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Economie-Sociologie

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Articles Economie et Sociologie : du baccalauréat à la L3.

Introduction

Emile Durkheim (1858-1917) est l’un des pères fondateurs de la sociologie. Il est l’auteur de deux ouvrages prépondérants : De la division du travail social (1893) et Le suicide (1897). A la fin du 19ème siècle, il est préoccupé par les problèmes sociaux liés à la révolution industrielle en France : la cohésion sociale semble menacée. Une question se retrouve dans toute l’oeuvre de Durkheim : quel ciment peut bien lier tous les individus les uns aux autres et faire tenir la société ? Durkheim pose alors le problème du lien social. Il va créer une science nouvelle destinée à permettre d’analyser objectivement la réalité sociale. Il va imposer la sociologie comme discipline à part entière : l’objet de la sociologie est la société. Pour comprendre le fonctionnement de la société, Durkheim va définir les règles de la méthode sociologique. Sa démarche est objective et il explique un fait social par rapport à d’autres faits sociaux. Son but est de dégager les réalités sociales à l’origine des comportements individuels. Durkheim est partisan du holisme ou déterminisme social. Il s’oppose à Weber, partisan de l’individualisme méthodologique.

I – Individu et société

A – Etude d’un fait social : le choix du prénom

Fait social

Selon Durkheim, est fait social toute manière de faire susceptible d’exercer sur un individu une contrainte extérieure. C’est une manière d’agir ou de penser où s’exprime la contrainte que fait peser sur chacun l’appartenance à un groupe.

Le modèle classique

Devait faire face à des contraintes collectives :

  • lignée familiale (Famille)
  • communauté religieuse (Eglise)
  • collectivité locale

Les familles n’ont pas le libre choix du prénom (règles sociales contraignantes). Le prénom sert à rattacher l’individu à une identité collective. L’individu n’est pas d’abord identifié par sa personnalité mais par sa présence au sein d’un groupe.

Le modèle actuel

Aujourd’hui on veut individualiser l’enfant. Le choix est libre mais il y a l’influence de la mode. C’est une manière de se distinguer. Certains prénoms sont rattachés à des classes sociales. Le prénom devient un bien de consommation.

B – Le lien social

Le lien social est l’ensemble des liens qui unissent les individus (même s’ils ne se connaissent pas directement) et qui les amènent à se sentir membres d’une même société.

La question du lien social se pose à Durkheim parce que l’on se trouve dans une période d’industrialisation (révolution industrielle) et que les intérêts personnels mènent à l’individualisme et aux initiatives privées. Durkheim s’interroge sur les moyens de renforcer la cohésion sociale et de réformer une société perturbée par des changements trop rapides.

II – La Division du Travail Social (DTS)

A – Définition et fonction

La Division du Travail Social (DTS) est la spécialisation des fonctions des individus dans la société toute entière. Pour Durkheim, la DTS déborde largement la sphère économique et s’inscrit aussi dans les domaines artistiques, administratifs, politiques, scientifiques… tous sont touchés par la spécialisation des fonctions. Durkheim critique les économistes qui ne voient qu’un but économique à la division du travail.

Produire de la solidarité est la fonction morale de la DTS. Le but est de relier les individus entre eux parce que la spécialisation créé une interdépendance entre les individus et une prise de conscience de cette interdépendance. La DTS entraîne donc aussi une complémentarité, amenant ainsi les individus à coopérer.

Note : La Division du travail social a été écrit dans un contexte individualiste. Durkheim est un sociologue de l’intégration et non du conflit.

Note : Marx parle de la Division Sociale du Travail (DST) : la division du travail est synonyme d’aliénation. Marx est un sociologue du conflit.

B – Les causes de la division du travail (DT)

Sous l’effet de leur nombre croissant et de leur concentration accrue en un même lieu, les hommes entrent de plus en plus en concurrence et sont poussés à se spécialiser. Ils occupent donc des fonctions différentes et complémentaires. Ils peuvent coexister au lieu de devoir éliminer des rivaux menaçants leur survie.

3 facteurs se combinent pour expliquer la division du travail :

  • la croissance du volume de la population
  • la densité matérielle : population / superficie
  • la densité morale ou dynamique de la société : intensité des rapports sociaux

III – Les formes de solidarité

A – Lien entre DTS et solidarité

La fonction de la DTS et de lier les individus entre eux. Ce qui pousse les individus à entretenir des relations sociales s’explique par un certain type de socialisation, par des valeurs et des normes intériorisées.

La socialisation est le processus d’apprentissage des normes, des valeurs, des comportements attendus au sein d’un groupe. Il peut prendre deux formes, inculcation ou familiarisation, selon qu’il résulte d’injonctions précises ou d’une imitation de comportements observés. Les principales instances de socialisation sont la famille et l’école pour ce qui est de la socialisation primaire (apprentissage au cours de l’enfance), auxquelles on peut rajouter l’entreprise pour la socialisation secondaire. C’est le processus par lequel un individu apprend et intériorise les différents éléments de la culture de son groupe, ce qui lui permet de former sa propre personnalité sociale et de s’adapter au groupe dans lequel il vit.

Les valeurs sont les principes qui orientent l’action des hommes en société en leur fixant des buts, des idéaux et donc des moyens de juger de leurs comportements.

Les normes sont des règles de conduite, plus ou moins institutionnalisées, fondées sur des valeurs. Ces règles de conduites doivent être conformes avec les moeurs de la société. Les conduites qui s’en écartent sont sanctionnées par le contrôle social formel et informel.

Le contrôle social est l’ensemble des moyens et des processus par lesquels une société parvient à faire respecter ses normes.

B – Les 2 formes de droit

Le droit codifie les règles de conduite qui s’opposent à la société. Le droit est indicateur de solidarité :

  • le droit répressif (ex : droit pénal) accorde de l’importance à la "conscience collective". La réaction est passionnelle avec désir de vengeance. La sanction est répressive : ex : infliger une peine aux criminels.
  • le droit restitutif (ex : droit commercial) remet les choses en état par une réaction raisonnée avec objectif fonctionnel. Cela ne concerne que des parties spécialisées du groupe. La sanction est réparatrice. Ex : commerçants.

La conscience collective est la notion employée par Durkheim pour désigner "l’ensemble des croyances et des sentiments communs" des membres d’une société. Elle s’impose aux individus et se transmet d’une génération à une autre par le biais de la socialisation.

C – Les 2 formes de solidarité

Durkheim oppose 2 types de solidarité s’exprimant dans 2 types de droit et correspondant à 2 types de société.

Les sociétés traditionnelles à solidarité mécanique (droit répressif)

Ont une solidarité par similitude. Ce sont des sociétés fondées sur la ressemblance qui existe entre les individus et sur la force des sentiments communs à tous. Le lien social repose sur une forte conscience collective. Il s’agit de sociétés de taille réduite, à faible division du travail : la tradition joue donc un rôle prépondérant. L’individu ne peut se distinguer de l’ensemble du groupe. Il existe 3 liens :

  • sang : famille
  • voisinage, sol : village
  • spirituel : religion

Il n’y a aucune place pour l’individualisme. La pression du groupe est très forte sur l’individu. Le droit est répressif pour renforcer la conscience collective. Le contrôle social informel est important.

Les sociétés modernes à solidarité organique (droit restitutif)

Ont une solidarité par différenciation. Le lien social ne disparaît pas, il prend une autre forme. Ce sont des sociétés fondées sur la différence qui existe entre les individus. Les individus sont autonomes et possèdent une conscience individuelle : l’individualisme existe bel et bien. Les sociétés sont très complexes, à forte division du travail : la complémentarité des fonctions permet cette solidarité. La tradition a moins d’importance. L’infraction aux règles sociales est sanctionnée par le droit restitutif.

IV – La pathologie des sociétés modernes

Malgré la confiance qu’il affiche dans son ouvrage envers la capacité de la division du travail social à produire de la cohésion sociale, Durkheim s’inquiète de l’ampleur des changements sociaux : la DTS peut prendre des formes pathologiques.

A – L’anomie

Etymologiquement, l’anomie est l’absence de règles, de normes, de lois. En 1893, dans De la division du travail social, Durkheim définit l’anomie comme un affaiblissement, une "dérégulation" du lien social. C’est une pathologie de la division du travail qui ne crée plus alors de solidarité, les individus ne savent plus comment se conduire, manquent de repères. Plus tard, dans Le Suicide (1897), Durkheim caractérise l’anomie comme "le mal de l’infini", c’est-à-dire une situation psychologique d’absence de limite aux désirs, aux passions individuelles. Lorsque les règles morales disparaissent, les désirs de l’individu deviennent illimités et donc impossible à satisfaire.

Pour Robert King Merton (1910-2003), l’anomie se produit lorsque l’individu est confronté à une inadéquation entre les finalités légitimes (les buts valorisés) dans une société donnée et les moyens légitimes dont il dispose réellement.

B – L’égoïsme

L’égoïsme est le détachement excessif envers la collectivité, un repli sur son ego.

C – Le suicide

Anomie et égoïsme peuvent conduire au suicide. Le taux de suicide est un indice du malaise social. Les causes du suicide sont : la perte de l’identité (langue, sol), l’urbanisation et l’industrialisation rapide qui ont perturbé la société rurale (après la Seconde Guerre Mondiale), l’anticipation de la crise économique actuelle (crainte d’être licencié), le chômage, la diminution de la pratique religieuse, la crise de la famille, l’isolement et la solitude, l’appartenance à une classe sociale, la réduction du niveau de vie, l’anomie.

D – Intégration sociale et régulation sociale

Pour qu’il y ait cohésion sociale, Durkheim distingue 2 processus de socialisation : l’intégration sociale et la régulation sociale. Quand ces deux processus ne peuvent s’effectuer convenablement, la société et les individus sont dangereusement fragilisés.

L’intégration sociale caractérise le phénomène d’intériorisation des normes et des valeurs ayant cours dans un groupe ou une société donnés. C’est donc le processus par lequel une société parvient à s’attacher les individus, à leur rendre désirable la poursuite des idéaux collectifs.

Facteurs sociaux susceptibles de provoquer un affaiblissement de ce processus : affaiblissement de la morale conjugale (divorce par consentement mutuel), affaiblissement de la morale économique, essor de l’industrie. Effets sociaux entraînés par l’affaiblissement de ce processus: égoïsme. Indicateur exprimant l’affaiblissement de ce processus : hausse du taux de suicide (de type égoïste).

La régulation sociale est le processus par lequel une société parvient à réglementer les désirs individuels, les limitant et les rendant ainsi possibles à satisfaire.

Facteurs sociaux susceptibles de provoquer un affaiblissement de ce processus : baisse de nuptialité et de la fécondité qui entame la cohésion sociale, déclin de l’influence religieuse.
Effets sociaux entraînés par l’affaiblissement de ce processus: anomie.
Indicateur exprimant l’affaiblissement de ce processus : hausse du taux de suicide (de type anomique).

