce qui sort de l’ordre commun sans nécessairement contredire toutes les lois naturelles. Une invention, un animal ou un paysage peut paraître incroyable tout en prolongeant une connaissance existante.
Cette distinction définit largement l’esthétique vernienne. Le voyageur ne franchit pas une porte magique vers un univers entièrement séparé. Il part d’une ville, suit un itinéraire mesurable et utilise une machine dont le fonctionnement reçoit au moins une apparence d’explication.
L’extraordinaire se situe donc à la frontière du connu. Il ne supprime pas la science, mais l’étire jusqu’au point où l’hypothèse devient aventure et où la démonstration produit de l’émerveillement.
Jules Verne a-t-il réellement voyagé ?
Deux clichés opposés entourent Jules Verne. Selon le premier, il n’aurait jamais quitté son bureau et aurait parcouru le monde uniquement par l’imagination. Selon le second, il aurait été un explorateur infatigable comparable à ses personnages.
La réalité se situe entre ces deux images. Verne voyage en Grande-Bretagne, en Scandinavie et aux États-Unis, puis effectue plusieurs croisières européennes et méditerranéennes à bord de ses yachts successifs, les Saint-Michel. Ces expériences alimentent directement certains décors et itinéraires.
Cependant, il ne visite évidemment pas tous les territoires décrits dans ses romans. Il travaille à partir d’ouvrages scientifiques, de récits de voyageurs, de revues, d’atlas et d’échanges avec des spécialistes. Son imagination repose donc sur une combinaison de voyages vécus, de lectures et de documentation.
La fugue de la Coralie, une légende biographique
Une histoire célèbre raconte que le jeune Jules Verne aurait voulu embarquer clandestinement sur la Coralie afin de rapporter un collier de corail à sa cousine Caroline. Son père l’aurait rattrapé et lui aurait fait promettre de ne plus voyager qu’en imagination.
Cette anecdote a surtout été développée par les premiers biographes de l’écrivain. Elle semble amplifier plusieurs souvenirs réels liés aux bateaux et au port de Nantes, mais elle ne peut pas être traitée comme un fait établi. Sa persistance révèle surtout le besoin de donner à l’œuvre une scène d’origine presque mythique.
La science comme moteur du récit
Dans les Voyages extraordinaires, la science ne constitue pas un simple décor ajouté à une intrigue d’aventures. Elle déclenche souvent l’action. Une hypothèse géologique, un calcul astronomique, une mesure cartographique ou une invention technique rend le voyage imaginable, puis fournit aux personnages leur objectif.
Voyage au centre de la Terre commence par le déchiffrement d’un cryptogramme et une controverse sur la constitution interne du globe. De la Terre à la Lune transforme les calculs balistiques en projet collectif. Vingt mille lieues sous les mers part d’observations consignées par plusieurs navires avant de révéler le Nautilus.
La connaissance précède donc souvent le déplacement. Elle fournit le « pré-texte » scientifique qui autorise l’aventure. Cependant, le voyage finit généralement par dépasser les instruments et les théories qui l’avaient rendu possible.
Le savant et son médiateur
Jules Verne associe fréquemment un spécialiste à un personnage moins savant. Le professeur expose, classe et interprète, tandis que l’élève, le journaliste, le domestique ou le compagnon traduit les explications en expérience sensible. Cette structure permet au lecteur d’apprendre sans quitter le récit.
Lidenbrock enseigne à Axel, Aronnax dialogue avec Conseil et Ned Land, tandis que le reporter Gédéon Spilett observe et transmet les événements de L’Île mystérieuse. Le savant produit le savoir, mais le médiateur lui donne une voix accessible et parfois critique.
Le XIXe siècle voit justement se développer la presse à grand tirage, les revues scientifiques et les conférences publiques. Le scientifique et le reporter deviennent deux figures complémentaires de la vulgarisation : l’un découvre ou explique, l’autre diffuse.
