Les voyages de Sindbad appartiennent principalement au merveilleux : baleines gigantesques, oiseaux fabuleux et hommes ailés sont acceptés comme des réalités naturelles du monde exploré. Cependant, le récit produit aussi des effets fantastiques fondés sur la peur, l’irruption et la perte des repères. En reliant ces prodiges à des figures anciennes, à des lieux symboliques et à une quête initiatique, le cycle acquiert enfin une puissante dimension mythique.
Une île paradisiaque se révèle être une baleine. Un dôme blanc devient l’œuf d’un oiseau gigantesque. Un vieillard apparemment infirme transforme Sindbad en bête de somme, tandis que des hommes ailés l’emportent jusqu’à la voûte céleste. Les sept voyages font ainsi alterner l’admiration, la peur et le sentiment de toucher aux origines du monde.
Ces registres ne doivent pourtant pas être confondus. Le merveilleux, le fantastique et le mythe ne désignent ni les mêmes phénomènes ni les mêmes effets sur le lecteur. Leur distinction permet de comprendre comment Sindbad transforme l’expérience commerciale d’un marin en exploration symbolique du paradis, de l’enfer, de la mort et de la transcendance.