Conclusion

Durkheim distingue dans la société des risques accrus d’égoïsme et d’anomie à cause de l’affaiblissement des institutions socialisatrices (famille, Eglise, Etat) qui assuraient traditionnellement les fonctions d’intégration et de régulation sociale. C’est pourquoi il propose de renforcer les groupes intermédiaires (groupes professionnels, syndicats, associations) afin de réduire le risque de fracture sociale.

I – Le rôle du Système Monétaire International (SMI)

A – Le SMI

Un Système Monétaire International (SMI) est un ensemble de règles et d’institutions qui régissent comment, en quoi et à quel prix les monnaies s’échangent entre elles. Les règles sont écrites (SMI de Bretton Woods en 1944, le SMI remanié en 1976), les institutions sont officielles et font respecter les règles (le FMI) : il faut que la monnaie soit convertible en moyens de paiement acceptés au niveau international et qui vont constituer les réserves de change des banques centrales : les liquidités internationales (¥, $, €). Pour qu’une monnaie puisse être convertible en une autre monnaie, il faut un taux de change. Le taux de change officiel est la parité de la monnaie (taux fixe).

Rappel : les 3 fonctions de la monnaie :

  • instrument de change
  • instrument de réserve de valeur
  • unité de compte

B – Les 2 systèmes de change

Le système de change fixe

La monnaie ne peut varier qu’à l’intérieur d’une marge de fluctuation autorisée (autour des parités). Exemple : les accords de Bretton Woods de 1944 à 1973.

Le système de change flottant

Le taux de change varie en fonction de l’offre et de la demande, au jour le jour. Aucune marge n’est imposée. Il n’y a pas de prix officiel de la monnaie (plus de parités). Depuis 1973 et 1976 (accords de Kingston), on distingue le flottement pur et le flottement impur :

  • le flottement pur est un modèle théorique : il n’y aurait aucun e intervention de la banque centrale.
  • le flottement impur existe en pratique : il y a intervention de la banque centrale sur le marché des changes.

Note : le système de change irrévocablement fixe est l’Euro car il y a disparition progressive des taux de change pour laisser place à une monnaie unique, l’€.

II – Dévaluation d’une monnaie

A – Dévaluation

Perte de valeur d’une monnaie par rapport à un étalon de référence ($). La dévaluation n’existe que dans un système de change fixe ou dans des zones-cibles. Ce sont les pouvoirs publics qui décident la dévaluation : c’est une décision officielle. Après une dévaluation, il faut davantage de monnaie nationale pour obtenir une unité monétaire étrangère.

B – Dépréciation

C’est la diminution de valeur d’une monnaie par rapport à une autre mais ce n’est pas un acte officiel : c’est fonction de l’offre et de la demande. N’existe que dans le système de change flottant. Une dépréciation peut être très longue alors que la dévaluation est brutale et officielle.

C – Les effets espérés d’une dévaluation

Rééquilibrer la balance commerciale ou en améliorer le solde :

  • les produits coûtent moins cher à l’exportation (effet prix) => hausse des exportations en volume (effet quantité)
  • les produits coûtent plus cher à l’importation (effet prix) => baisse des importation en volume (effet quantité)

Les effets positifs de la dévaluation ne jouent pas tout de suite : le solde se dégrade parce que les effets quantités demandent un certain temps pour se manifester alors que les effets prix sont immédiats. Dans un premier temps, la valeur des importations continue d’augmenter et les acheteurs étrangers ne réagissent pas immédiatement face à la baisse des prix dûe à la dévaluation. Conséquence : le solde de la balance commerciale est provisoirement dégradé.

D – Conditions pour qu’une dévaluation produise ses effets

Exportations : elles doivent augmenter.

  • il faut produire et il faut que l’offre nationale soit suffisante
  • il faut que les produits soient de bonne qualité
  • la demande étrangère doit être forte
  • clients sensibles à la baisse des prix

Importations : elles doivent diminuer.

  • mais attention aux habitudes des consommateurs
  • importations incompressibles (pays contraints)
  • offre nationale suffisante

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III – Le SMI actuel

A – La nécessité du flottement

La quote-part est la contribution de chaque pays membre au financement du FMI déterminée en fonction de son poids dans le commerce international qui lui ouvre des possibilités de crédit appelées droits de tirages. 25% de cette contribution est versée en devises (l’or est abandonné depuis 1976) et 75% dans sa monnaie nationale.

Les droits de tirages spéciaux (DTS) sont à l’origine (1969) des droits de crédits automatiques accordés par le FMI aux pays membres en fonction de leurs quotas respectifs, remboursables seulement à raison de 30%. En 1974, le DTS devient l’unité de compte officielle du FMI.

B – Evolution des institutions

Le Fond Monétaire International (FMI) a été créé lors des accords de Bretton Woods. C’est une caisse de solidarité où chaque pays verse une quote-part qui correspond à sa participation aux échanges internationaux. La somme des quote-parts forme le FMI qui aide les pays en difficultés à condition qu’ils respectent les PAS (Plan d’Ajustement Structurel : plans de rigueur). Le FMI doit aussi maintenir des régimes de change ordonnés pour une expansion harmonieuse du commerce international.

C – Le triangle de Mundell

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Le triangle de Mundell a été défini dans les années 1960 et a été repris en 1987 par le Système Monétaire Européen (SME). C’est le triangle d’incompatibilité : il est impossible de concilier les 3 sommets du triangle en même temps.

La politique monétaire autonome est la capacité qu’a un pays à mener une politique monétaire en fonction d’objectifs internes (une politique de relance est un objectif interne).

Avec une politique monétaire non-autonome, la politique monétaire n’est plus autonome lorsque son objectif interne (relance) est dépendant de son objectif externe (défense de la monnaie). Elle est fonction de la politique de change. Par exemple, avec une politique de relance :

  • baisse des taux d’intérêt => hausse de la consommation + hausse de l’investissement => relance
  • baisse des taux d’intérêt => fuite des capitaux flottants vers des places financières + rémunération => faible demande pour la monnaie => baisse du cours de la monnaie selon la loi de l’offre et de la demande.

Conclusion
Les objectifs internes d’une politique monétaire ne peuvent être atteints qu’au prix d’une appréciation ou d’une dépréciation de la monnaie : les 3 sommets du triangle sont incompatibles.

IV – Le Système Financier International (SFI)

A – Définition

La notion de Système Financier International (SFI) suppose l’existence d’opérations financières internationales entre agents économiques résidents et non-résidents.

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B – Les transformations du SFI

L’orientation des flux :

  • années 1960-1970 : flux Nord-Sud (théorie du retard de Rostow)
  • 1974-1982 : recyclage des pétrodollars : l’argent de l’OPEP est investi dans les PED.
  • crise de la dette : les PAS du FMI (Mexique en 1982-1983)
  • axe Nord-Nord : déficit des USA
  • années 1990 : les flux se dirigent vers les pays émergents
  • aujourd’hui : crise ?

Le système de financement : on assiste aujourd’hui à la désintermédiation des marchés financiers (les banques ne servent plus d’intermédiaires).

C – La globalisation financière

La globalisation financière est la mise en place d’un marché unifié de l’argent au niveau planétaire. Les causes sont regroupées sous la règle des 3 D :

  • désintermédiation
  • décloisonnement
  • déréglementation

La désintermédiation est le recours direct des opérateurs internationaux aux marchés financiers (finance directe) sans passer par les intermédiaires financiers et bancaires (finance indirecte) pour effectuer leurs opérations de placement et d’emprunt.

Le décloisonnement des marchés est l’abolition des frontières entre les marchés séparés, l’ouverture à l’extérieur des marchés nationaux et aussi à l’intérieur de ceux-ci (le SFI est le méga-marché de l’argent). Le réseau est interconnecté et en fonctionnement continu.

La déréglementation facilite la circulation internationale du capital.

D – Les risques de la globalisation financière

Les objectifs au départ étaient :

  • une meilleure redistribution des capitaux entre les pays pour qu’il y ait croissance de l’économie mondiale.
  • relier ceux qui ont un besoin de capital à ceux qui ont des excédents.

La globalisation s’est accompagnée de :

  • l’instabilité des marchés de change
  • la montée de la spéculation (rentabilité)
  • la suprématie des forces du marché financier sur l’économie

Les conséquences :

  • le gonflement des transactions sur les marchés financiers n’a plus de rapport direct avec le financement de la production et des échanges internationaux. Donc l’écart va croissant entre l’économie monétaire et l’économie réelle. Cet écart s’appelle la bulle spéculative.

V – L’endettement des PED

Les pays du Tiers Monde ne disposant pas de capitaux suffisants pour assurer les investissements nécessaires à leur développement, il leur faut faire appel à l’étranger.

A – Les différentes sources de financement

  • Aides Publiques au Développement (APD)
  • investissements de portefeuille
  • crédits publics et privés
  • IDE
  • aides des organismes internationaux
  • aides des Organisations Non-Gouvernementales (ONG)

B – Les termes utilisés

  • le service de la dette est l’ensemble des sommes qu’un débiteur rembourse chaque année à ses créanciers.
  • l’ encours de la dette est le montant des remboursements qui ne sont pas encore arrivés à échéance.
  • le t aux d’intérêt réel = taux d’intérêt nominal – inflation
  • indice du taux d’intérêt réel = ( indice du taux d’intérêt nominal / indice des prix ) * 100

C – La montée de l’endettement

Selon la banque mondiale, la dette des pays de l’Est et des PED a été multipliée entre 1980 et 1997 atteignant 2171.4 milliards de dollars (1997).

D – Origine

1950-1960 : début de l’industrialisation.

Le sous-développement n’était qu’un retard (cf. Rostow). Pour se développer, il fallait importer puis amener la croissance pour être en mesure de rembourser. Le taux d’endettement ne posait pas de problèmes graves.

Années 1970 : conjoncture favorable pour l’endettement

  • entrées massives de capitaux + prêts bancaires
  • croissance des prix des produits de base. Les PI pensaient que cela allait durer.
  • taux d’intérêts réels faibles
  • les banques avaient l’opportunité de recycler les pétrodollars dans les financements de projets d’investissement
  • un pays ne pouvait pas faire faillite
  • le FMI n’avait aucun droit de regard (financement externe)

La conjoncture favorable aux années 1970 a permis l’adoption d’une stratégie de l’endettement. Il ne manquait plus qu’une étincelle pour que le système explose.

Années 1980 : la crise de la dette

  • le 13 août 1982, le Mexique est incapable de rembourser : la crise de l’endettement est l’aboutissement des dysfonctionnements des années 1970 (crise amplifiée par la crise monétariste des USA).
  • le cours des matières premières s’effondre : plus de ressources d’importation, difficultés à rembourser
  • les pétrodollars chutent : moins de recyclage, les banques prêtent moins
  • en 1985, le cours du dollar remonte brutalement, entraînant des difficultés de remboursement
  • les taux d’intérêt augmentent afin de lutter contre l’inflation
  • les banques deviennent méfiantes

Années 1990 : crise des pays émergents

VI – La gestion de la dette

La gestion de la dette est l’action de trouver une ou des solutions afin d’éviter que ne se multiplient les défauts de paiement :

  • rééchelonnement de la dette
  • octroi de crédits
  • suppression des dettes
  • le FMI propose des moyens de financement (PAS au débuts des années 1980)
  • mise en place de plans pour restructurer la dette : plan Becker en 1985, plan Brady en 1989.