Inventaires, nomenclatures et mots savants
La vraisemblance vernienne repose sur l’accumulation des détails. Les romans nomment les roches, les espèces, les courants, les instruments, les latitudes et les équipements. Les listes transforment la nature en un immense inventaire que le voyageur cherche à classer.
Ce vocabulaire possède une fonction didactique, mais aussi poétique. Les noms latins, les séries minéralogiques et les classifications zoologiques produisent parfois un effet presque incantatoire. Le lecteur ne comprend pas nécessairement chaque terme, mais il perçoit l’autorité et la puissance évocatrice du discours scientifique.
La science ne dissipe donc pas toujours l’étrangeté. Elle peut au contraire la renforcer. Nommer une créature disparue ou décrire une formation géologique lui donne une présence plus concrète, sans réduire complètement son pouvoir d’émerveillement.
Jules Verne était-il un prophète ?
L’image du prophète scientifique constitue l’un des clichés les plus tenaces associés à Jules Verne. On lui attribue régulièrement l’invention du sous-marin moderne, du voyage lunaire, de l’hélicoptère ou de nombreuses technologies du XXe siècle.
En réalité, Verne invente rarement ses machines à partir de rien. Les sous-marins, les ballons dirigeables, l’électricité, l’artillerie à longue portée et les projets de navigation aérienne existaient déjà sous forme expérimentale, théorique ou documentaire. Le romancier rassemble ces possibilités, les perfectionne et leur attribue une cohérence spectaculaire.
Son génie réside moins dans la prédiction d’un objet précis que dans l’extrapolation d’un système. Il imagine les usages sociaux, politiques et psychologiques d’une machine devenue suffisamment autonome ou puissante pour transformer la relation de l’homme au monde.
Le Nautilus n’est pas seulement un sous-marin
Des véhicules submersibles existaient avant le Nautilus du capitaine Nemo. Toutefois, Verne imagine une machine électrique capable d’effectuer de longs voyages, d’abriter une bibliothèque, d’assurer l’autonomie de son équipage et de transformer l’océan en espace habitable.
Le Nautilus n’anticipe donc pas seulement une technologie. Il représente un monde complet, séparé des États et des sociétés terrestres. La machine devient à la fois maison, laboratoire, musée, arme et instrument de liberté.
De la Floride à la Lune
Dans De la Terre à la Lune, le projectile est lancé depuis le site fictif de Stone’s Hill, près de Tampa, en Floride. Les missions spatiales américaines partiront plus tard de Cap Canaveral, dans le même État, mais sur une autre côte et à plusieurs centaines de kilomètres.
Le rapprochement reste frappant, mais il ne constitue pas une prophétie géographique exacte. Verne choisit la Floride à partir de considérations balistiques liées à la latitude. Sa prescience vient ici d’un raisonnement cohérent davantage que d’une vision inexplicable de l’avenir.
Le voyage souterrain et la tradition de la Terre creuse
Voyage au centre de la Terre n’apparaît pas dans un vide littéraire. Les mondes souterrains, les descentes aux Enfers et les civilisations cachées traversent les mythes antiques, les récits utopiques et la littérature moderne. Jules Verne rationalise cette tradition sans la faire disparaître.
Au XVIIIe siècle, l’Icosaméron de Casanova imagine un peuple vivant à l’intérieur de la Terre. Au début du XIXe, John Cleves Symmes défend l’hypothèse pseudo-scientifique d’un globe creux accessible par les pôles. Edgar Allan Poe reprend cet imaginaire dans Les Aventures d’Arthur Gordon Pym.
George Sand, dans Laura, voyage dans le cristal, transforme le monde minéral en espace onirique. Alexandre Dumas mêle quant à lui le mythe du Juif errant, l’histoire et les savoirs modernes dans Isaac Laquedem. Verne hérite ainsi d’un siècle où science, pseudoscience et légende circulent dans les mêmes récits.
La catabase modernisée
La descente de Lidenbrock, Axel et Hans reprend le motif de la catabase, du grec ancien κατάβασις (katábasis). Dans les traditions antiques, le héros descend aux Enfers afin de consulter les morts, retrouver un être perdu ou obtenir une connaissance inaccessible.
