Le progrès technique au sens strict est l'ensemble des éléments qui permettent d'améliorer les méthodes de production et d'augmenter la productivité. Le progrès technique se manifeste par des changements de machines, des nouvelles organisations du travail. Le progrès technique est facteur de croissance.

Au sens large, on étend la notion de progrès technique aux innovations.

I - Progrès technique et innovation

Le progrès technique résulte directement des innovations, i. e. de la mise en application d'une invention.

A - De l'invention à l'innovation

Une invention est la découverte d'un principe ou d'un produit nouveau qui n'est pas toujours susceptible d'application pratique. L'invention part de la recherche fondamentale pour arriver à la recherche appliquée : c'est le résultat de la recherche scientifique.

Une innovation est la mise en application industrielle et commerciale d'une invention. L'innovation reprend les étapes de la recherche scientifique de l'invention et ajoute les stades de développement et de commercialisation : c'est la mise en valeur économique des innovations.

La période sur laquelle s'étend le processus d'innovations peut être assez longue : le téléphone a mis 56 ans, la télévision en a mis 10. De nombreuses inventions ne donnent pas des innovations.

B - Les catégories d'innovations

Première classification

  • innovation de produits : fabrication de produits nouveaux. Les objectifs sont d'offrir aux consommateurs un produit plus proche de leurs besoins et d'augmenter les parts de marché. (ex: les souris d'ordinateur à bille qui deviennent des souris optiques. Ou le téléphone fixe qui devient téléphone sans fil).
  • innovations de procédés : nouvelles méthodes de production. Les objectifs sont la baisse des coûts de production, la hausse de la productivité et de la qualité, la baisse des prix et l'augmentation des parts de marché. 'ex : le passage du Minitel à l'Internet pour la vente par correspondance).

Deuxième classification

  • innovations majeures : radicales. Voir Schumpeter et la rupture (ex : voitures).
  • innovations mineures : incrémentales (ex : diesel // essence).

C - Le cycle de vie d'une innovation

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Le cycle de vie d'une innovation connaît 5 phases :

  • phase 1 : apparition ou émergence - ventes faibles - profits faibles - coûts élevés
  • phase 2 : croissance - hausse des profits
  • phase 3 : maturité - baisse des prix - économies d'échelle
  • phase 4 : saturation - renouvellement
  • phase 5 : déclin - obsolescence
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D - Recherche et Développement - Brevets

L'innovation résulte d'investissements en Recherche et Développement (RD) réalises par les entreprises et l'Etat (investissements immatériels). Cette croissance de l'investissement est une nécessité aujourd'hui à cause de la concurrence, de la mondialisation, de la remise en cause des avantages acquis par les vieux pays industriels. La part des dépenses en RD dans le PIB, qui était de 1.5 % dans les années 1960, atteint aujourd'hui 2.5 % à 3 %. On assiste aujourd'hui à une accélération des innovations et de leur obsolescence (ordinateurs par exemple). Par conséquence, on n'a pas toujours le temps de rentabiliser l'investissement en RD.

Dans tous les Pays Développés à Economie de Marché (PDEM), l'Etat joue un rôle plus ou moins important en matière de politique de recherche. En France, l'organisation qui joue un rôle important est l'Agence Nationale pour la Valorisation de la Recherche (ANVAR). Les résultats de la recherche ne doivent pas se limiter à l'application dans les industries de pointe mais à l'ensemble de l'économie pour stimuler la croissance.

Pour faire respecter les droits de la propriété, un système législatif doit être mis en place : le brevet. Le brevet est un titre de propriété accordé par l'Etat avec un droit d'exploitation de 20 ans. Le brevet peut être vendu ou loué sous forme de licence : les licences d'exploitations. Les formalités sont déposées à l'Institut National de la Propriété Industrielle (INPI).

II - La théorie de Schumpeter

A - Auteur

Joseph Aloïs Schumpeter (1883-1950) est un inclassable. Il est la référence en matière de progrès technique.

B - Les 5 catégories d'innovation selon Schumpeter

  1. Fabrication d'un bien nouveau.
  2. Introduction d'une méthode de production nouvelle.
  3. Ouverture d'un débouché nouveau.
  4. Conquête d'une source nouvelle de matières premières.
  5. Réalisation d'une nouvelle organisation.

C - Théorie de Schumpeter : "le progrès technique est à l'origine d'un processus de destruction créatrice"

Pour Schumpeter, le progrès technique est une variable endogène : il fait partie de la science économique. Le progrès technique est le principal facteur de la croissance. Les innovations entraînent l'expansion parce qu'elles engendrent des profits liés à la situation de monopole temporaire. Le progrès technique est l'oeuvre d'un entrepreneur qui prend des risques. Lorsque ces innovations sont largement diffusées, leurs effets s'atténuent : c'est le déclin. Il faut alors une nouvelle innovation pour engendrer une nouvelle phase d'expansion : "une innovation chasse l'autre".

D - Les différents cycles selon Schumpeter

Schumpeter reprend la théorie des cycles économiques longs de Kondratiev en mettant l'accent sue l'importance du progrès technique. Chacune des grandes périodes identifiées par Kondratiev peut être caractérisée par l'introduction d'une ou de plusieurs technologies qu'il appelle "grappes d'innovation".