A – Les Plans d’Ajustement Structurel (PAS)

Les Plans d’Ajustement Structurel (PAS) sont une politique économique d’inspiration libérale imposée par le FMI aux PED pour résoudre leurs problèmes d’endettement. Il s’agit d’assainir la situation économique des PED : ce sont des programmes de rigueur et d’austérité.

Objectifs des PAS pour les pays

  • rééquilibre financier en vue de préserver les intérêts de leurs créanciers
  • assainir leur économie et les remettre à flot
  • s’insérer à nouveau dans les échanges internationaux

Mesures prises par les PAS

  • paiement extérieur : limiter les importations, promouvoir les exportations, assurer le service de la dette
  • budget : accroître les recettes, réduire les dépenses courantes, sélectionner les dépenses d’investissement
  • crédit interne : est encadré et limité pour éviter toute forme de pression inflationniste.
  • désengagement de l’Etat : privatisations, véracité des prix, équilibre de l’offre et de la demande

Conséquences des PAS

Les PAS ont connu des succès dans certains pays comme le Mexique mais a conduit à un appauvrissement de la société et à des tensions. Effets négatifs sur le social :

  • hausse du chômage
  • baisse des salaires
  • hausse des prix (alimentaire)
  • baisses des dépenses sociales
  • les pauvres deviennent encore plus pauvres
  • émeutes, remise en cause du programme

Les PAS ont connu des échecs sur le plan social : beaucoup d’individus sont même plus démunis qu’ils ne l’étaient auparavant. Beaucoup d’ONG remettent en cause l’efficacité des PAS : il faudrait tenir compte des coûts sociaux et des caractéristiques de chaque pays.

B – Les conséquences de l’aide

Conséquences positives

  • financement des projets
  • transferts de technologies
  • insertion dans la DIT
  • aides alimentaires : nourrit la population en cas d’urgence

Effets pervers

  • situation de dépendance
  • aides parfois injustes et mal distribuées
  • aides conditionnelles
  • corruption et clientélisme
  • faim : arme politique

I – Les caractéristiques du Commerce International

A – Une puissante vague de libéralisme

Depuis 1945, les entraves à la circulation de marchandises ont été réduites (GATT). L’OMC a développé encore plus le multilatéralisme : ce vaste mouvement est dû à la Grande Bretagne et aux USE (déréglementations, privatisations). Les stratégies de développement des pays reposent aujourd’hui sur l’insertion dans les marchés internationaux.

B – Importance des services

La part des marchandises baisse alors que la part des services est en augmentation (20% des échanges mondiaux). C’est l’un des phénomènes marquant de la mondialisation. Lors de l’Uruguay Round, un accord sur le commerce des services a été signé : le GATS. Des accords de libéralisation des services ont été conclus sous la pression des PI :

  • technologies de l’information (décembre 1996)
  • télécommunications (février 1997)
  • services financiers (décembre 1997)

Ces accords n’ont cependant pas été signés par tous les pays. Les pays essaient de regagner dans le domaine des services les parts de marché perdues dans le commerce international des marchandises au profit des NPI. Les plus grands exportateurs de services sont les USA, la France, l’Italie et l’Allemagne.

C – La tripolarisation des échanges mondiaux

La tripolarisation des échanges mondiaux peut aussi s’appeler la triade : les USA, l’Europe et le Japon représentent 70% du commerce international et 2/3 des échanges commerciaux entre eux. Chacun d’eux polarise une zone d’influence privilégiée :

  • USA : Canada et Mexique
  • Japon :
    • 1ère génération de NPI avec les 4 dragons : Singapour, Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan.
    • 2ème génération de NPI avec les bébés tigres : Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Philippines.
    • Chine – Taïwan
  • Europe : candidats.

D – Les zones de libre-échange ou les accords commerciaux régionaux

Cette intégration est souvent officialisée par la création de zones de libre-échange. Une zone de libre-échange est un accord commercial régional. Elle prévoit un abaissement progressif des barrières douanières entre les membres mais chaque pays est libre d’appliquer les tarifs de son choix vis-à-vis des pays tiers.

L’union douanière est l’abaissement progressif des barrières douanières entre les membres mais avec un Tarif Extérieur Commun (TEC) vis-à-vis des pays tiers
Le marché commun est l’intégration complète (politique monétaire, fiscale…). C’est l’adoption de politiques communes.

II – La Décomposition Internationale des Processus Productifs (DIPP)

La Décomposition Internationale des Processus Productifs (DIPP) est la décomposition des différents stades de la fabrication d’un pays entre plusieurs pays afin d’en réduire le coût. Le produit final sera recomposé lors de l’assemblage pour être vendu ensuite. Ce phénomène donne lieu à un commerce international de pièces détachées ou de produits semi-finis d’une part et à des réexportations d’autre part.

Le perfectionnement passif consiste à exporter de leurs pays d’origine les produits en pièces détachées, de les faire monter à l’étranger là où la main d’oeuvre est abondante et peu onéreuse et de les réimporter lorsqu’ils seront finis.

Le commerce intra-firmes sont les relations entre firmes comme une maison-mère et ses filiales. Le but est de réduire les coûts : produits de haute technologie, automobiles, électronique…

III – Les firmes multinationales (FMN)

A – Définition

Les firmes multinationales (FMN) sont des entreprises qui ont implanté des unités de production hors de leur territoire national.

Les firmes transnationales (FTN) sont des firmes dont le réseau ignore les frontières et traverse les nations. L’adjectif qualificatif "transnational" marque le caractère mondial de leur stratégie. Elles sont en mesure de planifier leur développement à l’échelle mondiale. Ce qualificatif explique mieux le mobilité du capital au niveau mondial.

Pour développer leur stratégie à l’échelle mondiale, les FMN réalisent des Investissements Directs à l’Etranger (IDE). Les IDE sont des engagements de capital effectués en vue d’acquérir un intérêt durable dans une entreprise exerçant ses activités à l’étranger. Un IDE peut servir à :

  • créer une entreprise par un investisseur étranger
  • acquérir au moins 10% du capital social d’une société étrangère déjà existante
  • réinvestir des bénéfices par la filiale
  • faire les opérations entre maison-mère et filiales (prêts, augmentation de capital…)

Une firme multinationale est différente d’une entreprise exportatrice.

B – Les conséquences de la multinationalisation

Conséquences positives

Remarque : les conséquences ne sont pas les mêmes selon que le pays soit indépendant ou en développement.

  • les firmes peuvent créer des emplois grâce à l’implantation et aux petites entreprises sous-traitantes
  • elles introduisent de nouvelles technologies
  • elle stimulent la concurrence et obligent les entreprises nationales à être plus dynamiques
  • elles se maintiennent à la pointe du progrès en matière de salaire, d’avantages sociaux, de formations…
  • il y a un plus grand choix pour le consommateur parce que la production est diversifiée

Limites

Le but poursuivi par une FMN est toujours dans la logique d’une politique de firme : le profit. Ce n’est jamais de résoudre les problèmes : ce qui est nécessaire aux pays n’est pas conciliable avec les intérêts des firmes.

  • elles suppriment les emplois du pays d’origine et créent le malheur des PME locales
  • elles abusent de leur pouvoir : instruments de l’impérialisme des PI
  • elles peuvent bousculer les politiques économiques du pays d’accueil car elles ont une double nature : nationale et internationale

Certaines firmes ont un CA supérieur au PIB du pays d’accueil. Les Etats ne maîtrisent plus ces firmes qui échappent à la législation en faisant des profits là où la fiscalité est la plus intéressante.

  • elles peuvent faire pression sur les gouvernements (subventions)
  • pour les emplois qualifiés, elles font appel à la main d’oeuvre du pays d’origine

Conclusion

On constate que l’activité croissante des firmes multinationales à l’étranger ainsi que la multiplication de ces implantations entraînent le développement des échanges intra-firmes.

IV – L’insertion des PED dans les échanges internationaux

A – Une double marginalisation

Marginalisation quantitative : la part des PED dans le commerce international reste faible par rapport aux PI. Mais, il existe des différences selon les PED : les NPI.
Marginalisation qualitative : les produits exportés par les PED sont des produits primaires à faible VA (produits dont la demande est faible et dont la valeur régresse) :

  • prix fixés par les PI
  • lois d’Engel

Mais les NPI exportent des produits à haute VA.

B – Le libre-échange favorise-t-il la croissance dans les PED ?

1 – Le libre-échange est favorable à certains PED et permet leur croissance et leur développement

C’est l’illustration de la théorie de Ricardo.

  • L’ouverture s’impose aujourd’hui parce que l’idéologie libérale domine : le monde est devenu un village planétaire.
  • L’insertion des PED dans les échanges internationaux résulte de stratégies de développement extraverti (recherche dans le reste du monde des débouchés nécessaires pour entamer la croissance et le développement).

La réussite de certains PED à s’intégrer dans le commerce international a fait du libre-échange une condition importante pour favoriser croissance et développement. Les NPIA (Nouveaux Pays Industrialisés Asiatiques) ont montré les vertus de l’ouverture sur l’extérieur. La conquête des marchés extérieurs s’est montré efficace. Ils se sont imposés sur les marchés industriels et ont remis en cause la DIT traditionnelle. Ces pays avaient un marché intérieur étroit (pas assez de consommateurs), une main d’oeuvre peu chère et disciplinée d’où l’avantage comparatif en matière de coûts salariaux. Ces pays ont exporté des biens manufacturés de plus en plus sophistiqués. Ils ont d’abord exporté des produits à faible VA puis des produits à haute VA : stratégie de substitution d’exportation et stratégie d’extraversion avec remontée des filières (production de bien de consommation courante en aval et ensuite production de biens d’équipements en amont). La remontée des filières n’a pu se faire qu’avec une main d’oeuvre de plus en plus qualifiée et le développement s’est fait sans endettement excessif.

  • les recettes d’exportations apportent des devises qui permettent le financement des importations.
  • commerce international = hausse du PIB/habitant = hausse du niveau de vie
  • beaucoup de PED adhèrent à l’OMC
  • zones de libre-échange (PED + PI ) entraînent le progrès technique
  • la participation au commerce international élargit la spécialisation des PED
  • certains PED se sont rapprochés des PI (niveau de vie, qualité de la main d’oeuvre, technologie, nature des produits exportés…). "L’ouverture d’un pays vers l’extérieur tire la croissance".
  • la montée de certains PED remet en cause les avantages acquis par les anciens PI : les clients sont devenus des concurrents.
  • années 1970 : avec la NOEI, l’organisation future du monde revenait aux grands de ce monde (dialogues Nord/Sud : CNUCED). Aujourd’hui, le NOEI se constitue tout seul. La planète est-elle redistribuée ? Rien n’est prévisible.

