La révolution transforme profondément le monde occidental entraînant une croissance économique jusque là inconnue. La croissance économique peut aussi s’accompagner de développement.

I – La croissance économique

A – Qu’est-ce que la croissance économique ?

La croissance économique est une notion quantitative et économique. C’est un phénomène mesurable dans le temps et dans l’espace (exemple : la France en 1998). C’est l’accroissement des richesses d’un pays, mesuré par le Produit Intérieur Brut (l’agrégat PIB). Le PIB peut être exprimé en valeur ou en volume.

Taux de croissance = ( (PIB T2 – PIB T1) / PIB T1 ) * 100

Le PIB marchand est évalué au prix du marché. Le PIB non-marchand est évalué au coût des facteurs (salaires, impôts, amortissements…). Le PIB est la somme des valeurs ajoutées.

Produit National Brut (PNB) = PIB + Revenus reçus de l’extérieur – Revenus versés à l’extérieur.

Croissance extensive : hausse des quantités des facteurs de production (plus de main d’oeuvre, plus de facteur capital, plus de matières premières).

Croissance intensive : hausse de la productivité (meilleure organisation du travail).

B – Les limites du PIB comme indicateur de la croissance

1 – Certains éléments ne sont pas pris en compte dans le calcul du PIB :

  • travail domestique
  • économie souterraine = économie informelle
  • bénévolat
  • troc

Note : l’économie informelle est très importante dans les Pays en Développement (PED), le PIB est donc sous-évalué.

2 – Le calcul du PIB est équivoque

Pour le PIB, un mal et son remède équivaut à 2 biens (double progrès).
Exemples : pollution, voitures…

C – Expansion et récession

La croissance peut être accompagnée de périodes plus courtes :

  • d’expansion
  • de récession
  • de dépression

1 – Expansion

Phénomène conjoncturel (court terme) caractérisé par une hausse importante du PIB et donc une hausse importante de l’activité économique. Le taux de croissance est supérieur au taux de croissance observé sur une longue période.

2 – Récession

Phénomène conjoncturel (court terme) caractérisé par une faible hausse du PIB et donc une faible hausse de l’activité économique. Le taux de croissance est inférieur au taux de croissance observé sur une longue période.

3 – Dépression

Phénomène à court terme caractérisé par une baisse du PIB et donc une baisse de l’activité économique. Le taux de croissance est négatif (ex : la France en 1993).

D – Les cycles économiques

La mise en place et le développement du capitalisme ne se sont pas faits de manière linéaire. La période a été marquée par des crises de durées et d’amplitudes variables.

1 – Qu’est-ce qu’un cycle économique ?

C’est une période d’une durée déterminée qui correspond plus ou moins exactement au retour d’un même phénomène. Un cycle présente 2 caractéristiques :

  • la périodicité (axe des abscisses)
  • l’amplitude (axe des ordonnées)

Chaque cycle comporte 4 phases :

  • expansion
  • crise
  • dépression
  • reprise

Remarque : les cycles successifs sur une longue période n’ont pas la même amplitude. L’allure générale peut être ascendante ou descendante : c’est la tendance sur une longue période (trend).


2 – Les différents cycles économiques

On distingue plusieurs cycles économiques qui portent le nom de ceux qui les ont découverts :

A lire :  La socialisation : l'homme en tant qu'être social

  • le cycle Juglar (Français)
  • le cycle Kitchin (Américain)
  • le cycle Kondratiev (Russe)

Le cycle Juglar est le cycle majeur ou cycle des affaires. Sa durée est de 6 à 10 ans. Il a été mis en évidence en 1860 et connaît les 4 phases.

Le cycle Kitchin est le cycle mineur ou cycle court. Il a été mis en évidence en 1923. Sa durée est de 3 à 4 ans. Ce cycle ne connaît pas de crises mais une détérioration du phénomène d’expansion perçu dans le cycle Juglar.

Le cycle Kondratiev est un cycle de longue durée. Il a été mis en évidence en 1925 et connaît 2 phases : une phase ascendante (phase A) et une phase descendante (phase B). Sa durée est de 40 à 60 ans. Phase A : hausse de la production et hausse des prix. Phase B : baisse de la production et baisse des prix.

E – La carré magique

Le carré magique est la représentation graphique qui permet de mesurer l’état de santé d’un pays à partir de 4 critères :

  • emploi
  • croissance
  • équilibre extérieur
  • prix

II – Le développement

A – Qu’est-ce que le développement ?

Le développement est un phénomène qualitatif (transformation des comportements, évolution des mentalités…) ayant un aspect structurel (industrialisation, urbanisation, extension du salariat…) et entraînant des changements économiques, sociaux, techniques, démographiques et institutionnels.