Mircea Eliade associe précisément la descente souterraine au scénario initiatique :
« Une catabase, le descensus ad inferos entrepris en vue d’une initiation. »
Mircea Eliade, De Zalmoxis à Gengis-Khan
La descente initiatique représente une mort symbolique, suivie d’une renaissance et de l’acquisition d’un savoir.
Jules Verne remplace le royaume mythologique des morts par un monde géologique. Les couches terrestres, les fossiles, les cavernes et les espèces disparues occupent la place des ombres infernales. La catabase reste cependant une confrontation avec la mort et avec les origines.
La remontée finale constitue une forme d’anabase, du grec ἀνάβασις (anábasis). Les voyageurs sont expulsés par le Stromboli et retrouvent la lumière après une véritable traversée du monde souterrain. Ils reviennent transformés, même s’ils n’ont jamais atteint le centre physique du globe.
Le XIXe siècle et les sciences de la profondeur
La géologie, la paléontologie, l’archéologie et l’ethnologie se structurent fortement au XIXe siècle. Elles ne naissent pas toutes à cette date, mais elles acquièrent de nouvelles méthodes, institutions et publications. Leur point commun consiste à interroger ce qui reste enfoui, ancien ou éloigné.
Georges Cuvier reconstitue des espèces disparues à partir de fragments fossiles. Richard Owen crée le terme Dinosauria en 1842. À partir de 1870, Heinrich Schliemann fouille le site d’Hisarlik en cherchant la Troie homérique, même si ses méthodes et ses interprétations restent très contestées.
D’autres découvertes majeures appartiennent à une chronologie plus tardive. Arthur Evans commence les fouilles de Cnossos en 1900, tandis que la tombe de Toutankhamon est découverte en 1922, après la mort de Jules Verne. Elles prolongent néanmoins la fascination du XIXe siècle pour les mondes ensevelis et les civilisations disparues.
La science réveille ce qu’elle croyait mort
Les fossiles bouleversent la représentation traditionnelle du temps. Ils révèlent que des espèces ont vécu puis disparu bien avant l’humanité. La science, censée éclairer l’avenir, ramène donc à la surface des mondes morts et remet en cause la place centrale de l’homme.
Cette résurgence alimente directement l’imaginaire. Les dragons des légendes peuvent être rapprochés des grands reptiles fossiles, tandis que les ossements deviennent les indices d’un passé presque inconcevable. Le scientifique et l’enfant accomplissent alors un geste comparable : ils reconstruisent mentalement l’animal à partir du squelette.
La science ne détruit donc pas toujours le mythe. Elle peut le transformer, lui fournir des images nouvelles ou lui restituer une apparence de possibilité. Plus le savoir progresse, plus il découvre l’étendue de ce qui a disparu.
L’archéologie et la mortalité des civilisations
Les ruines montrent que des sociétés sophistiquées ont pu disparaître. Le progrès n’apparaît plus comme une marche assurée et irréversible. Une civilisation peut construire, inventer et accumuler des savoirs avant de devenir un objet de fouilles.
Après la Première Guerre mondiale, Paul Valéry formule cette prise de conscience dans la première lettre de La Crise de l’esprit, publiée en 1919 :
« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »
Paul Valéry, La Crise de l’esprit, 1919
Valéry écrit après la Première Guerre mondiale, lorsque l’Europe découvre qu’une civilisation techniquement avancée peut employer son savoir à sa propre destruction.
L’ethnologie et la contradiction coloniale
L’ethnologie se développe dans un contexte où les empires coloniaux perturbent ou détruisent les sociétés qu’ils prétendent observer. Les explorateurs et administrateurs collectent des objets, des langues et des coutumes, tandis que l’expansion européenne transforme profondément les communautés étudiées.
Le savoir ethnographique porte donc une contradiction tragique. Il cherche à conserver la trace de cultures que le système colonial contribue parfois à faire disparaître. Dans les récits d’exploration, la découverte et la destruction peuvent ainsi avancer ensemble.