2 – Les limites de l’insertion dans le commerce international

Les PED forment un groupe hétérogène : certains ont réussi mais l’échec de nombreux PED relativise les vertus de l’insertion dans le commerce international. Certains sont restés prisonniers de la spécialisation primaire (les PMA par exemple) : avec leurs produits à faible VA ils sont les victimes de la détérioration des termes de l’échange, sans amélioration de leur niveau de vie. Ces pays sont incapables de "percer" sur les marchés industriels et de modifier la nature de leurs exportations. Ils sont dépendants de l’extérieur pour les biens d’équipements et sont peu concurrentiels : leur commerce extérieur est structurellement déficitaire.

Importance de l’endettement : le FMI leur impose des Plans d’Ajustement Structurel (PAS).
Certains pays n’ont trouvé aucun avantage de leur insertion dans le commerce international, entraînant ainsi une aggravation de leur état de dépendance. Leur mauvaise spécialisation explique en partie leur échec : par exemple le développement de l’agriculture d’exportation au lieu d’une agriculture vivrière aggrave les problèmes de pénuries.

Les succès des NPI sont lourdement payés parce que la croissance des NPI au départ s’est faite avec des salaires bas et des mauvaises conditions de travail. La seconde génération de NPI recommence le même scénario. Le pays ne pouvait pas compter sur la demande interne au départ à cause des salaires faibles. Le succès de ces pays est fragile à cause de l’arrivée de nouveaux concurrents qui remettent en cause les avantages acquis.

C’est aussi l’insertion dans le commerce international qui est à l’origine de la crise monétaire et financière.

  • l’ouverture internationale marque la domination de la périphérie par le centre (Samir Amin – François Perroux)
  • la domination est aussi culturelle : l’insertion économique est un facteur d’acculturation.

Conclusion

L’économie mondiale apparaît aujourd’hui plus que jamais hiérarchisée. Certains pays se sont parfaitement insérés dans les marchés mondiaux et ont pu bénéficier d’une croissance forte. D’autres pays, au contraire, payent leurs faiblesses car mal protégés de la concurrence (les PMA).

Les anciens PI vont-ils se laisser concurrencer par tous ces NPI ? Les campagnes pour les produits "éthiquement corrects" poussent les entreprises à respecter les règles d’un commerce équitable avec les PED (travail des enfants).

Le modèle de développement durable, l’éco-développement, est un développement qui tient compte de l’éco-système qui a pour objectif de préserver les ressources du milieu terrestre pour la génération suivante. Cette stratégie consiste à combiner économie, société et environnement et vise à :

  • satisfaire les besoins fondamentaux de l’homme
  • s’appuyer sur les forces propres des populations et leur permettre de réaliser leur propre projet
  • maintenir à long terme les grands équilibres écologiques

La théorie du libre-échange insiste sur les bienfaits de l’ouverture sur l’extérieur. Elle est en réaction au mercantilisme. Depuis 1945, le libre-échange n’a cessé de progresser et d’entraîner le développement du commerce mondial. Pourtant lorsque l’activité économique ralentit, le protectionnisme s’installe.

I – Les analyses théoriques de l’échange international ou les théories du libre-échange

A – La théorie des avantages absolus

C’est la théorie d’Adam Smith (1723-1790), théoricien du libre-échange et auteur de la Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776).

Sa théorie veut que chaque pays se développe dans les productions où il dispose d’un avantage absolu, i. e. dans la production d’un bien pour lequel son coût de production est inférieur (= sa production par unité de facteur supérieure) à celui des pays avec lesquels il commerce : un pays a intérêt à produire davantage qu’il ne consomme, afin d’exporter le surplus et d’importer des biens que d’autres pays produisent mieux que lui.

B – La théorie des avantages comparatifs

David Ricardo (1772-1823) est un économiste libéral classique et un libre-échangiste. Il est l’auteur du Principe de l’économie politique et de l’impôt (1817). Ricardo va compléter la théorie de Smith en se posant la question suivante : que se passe-t-il si un pays ne possède aucun avantage absolu ? Selon Smith, sa production va être nulle.

Ricardo énonce la théorie des avantages comparatifs : tout pays a intérêt à être libre-échangiste même si un pays a un avantage absolu sur tous les autres pays dans tous les domaines. Le pays se spécialise dans la production où il possède un avantage relatif, i. e. là où il est relativement le meilleur ou le moins mauvais. Il faut savoir renoncer à ses avantages les plus faibles pour tirer parti de ses avantages les plus forts.

Par exemple, un pays A (l’Angleterre) va se spécialiser dans la production de tissus alors qu’un pays B (le Portugal) se spécialisera dans la production de vin : les deux pays s’échangent leurs produits et la Division Internationale du Travail (DIT) améliore la situation de tous les pays.

Selon Ricardo, la production des tissus devrait se faire en Angleterre, même si leurs coûts de fabrication sont plus bas au Portugal. Il s’agit d’un avantage comparatif et non absolu, du plus grand avantage (avantage le plus grand en matière de productivité du travail) ou du plus petit désavantage (même les pays n’ayant pas d’avantage absolu participent à la spécialisation et donc au développement).

Un pays a donc intérêt à importer un produit même s’il peut bel et bien le produire localement à un coût inférieur. Les pays se spécialisent dans la production des biens qu’ont un coût relatif plus faible par rapport aux autres biens.

Critiques :

  • les pays industrialisés (PI) produisent des biens à haute valeur ajoutée alors que les biens des pays en développement (PED) sont à faible valeur ajoutée : détérioration des termes de l’échange.
  • une spécialisation trop poussée entraîne une dépendance.
  • en cas d’évolution de la demande, le problème de la reconversion peut apparaître.

II – Les origines de l’avantage comparatif

A – La théorie de la dotation en facteurs de production ou modèle HOS

Cette théorie est aussi appelée modèle HOS car elle a été trouvée par Heckscher et Ohlin puis complétée par Samuelson.

L’origine de l’avantage comparatif vient de l’abondance ou de la rareté relative des divers facteurs de production dont sont dotés les pays.
Comme Ricardo, ces auteurs supposent l’immobilité internationale des facteurs de production.

B – La théorie du cycle du produit de Vernon

L’avantage comparatif a pour origine la recherche qui produit l’innovation et la demande du marché interne. Vernon combine l’évolution de la nature du produit avec les évolutions de son commerce international. Il existe différentes phases :

  • 1ère phase : pas de commerce international : produit fabriqué et consommé dans le pays d’origine
  • 2ème phase : développement des exportations avec ses partenaires : extension du marché du producteur dans les autres PI. Le prix baisse.
  • 3ème phase : banalisation du produit. Il devient intensif en main d’oeuvre et sera donc fabriqué dans les PED où la main d’oeuvre est moins chère (délocalisation).

La théorie de Vernon met l’accent sur la mobilité des facteurs de production.

C – La théorie de la demande représentative de Linder

L’avantage comparatif a pour origine l’importance de la demande interne du produit exporté. Il faut que la dotation en facteurs de production soit identique partout.

Explications

Le commerce ne peut se développer que s’il n’existe que peu de différences entre le niveau de vie et le niveau des salaires des pays. Un pays exporte plus facilement le produit pour lequel il a une demande forte. Notons que plus les pays sont semblables, plus ils font du commerce entre eux et plus ce commerce porte sur des produits comparables. L’essentiel du commerce mondial s’effectue entre PDEM. Les échanges entre les pays sont surtout des échanges intra-branches (échanges de biens) appartenant à la même catégorie. Les produits échangés ne sont pas totalement identiques (marque, forme…). Pour Linder, le commerce est entravé lorsque les niveaux de vie sont différents.

Synthèse

L’échange international est constitué de 2 composantes :

  • les échanges entre PI : échanges intra-branches
  • les échanges entre PI et PED : échanges inter-branches (théorie de Ricardo)
AuteursOrigine de l’avantage comparatifCourant théorique
HOS– La différence de dotation en facteurs de production
Néo-classique : complète l’analyse de Ricardo
VERNON– Innovation
– Importance du marché interne (Demande)
Rupture avec Ricardo : le capital est mobile
LINDER– Demande pour le produit exporté
– Dotation en facteurs de production identique
Critique de HOS. Courant keynésien (demande).

III – La Division Internationale du Travail (DIT)

La Division Internationale du Travail (DIT) est la spécialisation des pays qui participent au commerce international.

L’ancienne DIT a duré jusqu’aux années 1960 : elle concernait l’échange de produits manufacturés contre des produits primaires (complémentarité entre PI et PED). L’ancienne DIT a été remise en cause car les PI exportaient des produits à haute valeur ajoutée (HVA) alors que les PED exportaient des produits manufacturés à faible valeur ajoutée : il n’y avait plus de complémentarité. Le seconde DIT est aussi remise en cause :

  • les NPI concurrencent les PI (produits HVA)
  • les flux Nord / Nord se développent (entre PI) : échanges intra-branches
  • commerce intrazone (régionalisation)

L’ancienne DIT n’a cependant pas disparu : les PMA (Pays les Moins Avancés) exportent toujours des produits de base.

IV – L’avantage comparatif est dynamique ou les dynamiques des spécialisations

L’insertion dans les échanges internationaux nécessite d’être compétitif. La compétitivité est l’adaptation permanente de l’appareil productif. Au milieu global, les nations les moins bien placées dans la compétition internationale sont confrontées à un problème de contrainte extérieure.

A – La compétitivité

La compétitivité est la capacité à maintenir et à accroître sa part de marché. Elle peut être interne ou externe :

  • compétitivité externe : position des entreprises sur les marchés.
  • compétitivité interne : partage de la demande interne entre producteurs nationaux et étrangers.

Comment peut-on être compétitif ?

1 – L’avantage est à renouveler constamment

Par l’innovation, les entreprises créent sans cesse de nouvelles sources de spécialisation et les nations les plus dynamiques qui engendrent ou attirent ces entreprises peuvent remettre en cause tous les avantages acquis antérieurement par les anciens PI.

2 – La compétitivité-prix

Traduit la capacité à proposer sur le marché des produits à des prix inférieurs à ceux de ses concurrents.

Les facteurs expliquant la compétitivité-prix sont les coûts salariaux, le prix des Capitaux Investis (CI), les coûts de l’amortissement du capital, le comportement de marges des firmes et le taux de change, la taille des entreprises, l’exploitation des économies d’échelle, la présence d’équipements performants.

3 – La compétitivité structurelle

Capacité à imposer ses produits indépendamment du prix. La compétitivité structurelle dépend de critères fixes : la différenciation des prix, la qualité, le SAV, la souplesse d’exploitation, la marque, le respect des délais.

B – La contrainte extérieure

La contrainte extérieure est la dépendance d’une économie à l’égard des autres économies. Un pays contraint est un pays dont les marges de manoeuvre sont réduites. Les indicateurs de la contrainte extérieure concernent le commerce extérieur :

  • solde de la balance commerciale : X – M
  • taux de couverture des importations : ( X / M ) * 100
  • propension d’un pays à importer : ( M / PIB ) * 100
  • propension d’un pays à exporter : ( X / PIB ) * 100
  • degré d’ouverture : ( ( ( X + M ) / 2 ) / PIB ) * 100

La contrainte extérieure est aussi fonction des rapports de domination existant entre les pays.