III - La difficile mesure du progrès technique

Le progrès technique est incorporé aux facteurs travail et capital : il est donc bien difficile de le mesurer. La croissance est composée de :

  • facteur travail et
  • facteur capital (50 % à eux deux)
  • le résidu : progrès technique (50 %)
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IV - Le progrès technique et l'emploi

A - Le progrès technique supprime des emplois

Le progrès technique engendre des gains de productivité :

  • John Kay et la navette volante (1733)
  • Agriculture : le machinisme mène à l'exode rural
  • Industrie : robotisation
  • Services : informatique

Les innovations de procédés servent à économiser de la main d'oeuvre. Les assurances et les banques font appel à la bureautique (informatique dans les bureaux).
Les innovations de produits : pompes à essence automatiques.

Au niveau macro-économique :

  • si la croissance de la production est supérieure à la croissance de la productivité : création d'emplois.
  • si la croissance de la production est inférieure à la croissance de la productivité : destruction d'emplois.
  • si la croissance de la production est égale à la croissance de la productivité : l'emploi stagne.

B - Le progrès technique a un coût économique et social

  • le changement dans les conditions de travail : moindre recours aux efforts physiques (baisse de la pénibilité du travail) mais surveillance plus grande (pression temporelle et charge mentale).
  • la disparition de certains métiers : dactylo.
  • l'appauvrissement de certaines tâches : l'apparition du néo-taylorisme dans les services. La flexibilité a augmenté la pénibilité du travail (travail de nuit) et le progrès technique est un facteur d'exclusion pour les ouvriers non-qualifiés (chômage structurel).
  • le progrès technique rend la prise de décision plus difficile pour les entreprises : un investissement coût cher et peut ne pas être rentable (hésitation). Les innovations deviennent rapidement obsolètes : cela a un aspect destructeur, il faut alors envisager la reconversion de l'entreprise ou "fermer la porte".

C - Le progrès technique peut être à l'origine de la création d'emplois

  • Taylor prônait l'intégration d'ouvriers peu qualifiés et d'immigrés.
  • Ford a créé le travail à la chaîne afin de réaliser des économies d'échelle : grâce à la standardisation, les prix ont baissé et la productivité a augmenté, d'où une hausse des salaires, une hausse de la demande, une hausse de la production et donc une création d'emplois.
  • Selon Schumpeter, le progrès technique est le principal facteur de la croissance, "le processus de destruction créatrice".
  • Pour Alfred Sauvy (1898-1990), les emplois perdus à court terme se retrouveront à long terme. Dans le textile par exemple, la première révolution industrielle a supprimé des emplois (machinisme). Ensuite, le prix du textile a baissé, devenant un bien de consommation courante et entraînant de ce fait une hausse de la demande. Autre exemple : le chemin de fer. La première révolution industrielle a supprimé des emplois dans les secteurs traditionnels du transport mais une baisse du coût des transports a permis le développement de l'activité économique, une hausse de la production et la création d'emplois.

Aujourd'hui, le progrès technique est aussi créateur d'emplois (biens d'équipement principalement). Le progrès technique peut être facteur de croissance par une baisse des prix : si le prix des ordinateurs baisse, plus de gens en achèteront. Une baisse des prix engendre une augmentation de la demande.

A lire :  Le circuit économique

Les nouveaux produits créent de nouveaux besoins et de nouveaux marchés.
L'innovation de départ entraîne d'autres innovations (microprocesseurs par exemple).

D - La théorie du déversement d'Alfred Sauvy

Les emplois perdus dans un secteur sont compensés par ceux qui se créent ailleurs. Les gains de productivité issus du progrès technique entraînent une distribution du revenu (en supposant que le partage des gains de productivité soit favorable aux salariés) et donc une augmentation de la demande dans d'autres secteurs d'activité, provoquant indirectement des créations d'emplois supérieures aux pertes engendrées par le progrès technique.

Exemple : l'industrie a absorbé les emplois perdus dans l'agriculture (1er déversement) et la modernisation de l'industrie a provoqué un deuxième déversement dans les services.

Le progrès technique engendre des gains de productivité (hausse des salaires, baisse des prix) entraînant une augmentation de la demande donc une hausse de la production : création d'emplois. C'est ce mécanisme qui a permis de concilier croissance de la productivité et croissance de l'emploi.

Remarque : la croissance des emplois n'aurait pas été possible sans la baisse du temps de travail.

Pendant les 30 Glorieuses, ce mécanisme a bien fonctionné car :

  • les gains de productivité étaient en augmentation et étaient favorables aux salariés
  • pour la main d'oeuvre moins qualifiée, le transfert était facile d'un secteur à l'autre (salariés agricoles allant à l'usine par exemple)

Aujourd'hui, des problèmes se posent :

  • le partage des gains de productivité est moins favorable aux salariés : les prix baissent, les profits augmentent mais les salaires augmentent moins vite
  • la reconversion de la main d'oeuvre : les salariés de la méthode fordiste se retrouvent au chômage. La qualification des emplois créés est différente de celle des emplois supprimés. Une politique de formation permettrait d'adapter ces salariés mais comme les entreprises ont le choix, elles décident d'embaucher des salariés compétents.
  • il faut tenir compte de l'élasticité de la demande par rapport aux prix : si les prix baissent, la demande augmente moins car crainte de l'avenir.
  • le secteur tertiaire a de forts gains de productivité : peu de création d'emplois.

Conclusion

Le progrès technique joue un rôle important sur le volume de l'emploi (pertes et créations : aspect quantitatif). Le progrès technique entraîne des mutations qualitatives : on assiste à une baisse du nombre d'ouvriers spécialisés (OS) au profit d'une augmentation d'ouvriers polyvalents (OP). Il ne faut pas opter pour un refus du progrès technique car il a amélioré les conditions de travail et entraîné la réduction du temps de travail. Il faudrait cependant améliorer la répartition des gains de productivité : mais se pose alors le problème de la concurrence.

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par Matt Lecture: 11 min

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