Descendre dans l’espace pour remonter le temps
La géologie transforme la profondeur en chronologie. Chaque couche du sol correspond à une période plus ancienne, de sorte que le mouvement vers le bas devient aussi un déplacement vers le passé. Le voyage spatial produit ainsi un voyage temporel sans machine à remonter le temps.
Ce principe relie Jules Verne à Sindbad. Chez le marin des Mille et Une Nuits, avancer vers les confins de l’espace revient à rejoindre un monde archaïque peuplé de géants et de créatures fabuleuses. Chez Verne, descendre sous la surface revient à retrouver les premiers âges géologiques.
Le véritable monde inconnu n’est donc plus nécessairement situé devant nous. Il se trouve derrière et sous notre présent. La nouveauté surgit paradoxalement de l’ancien : le voyageur fouille le passé afin d’y découvrir ce que le monde moderne avait oublié.
L’anamnèse et la récupération du monde perdu
Cette remontée vers les origines peut être interprétée comme une anamnèse, c’est-à-dire une récupération de la mémoire. La Terre conserve dans ses couches les traces d’une histoire antérieure à l’humanité. Le géologue lit cette mémoire comme un immense document fragmentaire.
Dans Voyage au centre de la Terre, les voyageurs ne découvrent pas seulement des fossiles. Ils voient progressivement réapparaître des paysages, des animaux et peut-être un être humain appartenant au passé. La mémoire géologique devient un spectacle vivant.
Cette recherche rejoint les derniers vers du poème « Le Voyage » de Charles Baudelaire. Voici la citation exacte :
« Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Charles Baudelaire, « Le Voyage », Les Fleurs du mal, édition de 1861
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! »
La quête prend alors une portée métaphysique. Atteindre l’origine permettrait de comprendre ce que l’humanité était avant l’histoire et peut-être ce qu’elle reste sous ses constructions modernes. Le centre de la Terre devient moins un point géométrique qu’un horizon de connaissance.
Voyage au centre de la Terre : de la preuve au vertige
Le roman commence dans un environnement minutieusement documenté. Le cryptogramme de Saknussemm est déchiffré, l’itinéraire islandais est préparé et l’équipement reçoit une description détaillée. Le voyage se présente d’abord comme la vérification expérimentale d’une hypothèse.
La topographie, la chronologie et les inventaires produisent un fort effet de réalité. Les personnages utilisent des instruments, mesurent les températures et identifient les formations minérales. Même les appareils d’éclairage font l’objet d’explications techniques.
Cependant, les références vérifiables diminuent à mesure que les voyageurs s’enfoncent. Le roman quitte progressivement le territoire du savoir attesté pour rejoindre l’hypothèse, le rêve et le mythe. La science prépare donc l’entrée dans l’extraordinaire sans pouvoir ensuite en contenir toutes les manifestations.
Le maître savant et l’apprenti
Lidenbrock possède l’autorité scientifique, tandis qu’Axel raconte le voyage et en éprouve les dangers. Au commencement, le jeune homme doute, résiste et cherche à éviter l’expédition. Son oncle représente au contraire la volonté de savoir, parfois poussée jusqu’à l’obstination et à la démesure.
Le voyage inverse progressivement cette relation. Axel apprend à lire le monde souterrain, supporte la peur et finit par adopter une partie de l’enthousiasme de Lidenbrock. L’apprenti ne remplace pas entièrement le maître, mais il devient capable de participer activement à la découverte.
Hans occupe une troisième position. Son calme, son expérience et sa maîtrise pratique compensent les excès intellectuels du professeur et les paniques d’Axel. Sans lui, la quête scientifique s’effondrerait rapidement.
La Terre-mère et le retour aux origines
La descente peut également recevoir une lecture symbolique. Pénétrer dans les profondeurs revient à retourner vers une Terre-mère, antérieure aux divisions historiques et aux sociétés humaines. Les cavernes, les eaux souterraines et les passages étroits donnent parfois au trajet une dimension de gestation et de renaissance.