V – Le libre-échange et ses conséquences

A – Définition

C’est le libéralisme appliqué au commerce international. C’est l’absence d’entraves à la circulation de marchandises, de services et de capitaux.

B – Les arguments en faveur du libre-échange

  • un facteur d’expansion économique : lien étroit entre croissance économique interne des pays et essor des échanges.
  • les arguments de Smith et de Ricardo : ils ont vu les bienfaits du libre-échange.
  • tous les pays ne disposent pas de ce qui leur est nécessaire pour produire et vivre : besoins de matières premières, de technologies (PED)
  • la demande étrangère est un moyen d’écouler la production : les PI ont des entreprises tournées vers l’exportation, les PED ont un développement extraverti (orienté vers l’exportation car la demande interne est insuffisante).
  • le libre-échange élargit les marchés : le commerce extérieur permet de bénéficier de la production en grandes séries (production de masse = économies d’échelle = baisse des prix). Le marché possède alors une dimension plus importante.
  • le libre-échange favorise la concurrence : les entreprises doivent innover, se moderniser, s’adapter, augmenter la productivité, investir, i. e. être compétitif et s’orienter vers les secteurs les plus performants.
  • le libre-échange entraîne une diversification de la consommation : voitures allemandes, japonaises…
  • le libre-échange favorise la bonne entente entre les pays : c’est un instrument de pacification selon Ricardo.

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C – Les limites du libre-échange

  • le libre-échange rend fragiles les économies des pays concernés car les pays deviennent interdépendants et les déséquilibres conjoncturels se transmettent d’un pays à un autre. La hausse du prix du pétrole en 1973 a importé l’inflation en France.
  • la concurrence peut entraîner la fermeture des entreprises les moins rentables : ces entreprises ne peuvent pas s’adapter à l’évolution de la demande mondiale.
  • pour les PED, la concurrence peut entraîner la ruine de leur économie traditionnelle et entraver leur développement.
  • pénétration sur le marché national de produits étrangers (compétitivité interne).
  • le libre-échange favorise souvent les pays dominants (selon les Tiers-Mondistes) :
    • le libre-échange n’assure pas toujours le développement harmonieux de tous ceux qui participent à ces échanges.
    • toutes les spécialisations ne se valent pas : la DIT n’est pas équilibrée.
    • la détérioration des termes de l’échange.

VI – Le protectionnisme et ses conséquences

A – Définition

C’est la protection du marché national. Un pays se protège de la concurrence étrangère par différents moyens.

B – Comment se manifeste le protectionnisme ?

  • la protection tarifaire : droits de douanes ( Barrières Tarifaires: BT ) : les marchandises importées coûtent plus cher.
  • les quotas et contingentements : limitation des produits étrangers
  • les barrières non tarifaires (BNT) ou "protectionnisme rampant" :
    • normes techniques ou industrielles (sécurité)
    • labels de qualité
    • normes sanitaires (cd. vache folle dans les années 1990)
    • réglementations administratives
  • toutes les pratiques contraires au libre-échange :
    • le dumping : vendre moins cher dans les autres pays que dans son propre pays.
    • les subventions aux exportations : exemple de l’agriculture

C – Les arguments en faveur du protectionnisme

Le protectionnisme éducateur de Frederic List (1789-1846) consiste à protéger les industries naissantes de la concurrence étrangère. On parle de protectionnisme offensif. Le protectionnisme éducateur doit être limité aux entreprises jeunes provisoirement, le temps qu’elles deviennent viables. Il existe des obstacles :

  • l’inexistence dune main d’oeuvre qualifiée
  • les habitudes prises par les consommateurs
  • l’insuffisance des économies d’échelle
  • l’insuffisance des économies externes, absence de communication

Le protectionnisme défensif de Nicolas Kaldor préconise la protection de l’industrie dans sa vieillesse. Le protectionnisme est nécessaire à cause des difficultés engendrées par la crise et pour faciliter la reconversion des secteurs en déclin.

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D – Les limites du protectionnisme

[Voir les arguments en faveur du libre-échange].

  • le protectionnisme de rétorsion : réaction des pays victimes du protectionnisme (oeil pour oeil).
  • le protectionnisme de Jules Méline est un type défensif de conservation sociale. Il s’agissait d’élever les Tarifs Méline pour protéger l’agriculture française et satisfaire les revendications de la classe paysanne. La conséquence fut l’affaiblissement du pays par manque d’innovations.

VII – L’organisation du libre-échange : GATT puis OMC

A – Origine et définition

Le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) est signé à Genève en 1947 par 23 PI et PED. C’est un code de bonne conduite et un code de référence pour les échanges internationaux. Le GATT organise des Négociations Commerciales Multilatérales (NCM) aussi appelées "rounds".

B – Objectifs

Le GATT cherche à promouvoir le libre-échange par l’abaissement progressif des droits à la douane (lors de grands "rounds") et l’interdiction de pratiques discriminatoires et des barrières non tarifaires. Son objectif principal est le bénéfice des gains du libre-échange (théorie des avantages comparatifs). Il réglemente les désaccords entre les pays membres et organise les rounds ; il lutte contre le protectionnisme.

C – Principes et exclusions

La Clause de la Nation la Plus Favorisée (CNPF) prévoit que toute négociation tarifaire entre deux membres doit être étendue à tous les autres. Interdiction des quotas, du dumping, des subventions à l’exportation.

D – Les rounds

Résultats de l’Uruguay Round (1986-1993) :

  • baisse des tarifs douaniers
  • baisse des barrières non tarifaires
  • élargissement du nombre de produits
  • hausse du nombre de parties contractantes

Ce fut une négociation très longue qui vit la naissance de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

E – L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)

L’OMC est l’Organisation Mondiale du Commerce, signée à Marrakech en avril 1994 et qui est entrée en vigueur le 1er janvier 1995. L’OMC n’est pas un accord tout court, il fait l’objet de législations appliquées par des institutions internationales (comme le Fond Monétaire International, le FMI par exemple). L’ORD, l’Organe de Réglement des Différents, est chargé de régler les conflits commerciaux.

Aujourd’hui, tous les pays membres sont mis sur le même pied d’égalité juridique. L’émergence de l’OMC a vu la création d’un véritable droit du commerce international. Pour respecter les règles du commerce international, l’ORD dispose de pouvoirs réels. Les compétences de l’OMC se sont élargies à de nombreux domaines (services, droits de la propriété intellectuelle). La création de l’OMC marque une avancée vers le multilatéralisme.

Le progrès technique au sens strict est l’ensemble des éléments qui permettent d’améliorer les méthodes de production et d’augmenter la productivité. Le progrès technique se manifeste par des changements de machines, des nouvelles organisations du travail. Le progrès technique est facteur de croissance.

Au sens large, on étend la notion de progrès technique aux innovations.

I – Progrès technique et innovation

Le progrès technique résulte directement des innovations, i. e. de la mise en application d’une invention.

A – De l’invention à l’innovation

Une invention est la découverte d’un principe ou d’un produit nouveau qui n’est pas toujours susceptible d’application pratique. L’invention part de la recherche fondamentale pour arriver à la recherche appliquée : c’est le résultat de la recherche scientifique.

Une innovation est la mise en application industrielle et commerciale d’une invention. L’innovation reprend les étapes de la recherche scientifique de l’invention et ajoute les stades de développement et de commercialisation : c’est la mise en valeur économique des innovations.

La période sur laquelle s’étend le processus d’innovations peut être assez longue : le téléphone a mis 56 ans, la télévision en a mis 10. De nombreuses inventions ne donnent pas des innovations.

I – L’investissement

A – Définitions

Investissement : au sens strict, c’est l’acquisition par les entreprises de moyens de production pour remplacer ou accroître le capital productif. Le terme concerne le capital fixe. On parle d’investissement productif.

Investissement immatériel : achats de brevets, logiciels, publicité, marketing, formation du personnel, recherche et développement.

Amortissement : partie de l’investissement qui sert à remplacer le capital usagé ou obsolète.

Investissement net = Investissement brut – Amortissement.

Ne pas confondre Investissement et Capital Investi :

  • investissement : achat de biens qui vont servir plusieurs fois dans le processus de production (investissement en capital fixe).
  • capital investi : matières premières détruites ou incorporées dans le processus de production.

Ne pas confondre Investissement et Placements Financier : un placement financier est plus ou moins spéculatif.

En comptabilité nationale, au niveau macro-économique, l’investissement s’appelle la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF). La FBCF comptabilise les investissements des entreprises, des ménages et des administrations. La FBCF ne comptabilise pas les investissements immatériels.

Le taux d’investissement est la part de richesse créée consacrée à l’investissement dans un pays. C’est la capacité d’un pays à renouveler son équipement.

Taux d’investissement = ( FBCF / PIB ) * 100

Le taux de marge est la part de la Valeur Ajoutée (VA) qui est destinée à l’entreprise.

Taux de marge = ( EBE (profits) / VA ) * 100

Le taux d’autofinancement est la capacité des entreprises à financer elles-mêmes leurs investissements.

Taux d’autofinancement = ( Epargne brute / FBCF des entreprises ) * 100

Un investissement induit est un investissement effectué à cause de la hausse de la demande (accélérateur d’investissement).

Un investissement autonome est un investissement indépendant de la demande (multiplicateur d’investissement).

B – Les différentes formes d’investissement pour une entreprise

  • selon leur nature :
    • investissement matériel (machines)
    • investissement immatériel (logiciels, pub…)
  • selon leur fonction :
    • investissement de remplacement
    • investissement de capacité ( hausse de la production)
    • investissement de productivité (baisse des coûts pour atteindre le progrès technique)

C – Le financement des investissements

financement investissement

D – Les circuits de financement externe de l’investissement

Les ménages ont une capacité de financement, les entreprises ont un besoin de financement.

  • circuit direct ou financement direct :

intermédiation

  • circuit indirect ou financement indirect

désintermédiation

II – Le multiplicateur d’investissement

A – Définition

Investissement autonome : investissement qui n’est pas dû à la demande. On se place dans le cas d’un investissement autonome (exemple : politique de grands travaux). C’est Keynes qui a mis en évidence le rôle moteur de l’investissement dans l’économie en étudiant les relations entre l’investissement et les revenus et entre l’investissement et l’épargne. C’est le principe selon lequel une variation de l’investissement entraîne un variation plus que proportionnelle du revenu national.

  • k = ( Variation du Revenu / Variation de l’Investissement )
  • k = ( 1 / Propension marginale à épargner ) = ( 1 / ( Variation de l’Epargne / Variation du Revenu ) )

Pour Keynes, c’est l’investissement qui crée l’épargne.

B – Le mécanisme du multiplicateur d’investissement

multiplicateur d'investissement

C – Les différentes phases

Keynes se fonde sur le caractère bilatéral des opérations économiques à travers le circuit. Toute dépense d’un agent est un revenu pour un autre agent. Keynes raisonne en termes de circuits.

multiplicateur de Keynes

L’évolution de l’épargne (variation de l’épargne = 100) est donc bien égale au montant de l’investissement initial (variation de l’investissement = 100). Epargne et investissement s’ajustent bien ex-post. Le processus du multiplicateur se poursuit jusqu’à ce que la dernière variation de revenu soit négligeable.