B – Comment mesurer le développement ?

Le développement d’un pays est souvent assimilé à sa richesse : les pays riches sont les pays développés et les pays pauvres sont les pays sous-développés. Or la répartition des richesses n’est pas toujours égalitaire.

L’Indicateur de Développement Humain (IDH), créé en 1990, sert à mesurer le développement. Il est calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et prend en compte 3 facteurs :

  • l’espérance de vie
  • le niveau d’instruction : taux d’alphabétisation des adultes et nombre d’années d’étude
  • le PIB par habitant : parité de pouvoir d’achat.

L’IDH est la moyenne des notes obtenues par les 3 composantes.

L’Indicateur de Pauvreté Humaine (IPH) a été créé en 1997. Il tient compte des conditions de vie :

  • accès aux services publics : eau potable, santé…
  • niveau de malnutrition : part des enfants de moins de 5 ans

Remarque : les PDEM ont eux aussi leur IPH qui tient compte de la population ayant une espérance de vie de moins de 60 ans, des analphabètes et des chômeurs d’un an ou plus.

III – Niveau de vie et genre de vie

La croissance s’accompagne souvent de l’amélioration du niveau de vie et du genre de vie.

A – Définitions

Niveau de vie : quantité de biens et services qu’un individu peut acquérir. Il est quantitatif et est traduit par un indice global : le pouvoir d’achat (PA)

Genre de vie : ensemble des différentes manières de vivre. Il est qualitatif et ses éléments sont hétérogènes : ce n’est pas un indice global (ex : type de loisirs).

B – Mesures du niveau de vie

Pour mesurer le niveau de vie, on utilise le pouvoir d’achat (PA).

Le pouvoir d’achat est la quantité de biens et services qu’une somme d’argent permet d’acheter. Cette quantité dépend du niveau des prix.

1 – On évalue le pouvoir d’achat (PA) à partir d’une certaine quantité de biens et services

Pouvoir d’Achat = Revenu d’une certaine période / Prix d’1 unité d’1 produit de référence    =>    résultats en quantité

Exemple : le salaire horaire d’un manoeuvre en 1964 est de 3.15 F. Un kilo de pain s’élève à 0.80 F.

PA = 3.15 / 0.80 = 3.9 kg. En travaillant une heure, un manoeuvre peut s’acheter 3.9 kg de pain.

Note : on peut aussi inverser le rapport.

Prix réel = Prix d’1 unité d’1 produit de référence / Revenu d’une certaine période    =>    résultats en temps

Exemple:
PR = 0.8 / 3.15 = 0.25 = 1/4 h
Un manoeuvre doit travailler 1/4 h pour s’acheter 1 kg de pain.

On peut calculer le PA à partir de différents biens et services mais l’amélioration du PA apparaît très différent selon le bien ou service retenu. En effet, dans le cas des produits industriels, si le PA augmente et que les prix baissent alors le niveau de vie augmente. Dans le cas des services, si le PA baisse et que les prix augmentent alors le niveau de vie baisse. Il est donc préférable de calculer le PA à partir de l’ensemble des produits consommés par les ménages à partir de l’indice des prix.

2 – On évalue le pouvoir d’achat (PA) à partir de l’indice des prix

L’indice des prix est l’indice synthétique qui mesure l’évolution des prix des produits que consomment les ménages.

Indice des prix = Inflation + 100

Pouvoir d’Achat ou Prix Réel = ( Revenu nominal / Indice des prix ) * 100

3 – Les comparaisons internationales : méthode des Parités de Pouvoir d’Achat (PPA)

Les comparaisons internationales posent de sérieux problèmes de méthode. Dans un pays, les valeurs sont exprimées en monnaie nationale. Il faut donc les convertir en monnaie internationale ($) à l’aide d’un taux de change. Mais les taux de change varient et il est donc nécessaire de calculer un taux de change reflétant correctement la valeur des choses. D’où la méthode des Parités de Pouvoir d’Achat (PPA) : quand un document indique que les unités sont en PPA, cela veut dire qu’on a éliminé les difficultés d’évaluation liées aux variations des taux de change. Ainsi, la valeur d’une monnaie par rapport à une autre monnaie peut doubler sans que cela corresponde à un doublement du niveau de vie d’un pays par rapport à un autre. C’est pourquoi il y a autant de taux de change que de produits. Les statisticiens font donc une moyenne pondérée des différents taux de change en PPA des différents pays.

A lire :  Fard

C – La consommation des ménages

La propension à consommer est la part du revenu consacré à la consommation. La part du revenu disponible non consommée correspond à l’épargne.