Cette interprétation ne remplace pas la lecture scientifique. Elle montre plutôt comment le texte mobilise simultanément la géologie et des structures mythiques plus anciennes. Le monde souterrain reste un laboratoire, mais aussi un ventre, un tombeau et un espace initiatique.
La sortie par le Stromboli prend alors la forme d’une naissance violente. Les voyageurs passent de l’obscurité à la lumière et reviennent à la surface après avoir traversé des âges entiers. Ils n’ont pas atteint le centre, mais ils ont vécu l’expérience symbolique d’une mort et d’un recommencement.
La science produit-elle elle-même du fantastique ?
Les Lumières associaient volontiers la raison à la dissipation des superstitions. Or les sciences du XIXe siècle révèlent des réalités presque plus étranges que les anciennes légendes : espèces disparues, temps géologiques immenses, mondes microscopiques et forces invisibles.
La science ne chasse donc pas nécessairement l’irrationnel hors de l’imagination. Elle déplace la frontière de l’incroyable. Une créature fossile reconstituée par un savant peut sembler aussi monstrueuse qu’un dragon, tout en appartenant désormais au domaine du savoir.
Jules Verne exploite cette ambiguïté. Ses personnages classent, mesurent et expliquent, mais leurs découvertes finissent souvent par dépasser les catégories employées. Le discours rationnel ouvre la porte au vertige qu’il devait contenir.
Une vraisemblance scientifique, mais non infaillible
La vraisemblance vernienne repose sur les noms de lieux, les dates, les mesures, les énumérations, les indications minéralogiques et les références savantes. Elle ne garantit pourtant pas l’exactitude de toutes les théories. Verne utilise la science disponible, avec ses débats, ses erreurs et ses hypothèses abandonnées.
Cette fragilité participe à la puissance des romans. Une théorie contestée fournit un passage vers le monde imaginaire, tandis qu’une découverte récente conserve encore son aura de mystère. L’œuvre documente donc autant l’histoire des connaissances que les phénomènes eux-mêmes.
L’illustration, seconde écriture des Voyages extraordinaires
Les grandes éditions Hetzel rendent les Voyages extraordinaires inséparables de leurs images. Édouard Riou, Alphonse de Neuville, Jules Férat, Léon Benett et d’autres illustrateurs donnent une forme visible aux machines, aux paysages et aux créatures.
Les gravures ne servent pas seulement à embellir les volumes. Elles facilitent la compréhension des instruments, fixent l’apparence des personnages et dramatisent les moments décisifs. L’image poursuit donc la mission didactique du texte tout en élargissant son pouvoir imaginaire.
La publication illustrée transforme également les romans en objets spectaculaires destinés aux bibliothèques familiales et aux cadeaux. Les cartonnages, les frontispices et les scènes gravées construisent une identité visuelle immédiatement reconnaissable.
Cette dimension est approfondie dans nos études sur l’impact de l’illustration dans l’imaginaire vernien, sur la collaboration entre Jules Verne et ses illustrateurs et sur les légendes placées sous les images.
Jules Verne n’est-il qu’un auteur pour la jeunesse ?
La collaboration avec Hetzel et le Magasin d’éducation et de récréation inscrit clairement l’œuvre dans un projet destiné aux familles et à la formation des jeunes lecteurs. Les aventures, les illustrations et les explications scientifiques facilitent l’identification et l’apprentissage.
Cette destination éditoriale ne suffit pourtant pas à réduire les romans à une littérature enfantine. Les Voyages extraordinaires interrogent la guerre, le colonialisme, la solitude, la vengeance, l’utopie, l’autorité scientifique et la destruction des civilisations. Plusieurs de leurs tensions deviennent même plus visibles à la relecture adulte.
La popularité a longtemps desservi la reconnaissance littéraire de Verne. Comme Alexandre Dumas, il a parfois été considéré comme un simple producteur de récits d’aventures. Pourtant, son œuvre repose sur une construction symbolique, narrative et éditoriale beaucoup plus complexe que ne le suggère cette étiquette.
Du progrès triomphant à la menace technologique ?