D – Critiques et conditions

  • Keynes se fonde sur le caractère bilatéral des opérations
  • il ne dit pas en combien de temps l’investissement initial produira ses effets.
  • il faut que le comportement des ménages soit stable.
  • il faut une stabilité du niveau général des prix.
  • il ne faut pas que l’économie soit en situation de plein emploi.
  • Keynes raisonne en économie fermée : l’investissement donne lieu à des achats faits dans le pays. Or un pays peut importer de l’étranger.

E – Utilisation du multiplicateur d’investissement

Le multiplicateur d’investissement s’est montré très efficace pour lutter contre la crise des années 1930 (politique de grands travaux du New Deal). Il a aussi stimulé l’augmentation de la croissance des 30 Glorieuses. Aujourd’hui, les tentatives sont moins heureuses avec l’ouverture des frontières. Seuls des projets à l’échelle européenne pourraient avoir des effets positifs. Le multiplicateur d’investissement peut également servir à l’étude d’une nouvelle implantation industrielle dans une région ou dans une ville.

III – L’accélérateur d’investissement

A – Origine

Le principe de l’accélérateur d’investissement a été formulé dès le début du siècle par Clark et Aftalion.

B – Le principe

C’est un investissement induit provoqué par la croissance de la demande. La variation de la demande de consommation entraîne une variation plus que proportionnelle de la demande de biens d’équipement. Inversement, si la demande baisse, l’investissement baisse.

C – Les hypothèses

  • quantité produite = quantité demandée
  • le coefficient de capital est une constante : k = ( Capital / Production)
  • le capital disponible est pleinement utilisé : il n’y a pas d’équipements oisifs.
  • l’amortissement est linéaire : avec un capital de 400 échelonné sur 10 ans, l’amortissement est de 400 / 10 = 40

Rappel : Investissement net = Investissement Brut – Amortissement

accélérateur d'investissement

IV – L’investissement productif

A – Les déterminants de l’investissement

Les déterminants de l’investissement sont tous les facteurs qui influencent l’investissement. Les déterminants sont multiples. Le chef d’entreprise doit prendre une décision dans un monde qui est incertain. Il prend un risque car l’investissement est un montant non négligeable et qui détermine l’avenir (rentabilité). Mais la faiblesse des investissements remet en cause la croissance à long terme et le dynamisme d’une économie : il faut investir !

1 – Les conditions de financement

  • capitaux propres :
    • taux de marge : ( EBE / VA ) * 100
    • épargne disponible : taux d’autofinancement
  • capitaux empruntés :
    • taux d’intérêt réel : coût des emprunts
    • politique économique de l’Etat

2 – La demande

  • évolution de la consommation : accélérateur d’investissement

3 – Les conditions de rentabilité

  • recherche du profit (Travail par rapport au Capital ? Etranger par rapport à la France ?)
  • la politique fiscale

4 – L’environnement économique proche ou lointain

Les entreprises sont de plus en plus sensibles à tout événement qui pourrait de près ou de loin perturber son environnement. Exemple : croissance durable, crise asiatique. L’internationalisation et la mondialisation de l’économie ont transformé le comportement des entreprises qui n’hésitent plus à investir à l’étranger. Cette attitude pénalise l’investissement national.

Aujourd’hui, les entreprises cherchent la combinaison de facteurs la plus favorable possible avant de décider d’investir.

B – Le principe de l’effet de levier

La question est la suivante : est-il intéressant de s’endetter pour investir ou faut-il utiliser ses propres capitaux ?

L’effet de levier repose sur l’endettement. Il est obtenu lorsqu’une entreprise s’endette et qu’elle obtient, au moyen de ses capitaux empruntés, un taux de rentabilité financière supérieur à celui qu’elle obtiendrait avec ses seuls capitaux propres. Il faut tenir compte aussi du taux d’intérêt réel : plus la part du taux d’intérêt est faible et plus la rentabilité financière est importante. En gros, l’entreprise s’endette pour s’enrichir. NB : l’effet de levier peut aussi être négatif.

  • taux de profit = ( profit / capital investi ) * 100
  • rentabilité économique = ( EBE / capital fixe ) * 100
  • coût des emprunts = taux d’intérêt = loyer de l’argent
  • coût réel des emprunts = taux d’intérêt nominal moins le taux d’inflation
  • taux de profitabilité = taux de profit moins le taux d’intérêt réel
  • taux de rentabilité financière des capitaux propres = ( ( EBE – frais financiers ) / capitaux propres ) * 100

V – Les effets de l’investissement

A – Sur la croissance économique

Investissement et croissance économique sont liés : pendant les Trente Glorieuses, la hausse de l’investissement allait de pair avec la croissance. En période de crise, l’investissement baisse et entraîne une baisse de la croissance. L’investissement exerce un double effet sur l’activité économique :

  • sur la demande : multiplicateur
  • sur l’offre : modernisation, hausse de la productivité, création de nouveaux marchés

L’investissement améliore la flexibilité de la production : ateliers flexibles, robotisation permettent de gagner des parts de marché.

Les investissements publics :

  • transports
  • télécommunications

Les investissements éducatifs (long-terme) : amélioration de la compétence des individus.
Les investissements immatériels.

B – Sur le niveau de vie et le genre de vie

L’investissement entraîne des progrès économiques et sociaux.

C – Sur l’emploi

conséquences de l'investissement

VI – La concentration des entreprises

A – Comment peut se faire la croissance d’une entreprise ?

La croissance d’une entreprise est une stratégie de développement des activités de l’entreprise. Il existe deux types de croissance :

  • la croissance interne : l’entreprise augmente sa taille en créant de nouveau investissements internes.
  • la croissance externe : l’entreprise augmente sa taille en s’associant à d’autres entreprises. Elle acquiert des moyens de production déjà existants.

C’est à la croissance externe que l’on associe la concentration.

B – Définition et mesure de la concentration

La concentration est le processus par lequel les entreprises deviennent moins nombreuses et plus grandes sur un marché. C’est un petit nombre d’entreprises contrôlant le marché.
La concentration peut être mesurée par certains indicateurs (effectifs et chiffre d’affaire).

C – Les différentes formes de concentration

La concentration horizontale : regroupe les entreprises produisant le même type de produits (exemple : PSA). Recherche du contrôle du marché par un pourcentage significatif des ventes d’un secteur. Avantages économiques : amélioration des réseaux de distribution, contrôle des prix plus aisés.

La concentration verticale : regroupe des entreprises qui sont complémentaires et clientes : l’une fournit à l’autre les matières premières ou produits demi-finis dont elle a besoin. Avantages économiques : maîtrise d’un cycle de production, possibilité d’accumuler les profits tout au long de la production en se vendant à soi-même les biens intermédiaires (prix de cession interne).

  • verticale amont : l’entreprise prend le contrôle de ses fournisseurs. Maîtrise des approvisionnements, possibilité de contrôler ses coûts de production, ses livraisons, la nature exacte des composants entrant dans son activité.
  • verticale aval : l’entreprise prend le contrôle d’une entreprise cliente. Avantages économiques : maîtrise de sa distribution, possibilité d’améliorer la promotion de ses produits, cumul des valeurs ajoutées, élargissement de ses débouchés en contrôlant la distribution des concurrents.

Concentration conglomérale : une série d’entreprises sont regroupées sans liens économiques apparents. Par exemple des parfums, des roulements à billes, une maison de disques. Avantages économiques : la diversification des risques, la recherche d’un ensemble formé d’entreprises à taux de profit élevé, qui diversifient les risques encourus en assurant une rentabilité moyenne élevée chaque année. A l’époque où la surface financière et la capacité de financement est décisive, et surtout les reconversions indispensables, le conglomérat présente des avantages notables (ITT symbolise bien cette stratégie).

D – Les différentes modalités

1 – La fusion

La fusion est l’opération par laquelle deux ou plusieurs sociétés décident de réunir leur patrimoine pour ne plus former qu’une seule société.

  • La fusion égalitaire consiste en la réunion de deux ou plusieurs entreprises de dimensions comparables qui décident de réunir leurs actifs pour créer une société nouvelle. Ainsi, deux entreprises X et Y créent une société Z. Le nom de la nouvelle société résultant d’une opération de fusion peut-être tout à fait nouveau (Z) ou reprendre les anciennes appellations conjointes (X-Y), ce qui est le cas le plus fréquent.
  • La fusion-absorption consiste en la réunion d’entreprises d’inégales dimensions et résulte très généralement d’une décision unilatérale : l’une des deux sociétés absorbe l’autre ou les autres; la société absorbée disparaît sur le plan juridique, son patrimoine est transféré et ses actionnaires reçoivent en contrepartie des actions de la société proportionnellement à leur part dans l’actif des sociétés dissoutes. C’est donc une annexion pure et simple qui résulte cette fois d’un net rapport de domination : x + y => X.

2 – La prise de participation

On appelle « participation » d’une société dans une autre le fait pour une société de posséder un certain nombre d’actions (ou de parts) d’une autre société. Cette possession d’actions procure la qualité d’actionnaire. Selon les cas, la fait de détenir un « paquet d’actions » d’une société peut correspondre à deux types d’attitudes : une société a le choix entre détenir des actions dans le but d’opérer un placement rémunérateur, ou d’exercer un contrôle sur la gestion de la société ainsi partiellement possédée.

  • la participation peut être simple ou réciproque : la participation est dite simple lorsqu’elle ne s’opère que dans un seul sens : Y possède x% de Z sans que Z ait de participation en Y. La participation est dite réciproque ou croisée lorsque plusieurs sociétés détiennent réciproquement des fractions plus ou moins importantes de leur capital respectif.
  • la participation peut être directe ou pyramidale : les participations sont dites directes lorsqu’aucun intermédiaire ne s’impose entre la société possédante et la société possédée. Les participations sont dites pyramidales ou « en échelle » ou « en cascade » lorsqu’une société X peut contrôler une société Y par l’intermédiaire d’une société Z.

3 – L’offre publique d’achat (O.P.A.)

L’O.P.A. (ou take over bird) est une offre publique d’achat d’une firme qui veut acquérir une société côtée en Bourse. Cette technique consiste à proposer aux actionnaires de leur racheter leurs titres à un prix sensiblement supérieur à celui du marché. L’opération est un succès si les opérateurs obtiennent suffisamment de promesses de vente pour prendre le contrôle de la société convoitée. On parle d’offre publique d’échange (O.P.E.) quand le règlement se fait non pas en espèces mais sous formes de titres (généralement des actions d’autres sociétés).