Propension Moyenne à Consommer (PMC) = ( Consommation / Revenu disponible ) * 100
Propension marginale à Consommer (PmC) = ( évolution de la consommation / évolution du revenu ) * 100
PMC + PME = 1 ou 1000%
PmC + PmE = 1 ou 100%

Taux de variation = ( ( T2 – T1 ) / T1 ) * 100

Indice :

  • I = Taux de variation +100
  • I = (T2 / T1 ) * 100

Elasticité de la demande par rapport au revenu :

  • E d/r = variation de la consommation (%) / variation du revenu (%)

Coefficient budgétaire :

  • Cb = ( Dépenses du poste de consommation / Budget total ) * 100

Taux d’équipement :

  • Tx = ( nombre de ménages possédant un bien de consommation durable / nombre de ménages ) * 100

Lois d’Engel :

  • La part des dépenses alimentaires dans le budget des ménages diminue avec l’augmentation du revenu au profit des loisirs.

Ernest Engel, statisticien allemand, a montré au 19ème siècle que la part des dépenses alimentaires dans le budget des ménages diminuent avec l’augmentation du revenu. Cela a donné lieu aux lois d’Engel: les dépenses alimentaires augmentent moins vite que le revenu.

La consommation est un acte économique mais c’est aussi un acte social ; l’offre influence la demande. John Galbraith, économiste américain, a décrit un phénomène de filière inversée. Pour lui ce sont les producteurs qui imposent leurs produits et non l’inverse.

1 – Tout produit a une valeur d’usage et une valeur sociale

La valeur d’usage est destinée à satisfaire un besoin : c’est la fonction manifeste de la consommation. Exemple : achat d’une voiture pour se déplacer.
La valeur sociale est la fonction latente de la consommation. Exemple : la marque d’une voiture, symbole de richesse et de puissance.

2 – L’effet Verblen

Verblen (1857-1929), économiste et sociologue américain, a défini un paradoxe : l’effet Verblen : les dépenses des classes supérieures reposent sur le principe du gaspillage ostentatoire. Un prix élevé équivaut à une marque de statut social élevé.

3 – La théorie du rattrapage : effet de démonstration

L’économiste Duesenberry a développé l’effet de démonstration pour souligner que toute Profession et Catégorie Socioprofessionnelle (PCS) cherche à acquérir les biens possédés par la PCS supérieure. La bourgeoisie (représente la norme) donne la ligne directrice et les autres les imitent. Une fois le retard comblé, la bourgeoisie se lance dans des consommations distinctives car le produit se banalise. Ainsi se développe un processus de rattrapage. On peut rapprocher cette analyse de la courbe de diffusion d’un produit.

Phase 1 : apparition du produit sur le marché. Distinction. Prix élevé.
Phase 2 : diffusion rapide. Imitation. Baisse du prix.
Phase 3 : saturation. La valeur symbolique attachée au bien possédé disparaît.

Ce phénomène de distinction puis de rattrapage est en partie créé puis exploité par les producteurs. On assiste donc à une élévation de la frustration : certains sont insatisfaits.

4 – Appartenance sociale et culturelle

La consommation dépend aussi des groupes sociaux auxquels on appartient. Toutes les valeurs transmises par le milieu d’origine ne sont pas les mêmes (habitus).

IV – La notion de sous-développement

A – Termes utilisés

  • PED : Pays en Développement
  • Sud / Nord
  • Périphérie / Centre
  • le Tiers-Monde, terme géopolitique créé par Alfred Sauvy en 1952 en référence au Tiers Etat.

B – Un monde peu différencié avant la révolution industrielle

On situe la prise de conscience du sous-développement au début des années 1950 avec la Conférence de Bandoung en Indonésie en 1955. En 1962 eut lieu la Conférence de Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED). Cette conférence à lieu tous les 4 ans.

C – Analyse du sous-développement

1 – Le sous-développement est un phénomène naturel (années 1950)

Le climat, le manque de ressources naturelles, la situation géographique peuvent être des freins au développement mais ces causes n’expliquent pas tout.

2 – Le rôle des valeurs : mentalité, culture, religion

Peuvent être des freins au développement :

  • mentalité tournée vers le passé
  • religion irrationnelle
  • culture individualiste

3 – Le sous-développement, un simple retard ou l’analyse en terme de développement linéaire ou encore les étapes de la croissance selon Rostow

– Dans les années 1960, le courant libéral adopte un concept universel et linéaire : "le développement est une succession d’étapes par lesquelles passeraient tous les pays".