On présente parfois l’œuvre de Jules Verne comme un passage régulier de l’optimisme scientifique à un pessimisme tardif. Cette lecture contient une part de vérité, mais elle simplifie excessivement les romans. Les dangers du progrès apparaissent déjà dans plusieurs œuvres relativement anciennes.
Le capitaine Hatteras sacrifie presque tout à son désir d’atteindre le pôle Nord. Nemo utilise le Nautilus pour se libérer du monde, mais aussi pour mener une guerre personnelle. Les ingénieurs et inventeurs verniens oscillent constamment entre le bienfaiteur, le révolté et le mégalomane.
Les œuvres plus tardives accentuent cependant la fragilité des systèmes techniques et politiques. Les machines peuvent être détournées, tomber en panne ou servir un pouvoir destructeur. Le progrès ne disparaît pas, mais il perd son innocence.
La machine comme espoir et menace
Une machine vernienne agrandit les capacités humaines. Elle permet de respirer sous la mer, de traverser l’atmosphère ou de franchir des distances jusque-là infranchissables. Elle réalise donc une aspiration ancienne du voyage imaginaire.
Cependant, cette augmentation produit aussi une démesure. L’homme peut confondre la maîtrise technique avec une supériorité morale ou politique. Lorsque la machine devient autonome, secrète ou militaire, elle menace de transformer le savant en tyran.
Le génie de Verne est aussi psychologique
L’intérêt des Voyages extraordinaires ne réside pas seulement dans les machines et les connaissances. Les romans mettent en scène des personnages obsédés par une destination, une invention ou une découverte. Leur rapport au savoir révèle leurs désirs, leurs peurs et leurs failles.
Hatteras veut atteindre le pôle au prix de sa santé mentale. Nemo transforme son génie scientifique en retraite et en vengeance. Lidenbrock poursuit la preuve de son hypothèse avec une énergie qui menace régulièrement ses compagnons.
La science sert donc de langage à des passions plus profondes. Elle peut exprimer le désir de liberté, le refus de la société, la volonté de puissance ou la peur de la mort. La véritable invention vernienne se situe souvent dans cette rencontre entre la machine extérieure et le conflit intérieur.
Des mondes connus vers l’inconnu intérieur
Le programme des Voyages extraordinaires semble d’abord encyclopédique : peindre la Terre, inventorier ses formes et raconter les découvertes de la science moderne. Pourtant, les romans montrent rapidement que l’exploration extérieure conduit vers des questions qui dépassent la géographie.
Que reste-t-il de l’homme lorsque la civilisation disparaît ? La science rend-elle meilleur celui qui la maîtrise ? Une machine peut-elle libérer sans dominer ? Les profondeurs terrestres contiennent-elles seulement des roches, ou la mémoire oubliée de l’humanité ?
Ces questions expliquent la permanence de Jules Verne. Ses romans appartiennent au XIXe siècle, mais ils ne se réduisent pas aux connaissances de cette époque. Ils utilisent la science pour mettre en scène le désir humain de franchir les limites, puis pour mesurer le prix de cette transgression.
Les Voyages extraordinaires, entre savoir et vertige
Jules Verne ne choisit jamais définitivement entre science et imaginaire. Il utilise la documentation pour donner du poids à la fiction, puis laisse la fiction révéler les zones d’ombre du savoir. Les listes, les cartes et les calculs construisent un monde stable avant que l’extraordinaire n’en déplace les frontières.
Son œuvre modernise ainsi la tradition du voyage imaginaire. Sindbad affrontait les merveilles des confins ; Verne explore les espaces que la science vient de rendre pensables. Le marin, le géologue, l’ingénieur et le reporter deviennent les nouveaux médiateurs de l’inconnu.
Les Voyages extraordinaires ne célèbrent donc pas seulement la conquête du monde. Ils montrent que chaque territoire expliqué ouvre une nouvelle énigme, et que le progrès lui-même peut ramener l’humanité vers ses mythes, ses profondeurs et sa propre fragilité.