Avec la révolution industrielle, la division du travail s’est développée (cf. Smith). La notion d’appareil productif ne se limite pas à sa dimension économique et technique (progrès technique, innovations, investissements, profits…), il faut aussi tenir compte de la dimension sociale de l’entreprise. Toute forme d’organisation du travail présente aujourd’hui 4 objectifs :

  • produire le plus possible
  • dans les délais les plus courts
  • avec le moins d’efforts
  • en tenant compte de la qualité

Le sociologue Alain Touraine distingue 3 phases dans l’évolution de l’organisation du travail :

  • l’ancienne organisation du travail
  • le taylorisme – fordisme
  • le post-taylorisme

I – Phase A : l’ancienne organisation du travail

Composée de l’artisanat et des petites entreprises. L’ouvrier était qualifié et était capable de transmettre son savoir-faire aux plus jeunes. Il avait une certaine liberté et les rapports humains étaient plus importants (confiance).

II – Phase B : le taylorisme – fordisme

A – Le taylorisme

Le taylorisme est dû à un ingénieur américain, Taylor (1856-1915), qui a poursuivi la pensée d’Adam Smith : il crée l’Organisation Scientifique du Travail (OST), i. e. une organisation rationnelle reposant sur 3 principes :

1 – Séparation radicale entre la conception et l’exécution

C’est la division verticale du travail. La conception concerne les bureaux des méthodes dont le rôle est de penser (cols blanc). L’exécution concerne les ateliers dont le rôle est de fabriquer (cols bleus). L’objectif est de mettre en valeur le savoir de l’ouvrier.

2 – Découpage des activités en tâches élémentaires et non qualifiées

C’est la division horizontale du travail : la parcellisation des tâches :

  • une tâche simple
  • une tâche répétitive
  • en peu de temps
  • la méthode la plus efficace : "the one best way"

3 – Le salaire au rendement

L’appât du gain permet de stimuler l’activité et la productivité et d’obliger l’ouvrier spécialisé (OS) à suivre la cadence.

B – Le fordisme

Ford (1863-1947) complète l’oeuvre de Taylor et introduit 3 innovations fondamentales :

1 – La standardisation du produit (sur le plan économique)

Pour que la chaîne soit efficace, il faut produire des objets identiques, standardisés pour que cela permette la production de masse et les économies d’échelle.

2 – La chaîne d’assemblage (sur le plan technique)

Une fois le travail parcellisé, celui-ci peut être mécanisé. L’OS ne bouge plus : l’objet vient à lui. C’est la machine qui donne le rythme au travailleur.

3 – Une politique de hauts salaires (sur le plan social)

Hausse de la productivité : gains de productivité : plus de partages : augmentation des salaires.

Une consommation de masse devient alors possible pour absorber la production de masse (école de la régulation fordiste). Il faudra attendre les 30 Glorieuses pour que la production de masse soit associée à la consommation de masse (politique de l’Etat providence de Keynes).

C – Les résultats du taylorisme et du fordisme

Ses conséquences positives

Hausse de la production, hausse de la productivité :

  • conséquences micro-économiques :
    • salariés : hausse des salaires, baisse du temps de travail
    • entreprises :
      • gains de productivité :baisse des prix : hausse des parts de marché : augmentation des profits
      • multiplication des postes de travail : tâches identiques et interchangeable : plusieurs équipes en chaîne continue : hausse de la productivité des équipements
  • conséquences macro-économiques :
    • mise en place du cercle vertueux de la croissance. Les gains de productivité permettent de rentrer dans une spirale fordiste :
      • hausse des salaires : consommation de masse
      • production à moindre coût : économies d’échelle et standardisation : production de masse (théorie de la régulation)
      • hausse du niveau de vie et transformation du mode de vie de la population

La remise en cause du taylorisme – fordisme : 2 crises

1 – La crise des années 1960-1970

Cette crise se manifeste par l’accélération des cadences qui génèrent des rebuts, des gaspillages et des malfaçons. Les effets des cadences infernales se confirment par des conditions de travail qui se détériorent, la routine et l’abrutissement qui engendrent surmenage et accidents de travail, l’absentéisme qui se développe, les taux de rotation du personnel qui s’élèvent et l’augmentation des revendications et conflits. Tout cela entraîne une baisse des gains de productivité. Cette crise est dûe au refus de la routine et à l’abrutissement de la part des salariés qui souhaitent un enrichissement du contenu de leur travail. G. Friedman, sociologue du travail, affirme : "l’homme, le grand ouvrier de Taylor, [est] traité par Ford comme un simple rouage". Cette crise est sociale.

Note : Marx considère que le travail devient aliénant. L’aliénation est l’état des travailleurs qui, dépossédés du sens de leur travail, deviennent des étrangers à eux-mêmes.

2 – La crise des années 1980-1990

Cette crise est dûe aux nouvelles contraintes du marché :

  • fin de la production de masse : variété des produits. Le taylorisme est jugé trop rigide d’où la nécessité des ateliers flexibles (flexibilité fonctionnelle).
  • le taylorisme n’est plus adapté avec l’arrivée de l’automatisation : l’ouvrier doit être polyvalent aujourd’hui (flexibilité fonctionnelle)
  • les nouveaux modes de pensée : écoute, dialogue, coopération, participation de tous, appel à l’intelligence des salariés.

Cette crise est une crise d’efficacité.

III – Phase C : le post-taylorisme

A – Fondements du post-taylorisme

1 – Il faut remédier aux dysfonctionnements liés au taylorisme

Cette nouvelle stratégie est fondée sur la qualité, les délais courts et la compétitivité afin d’atteindre une plus grande flexibilité (main d’oeuvre polyvalente + équipements – ateliers flexibles). On atteint alors la flexibilité fonctionnelle.

2 – Les nouvelles technologies exigent :

  • moins d’efforts physiques et moins de travail répétitif : la matière grise devient une force productive : hausse du travail indirect et baisse du travail direct.
  • plus de formation et plus de personnel qualifié

3 – Cet enrichissement du savoir de l’homme conduit à un changement dans l’Organisation du Travail (OT)

On passe du taylorisme (1 homme, 1 machine) au post-taylorisme (1 équipe, 1système technique), ce qui implique :

  • coopération, motivation
  • dialogue
  • responsabilités
  • échanges de compétences

4 – Fini le "travail en miettes", finis les "OS"

5 – Importance des relations humaines

B – Les formes du post-taylorisme ou les Nouvelles Formes d’Organisation du Travail (NFOT)

  • l’élargissement des tâches se borne à atténuer la parcellisation du travail. Des opérations d’exécution sont regroupées et confiées à un même opérateur.
  • l’enrichissement des tâches vise la division horizontale et verticale du travail. L’opérateur se voit confier des tâches de contrôle, disposant ainsi d’un certain degré de responsabilité.
  • le travail en groupes semi-autonomes est la formule collective d’enrichissement du travail. Un ensemble de travailleurs, sans supérieur hiérarchique direct, se voit attribuer la responsabilité collective d’une production, une relative autonomie lui étant laissée pour se répartir les tâches en son sein.

C – Les cercles de qualité

Ishikawa est le fondateur des cercles de qualité, qui sont apparus en 1960 au Japon, en 1970 aux USA et en 1980 en France. Un cercle de qualité est la réunion de personnes qui étudient et essaient de résoudre un problème préalablement défini (machines souvent en panne, panneaux d’affichage). Les salariés qui font partie d’un cercle de qualité sont volontaires et non rémunérés. Les cercles de qualité restent sous le contrôle de la Direction.

Les résultats en termes économiques ont été positifs :

  • baisse de la pénibilité du travail
  • baisse des pannes des machines
  • baisse du taux de rebuts
  • meilleure motivation
  • meilleure intégration des salariés dans l’entreprise : "on ne laisse plus son intelligence au vestiaire".

Le centre de qualité reste cependant l’affaire de la Direction qui les contrôle. Les centres de qualité ne s’occupent pas que des problèmes mineurs (machine à café). Les syndicats y sont hostiles car leur rôle y est amoindri et ils craignent qu’il y ait une récupération des savoirs-faire : pour eux "l’aristocratie ouvrière" est exploitée.

IV – Le modèle japonais

A – Principes

L’organisation du travail (OT)

Ils tiennent compte de l’intelligence de tous les membres de l’entreprise qui accepte les suggestions de tous. Importance du dialogue et de la communication. L’entreprise est paternaliste (la patron est un père, un "oyabun").

Les japonais font du Ringi la base de la nouvelle OT

La Direction n’a pas le monopole des idées et des décisions. Le personnel peut être consulté, même sur des points importants. Toutes les décisions peuvent être prises à des niveaux différents.

Un ensemble de traits culturels

Confucius, philosophe chinois, met au premier rang l’effort constant pour établir l’harmonie dans le corps social. L’entreprise japonaise a su interpréter ce principe dans un sens favorable : au Japon, on donne de l’importance au "nous", au groupe, alors que les Européens sont axés sur le "moi", l’individu. Dans l’entreprise, il existe un respect de la hiérarchie, une harmonie des relations humaines, une loyauté envers les supérieurs. Toute attitude individualiste est considérée comme égoïste. La politesse est de rigueur. Tout individu qui développe une hostilité aux normes est marginalisé afin d’éviter les conflits. On donne de l’importance au caractère collectif du travail et le salarié s’identifie à son entreprise.

B – Le toyotisme ou le ohnisme

C’est Ohno Taïchi qui met en place les principes de l’organisation toyotiste qui a été appliquée chez Toyota. Les firmes américaines avaient servi de modèles dans l’Europe des années 1950 et plus tard dans les autres pays. Aujourd’hui, ce sont les firmes japonaises qui servent de référence. Le toyotisme tend à remplacer le taylorisme et le fordisme.

Les principes du toyotisme

  • Ohno s’est efforcé de penser à l’envers
  • la production est basée sur des séries limitées mais à partir d’un grand nombre de modèles offerts à la clientèle
  • la production se fait uniquement en fonction des besoins du marché

Le toyotisme repose sur 2 règles d’or

  • la production juste à temps : on accorde la priorité à l’aval : on va produire uniquement les quantités demandées par le marché. C’est le système des flux tendus : la production va de l’aval vers l’amont.
  • l’auto-activation de la production : les salariés et les machines bénéficient d’une certaine autonomie, ils peuvent arrêter aux-mêmes la chaîne de montage lorsque des anomalies sont constatées, sans intervention de la Direction.

Conséquences positives

  • entreprise : diminution des stocks : baisse du coût de stockage
  • consommateur : meilleure qualité, produits mieux diversifiés et adaptés aux goûts des consommateurs, délais de livraison plus courts
  • ouvrier : plus d’autonomie, polyvalence, meilleure formation, suppression des échelons hiérarchiques, plus de solidarité entre les ouvriers. "L’ouvrier vu par Ohno est un col bleu traité comme un col blanc". La pression du groupe empêche l’absentéisme.

Limites

  • la pression temporelle est la contrainte du temps qui pèse sur les salariés : il faut faire vite et respecter les délais pour être concurrentiel.
  • la charge mentale nécessite une vigilance accrue : état d’alerte, obligation de se concentrer sur des sources d’infomation différentes, stress.

La force du ohnisme ne réside pas seulement dans une mécanisation très poussée mais aussi dans un état d’esprit qui consiste à tirer le meilleur parti des ressources techniques et humaines. C’est pourquoi l’on peut donc parler de néo-taylorisme parce que cette organisation implique toujours des contraintes.