A lire :  Etat-Providence et cohésion sociale

Les étapes de la croissance selon Rostow :

  • la société traditionnelle est caractérisée par la stagnation de la productivité. En conséquence, les ressources consacrées à l’agriculture sont importantes : la civilisation est agricole.
  • les conditions préalables au démarrage : l’idée de progrès et les comportements qui lui sont associés se diffusent. L’instruction s’étend et s’adapte aux besoins de l’activité économique moderne. L’esprit d’entreprise se développe et avec lui l’épargne et l’investissement ainsi que les échanges intérieurs et internationaux. Le développement de l’agriculture est essentiel pour nourrir une population croissante, accroître les exportations et obtenir ainsi les devises nécessaires aux importations de biens d’équipement. La croissance agricole assure également à l’industrie débouchés et capitaux.
  • le démarrage (ou take off) "est la période pendant laquelle la société finit par renverser les obstacles et les barrages qui s’opposaient à sa croissance régulière" (Rostow). Les facteurs du progrès dominent désormais la société. Trois conditions permettent la réalisation du démarrage qui va s’étaler sur une période de 20 ans :
    • une élévation du taux d’investissement de moins de 5% du PNB à plus de 10% qui doit permettre une croissance de la production réelle par habitant malgré une forte pression démographique.
    • la création d’un ou de plusieurs secteurs industriels jouant un rôle d’entraînement important du fait de leur croissance élevée.
    • l’existence ou la mise en place d’un "appareil politique social et institutionnel" qui facilite la poursuite de la croissance. Rostow insiste notamment sur le rôle de l’Etat dans la mobilisation des capitaux nécessaires à l’industrialisation : importations de capitaux en provenance des pays développés et constitution d’un système bancaire permettant le drainage de l’épargne.
  • le marché vers la maturité est "l’étape au cours de laquelle l’économie prouve qu’elle en mesure d’aller au-delà des industries qui l’ont fait démarrer à l’origine". Les techniques modernes s’étendent à tous les secteurs de l’économie.
  • l’ère de la consommation de masse est celle où la production de biens de consommation durables et les services deviennent les principaux secteurs de l’économie.

Critiques :

  • la concurrence aujourd’hui serait plus importante
  • la mondialisation a des répercussions
  • les firmes multinationales (FMN)
  • la Division Internationale du Travail (DIT) provoque des déséquilibres.

Les structures économiques et sociales ont changé. Le contexte n’est plus le même (aides des pays industrialisés).

4 – Le sous-développement des uns, produit du développement des autres : les analyses en termes de domination

C’est le courant des Tiers Mondistes (années 1960) avec Samir Amin et Arghiri Emmanuel : le sous-développement n’est pas un retard, ce n’est pas un phénomène naturel mais un phénomène structurel. Le sous-développement est le produit de la domination exercée par les pays riches : les PED sont dans une situation de dépendance. Cet impérialisme se manifeste par les firmes multinationales (FMN), la Division Internationale du Travail (DIT), les salaires faibles, la fuite des cerveaux…

Samir Amin et Arghiri Emmanuel adhérent à la théorie néo-marxiste : le Nord exploite le Sud :

  • Nord = centre = pays industrialisés = "bourgeoisie"
  • Sud = périphérie = pays en développement = "prolétariat"

5 – La théorie de François Perroux

C’est la théorie :

  • des effets de la domination : rapport de force entre pays industrialisés et pays en développement.
  • de la désarticulation : situation d’un pays dans lequel les secteurs d’activités sont juxtaposés et ne comportent que peu d’échanges entre eux. Situation caractéristique des PED. Le dualisme est la coexistence d’une société traditionnelle surtout rurale et d’une société moderne (industries, banques, plantations) qui peut se résumer à une enclave contrôlée par l’étranger.
  • de la non couverture des coûts de l’homme : les besoins élémentaires ne sont pas satisfaits. Perroux offre la situation du "nouveau développement" autocentré et endogène, donnant plus d’importance à l’agriculture. C’est une approche qualitative.

6 – La théorie de l’échange inégal

L’échange est inégal entre pays industrialisés (PI) et pays en développement (PED).
PED : production de produits de base : prix peu élevés à l’exportation (importations à des prix élevés)

PI : production de biens à forte valeur ajoutée (VA) : prix élevés à l’exportation (importations peu élevées) => détérioration des termes de l’échange

Indice des termes de l’échange = ( Indice des prix à l’Exportation / Indice des prix à l’Importation ) * 100

si indice supérieur à 100 alors prix à l’exportation est supérieur au prix à l’importation donc amélioration des termes de l’échange.

– si indice inférieur à 100 alors prix à l’exportation est inférieure au prix à l’importation donc détérioration des termes de l’échange.

On doit cette théorie à Emmanuel (Tiers Mondiste et néo-marxiste) qui critique l’exploitation du Commerce International : il veut un Nouvel Ordre Economique International (NOEI).

NB : Smith et Ricardo disent le contraire : le commerce est favorable au développement.

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par Matt Lecture: 19 min

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