Poursuivre l’exploration de l’imaginaire vernien
- Le voyage imaginaire en littérature : explorer les mondes inconnus
- Sindbad : la rhétorique de la vraisemblance
- L’impact de l’illustration dans l’imaginaire vernien
- Géodésiques de la Terre et du Ciel
- Jules Verne et ses illustrateurs : une collaboration unique
- Jules Verne : les légendes sous les images
- Voyage au centre de la Terre et Monde perdu
Sources et repères
- Bibliothèque nationale de France, « Jules Verne, aux frontières de l’impossible »
- Gallica, « Jules Verne : l’extraordinaire plutôt que le merveilleux »
- Musée Jules Verne de Nantes, repères biographiques
- Lionel Dupuy, « Les Voyages extraordinaires de Jules Verne ou le roman géographique au XIXe siècle »
- Jean-Claude Bollinger, « Jules Verne’s geological novels, from the 19th to the 21st century », Académie des sciences
- François Rabelais, Gargantua, chapitre LVII
- Orwell Foundation, autour de Nineteen Eighty-Four
- Paul Valéry, La Crise de l’esprit, 1919
- Charles Baudelaire, « Le Voyage », Les Fleurs du mal, 1861
- Dan Dana, « Zalmoxis : d’Hérodote à Mircea Eliade »
- Lionel Dupuy, « Schème de la descente et archétype du creux dans les Voyages extraordinaires de Jules Verne »
Questions fréquentes sur Jules Verne et les Voyages extraordinaires
Que sont les Voyages extraordinaires ?
Les Voyages extraordinaires forment un vaste ensemble de romans et de nouvelles publiés par Jules Verne avec l’éditeur Pierre-Jules Hetzel. Leur programme consiste à présenter les connaissances scientifiques et géographiques modernes sous la forme de récits d’aventures accessibles et attrayants.
Jules Verne était-il réellement en avance sur son temps ?
Jules Verne extrapole surtout à partir des inventions, des expériences et des théories de son époque. Il invente rarement une technologie entièrement nouvelle, mais imagine avec une grande force ses perfectionnements, ses usages futurs et ses conséquences sociales ou politiques.
Jules Verne est-il un auteur de science-fiction ?
Il est souvent considéré comme l’un des précurseurs de la science-fiction, mais ses romans relèvent aussi de l’aventure, du voyage imaginaire, du roman scientifique et de l’anticipation. La catégorie moderne de science-fiction ne suffit donc pas à résumer l’ensemble des Voyages extraordinaires.
Pourquoi la science occupe-t-elle une place si importante chez Jules Verne ?
La science déclenche les voyages, explique les machines et produit la vraisemblance du récit. Elle possède aussi une fonction poétique : ses nomenclatures, ses hypothèses et ses découvertes ouvrent de nouveaux territoires à l’imagination.
Qu’est-ce que la catabase dans Voyage au centre de la Terre ?
La catabase, du grec κατάβασις, désigne une descente vers le monde souterrain ou les Enfers. Jules Verne modernise ce motif antique en transformant le royaume des morts en univers géologique peuplé de fossiles, d’espèces disparues et de traces des origines.
Jules Verne écrivait-il seulement pour les enfants ?
Les romans étaient intégrés à un projet éducatif destiné notamment aux familles et aux jeunes lecteurs. Ils abordent toutefois des thèmes complexes comme le colonialisme, la guerre, la vengeance, l’utopie, la mégalomanie scientifique et la mortalité des civilisations.
Jules Verne a-t-il lui-même voyagé ?
Oui. Il a voyagé en Grande-Bretagne, en Scandinavie, aux États-Unis et dans plusieurs régions méditerranéennes. Cependant, il a également construit une grande partie de ses itinéraires grâce aux atlas, aux revues scientifiques, aux récits de voyageurs et aux échanges avec des spécialistes.
Jules Verne présente-t-il toujours le progrès comme positif ?
Non. Ses machines permettent l’exploration, la connaissance et la liberté, mais elles peuvent aussi servir la guerre, la domination ou la vengeance. Le progrès vernien reste profondément ambivalent et dépend de l’usage qu’en font les personnages.