C – L’envers du modèle

  • économie duale : les grandes entreprises offrent des emplois à vie, les emplois des PME sont plus précaires
  • système très sélectif d’entrée dans les grandes entreprises
  • sélection à l’école
  • ségrégation hommes – femmes
  • grande disponibilité des hommes
  • identification à l’entreprise
  • poids du contrôle social et marginalisation
  • toute forme d’individualité doit s’effacer

Karoshi : mort subite par excès de travail. 10 000 morts par an au Japon.

V – Le taylorisme existe-t-il toujours ?

A – Constatations

Il y a toujours une proportion d’ouvriers qui travaillent à la chaîne (ouvriers non qualifiés). Ce travail a progressé dans l’agro-alimentaire où il était auparavant inexistant. Ce sont les femmes qui sont le plus touchées. Ceux qui travaillent ainsi sont ceux qui ne peuvent pas être remplacés par des machines. Leur condition de travail est dévalorisée par rapport à l’ensemble des actifs. Le ohnisme n’a pas supprimé la chaîne de montage.

B – Le taylorisme dans le tertiaire

Le taylorisme s’introduit dans le tertiaire, secteur auparavant épargné. Exemples :

  • femmes de ménages : 3 chambres à l’heure
  • chauffeur de bus : 1 bus / 8 minutes
  • laveur de carreaux : 30 carreaux / heure.

VI – L’organisation de l’entreprise capitaliste est-elle rationnelle ? [Cf. Weber]

A – Elle peut être considérée comme rationnelle

  • Les objectifs sont en adéquation avec les moyens et les contraintes afin de dégager un profit.
  • Taylorisme : Taylor avait rationalisé le fonctionnement de l’entreprise (OST) : il avait chronométré les gestes et supprimé les gestes inutiles.
  • Toyotisme : processus de rationalisation :
    • de la gestion des stocks
    • du stock ouvrier
    • du système hiérarchique
  • Ergonomie : forme de rationalité, étude qui a pour objet l’organisation rationnelle du travail.

B – Les limites

  • Dans les entreprises des Pays En Développement (PED), l’organisation n’est pas toujours très rationnelle.
  • Taylorisme : organisation qui n’est plus adaptée (crise sociale, crise d’efficacité).
  • La rationalité peut évoluer : le taylorisme peut être rationnel à une époque mais plus dans une autre.
  • Le recrutement du personnel.

I – Les composantes du marché du travail

L’offre de travail (la demande d’emploi) est faite par la population active (cf. démographie, durée des études, départs à la retraite, taux d’activité des femmes, solde migratoire).

La demande de travail (l’offre d’emploi) est faite par les entreprises (cf. croissance : consommation, investissement, exportations).
L’offre et la demande de travail se rencontrent sur le marché du travail.

Mais les offreurs de travail (ou demandeurs d’emploi) ne font pas partie de la population active :

  • les individus qui estiment trop faible leur probabilité de trouver un emploi
  • ceux qui n’ont plus droit aux indemnités de chômage
  • travailleurs au noir

La notion de flexion du taux d’activité est la variation des taux d’activité résultant de la création d’emploi. En effet, la création d’emploi suscite de la part des personnes inactives l’espoir de trouver un travail : en entrant ou en retournant sur le marché du travail, elles constituent une offre de travail supplémentaire. Le taux de flexion permet de mesurer la partie cachée du chômage. Exemple : en 1997, il fallait créer 130 emplois pour faire baisser le chômage de 100 personnes.

II – Les mesures du chômage

Un chômeur est une personne sans emploi, disponible pour travailler et à la recherche d’un emploi.

Les mesures :

  • les Demandeurs d’Emploi en Fin de Mois (DEFM) : personnes inscrites à l’ANPE
  • chômage au sens du recensement : effectué par l’INSEE tous les 7 ans
  • chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) : enquête emploi sur 70 000 ménages au mois de mars

Taux de chômage = ( nombre de chômeurs / population active totale ) * 100

Les frontières du chômage sont de plus en plus incertaines, c’est le sous-emploi :

  • Contrats à Durée Déterminée (CDD) et contrats précaires
  • emplois à temps partiel occupés faute de mieux
  • intérim
  • emplois aidés (Contrat Emploi Solidarité : CES)

Ce sont au total 6 millions de personnes qui seraient en quête d’un emploi ou à la recherche d’un autre type d’emploi ou de contrat. 6 millions dont 3 millions de chômeurs et 3 millions de sous-emplois.

Depuis juin 1995, il existe un nouveau mode de calcul du chômage : il y a maintenant deux courbes (pour l’ancien et le nouveau calcul). Ceux qui travaillent au moins 78 heures par mois sont désormais exclus alors qu’ils étaient inclus auparavant. Fin 1997, il y avait 3 507 800 chômeurs avec l’ancien calcul, 3 027 800 avec le nouveau calcul.

III – Les différentes formes de chômage

A – Selon la nature du chômage

Selon les époques et les pays, le chômage peut prendre des formes différentes.

  • le chômage conjoncturel est dû au ralentissement de l’activité économique à court terme. C’est le chômage keynésien : une baisse de la demande entraîne un ralentissement de l’activité économique. La demande anticipée des entrepreneurs est insuffisante.
  • le chômage structurel ou chômage d’adéquation est lié aux changements à long terme intervenus dans les structures démographiques, économiques, sociales et institutionnelles.
  • le chômage frictionnel est lié aux délais d’ajustement de la main d’oeuvre d’un emploi à un autre à court terme (absence d’information).
  • le chômage saisonnier apparaît lorsque l’activité du salarié fluctue avec les saisons.
  • le chômage technique est dû à une interruption du processus technique de production à court terme (pannes, pénuries…).
  • le chômage technologique apparaît à la suite d’innovations qui économisent du travail par la substitution du capital au travail (robotisation, informatisation).
  • le chômage partiel est dû à la réduction temporaire de l’activité d’une entreprise. Exemple : une entreprise automobile reçoit moins de commandes au mois d’août : les employés travaillent 2 heures de moins par jour. En septembre, ils sont employés à plein temps. Les 2 heures sont payées par les ASSEDICs.

B – Selon le courant de pensée

1 – Pour les libéraux

Le chômage est structurel avec des causes structurelles selon les libéraux :

  • SMIC
  • indemnités chômage
  • syndicats
  • conventions collectives : accord entre syndicats des salariés et les syndicats du patron

Le chômage est aussi frictionnel. Le chômage involontaire n’existe pas.

2 – Pour les keynésiens

Le chômage est conjoncturel :

  • demande anticipée des entrepreneurs insuffisante
  • le chômage peut être involontaire : équilibre de sous-emploi

C – Selon le type de chômeurs

1 – Chômage de conversion

  • progrès technique : restructurations industrielles : licenciement des emplois stables, protégés par les conventions collectives (hausse des indemnités)
  • formation
  • pré-retraite

2 – Chômage répétitif

  • succession de périodes courtes d’emploi et de chômage
  • emplois précaires (faible indemnisation) touchant les jeunes et les femmes

3 – Chômage d’exclusion (long terme)

  • les employeurs sont de plus en plus sélectifs lors de l’embauche
  • exclus : Rmistes, marginaux ou CES
  • couverture sociale nulle
  • travailleurs âgés et jeunes sans qualification

IV – Les causes du chômage en général

1 – Accroissement de la population active

  • arrivée de plus en plus nombreuse d’une population en âge de travailler sur le marché du travail
  • comportements d’activité (participation accrue des femmes). Note : ce facteur n’explique pas tout.

2 – Affaiblissement de la croissance et de la demande globale depuis le début des années 1970

  • baisse de la demande : baisse de la production : baisse de la croissance : baisse de la création d’emploi
  • en période de crise, un nombre important de personnes désire exercer une activité professionnelle (un conjoint par exemple)

3 – Concurrence

  • adaptation de l’appareil de production aux nouvelles conditions de production et de concurrence
  • investissement de modernisation, investissement de productivité
  • délocalisation
  • restructuration
  • déclin des grands secteurs d’activité
  • croissance intensive : productivité. (Note : croissance extensive : produire plus avec plus d’hommes)

NB : pour qu’une économie crée des emplois, il faut que le rythme de la croissance économique soit supérieur au rythme de la productivité.

4 – Les politiques économiques adoptées par le gouvernement

  • politique de lutte contre l’inflation : politique monétaire restrictive : hausse des taux d’intérêt : baisse de la demande de crédits : baisse de l’investissement et baisse de la consommation : baisse de la production : destruction d’emplois.
  • politique de flexibilité : emplois précaires : chômage répétitif.

5 – Le problème de la qualification

  • l’appareil de formation n’est pas toujours adapté aux besoins de l’économie
  • système trop centré sur l’enseignement général
  • les professions ne cessent de se transformer et de modifier les qualifications

6 – Accélération du progrès technique et du machinisme

7 – L’incertitude

  • les entreprises ne croient plus à la croissance durable

8 – La plus grande sélection des employeurs

  • chômage d’exclusion

9 – Les indemnités de chômage

  • point de vue des libéraux

V – Les indemnités de chômage

Il existe 2 régimes de chômage :

  • le régime d’assurance chômage, financé par les cotisations des salariés et des employeurs, géré par l’UNEDIC (Association Nationale pour l’Emploi dans l’Industrie et le Commerce) et les ASSEDICs. Versement de l’Assurance Unique Dégressive (AUD).
  • le régime de solidarité, financé par l’Etat et les fonctionnaires, géré par l’Etat. Versement de l’Allocation de Solidarité Spécifique (ASS) pour les chômeurs longue durée.

VI – Les conséquences du chômage

1 – pour le chômeur

Conséquences économiques :

  • difficultés matérielles
  • surendettement
  • diminution du revenu
  • frais de déplacement
  • téléphone, journaux, timbres…

Conséquences sociales :

  • difficultés morales : dignité
  • regard des autres
  • perte de repères, d’expérience
  • chômage : facteur d’exclusion qui affaiblit le lien social
  • divorce
  • repli, suicide
  • démarche d’inscription à l’ANPE

2 – pour l’entreprise

  • les employeurs ont le choix de la main d’oeuvre moins chère
  • les cotisations augmentent, il faut indemniser les chômeurs car sinon baisse de la demande : baisse de la consommation : baisse de la production.

3 – pour le salarié

  • les cotisations des salariés augmentent
  • crainte d’être licencié
  • multiplication des emplois précaires
  • les salaires n’augmentent plus aussi vite qu’avant

4 – pour l’Etat

  • financement de l’ASS (Allocation de Solidarité Spécifique)
  • manque à gagner par l’exonération des entreprises
  • les plans emplois coûtent cher (stages, formations…)
  • développement du travail au noir

5 – pour la région

  • exode

A cause de l’importance du chômage ces dernières années, les organisations humanitaires ont pris beaucoup d’importance.

VII – Les analyses théoriques du chômage

A – Le chômage libéral

Le marché du travail :

  • est analogue au marché des produits
  • lieu de rencontre entre des demandeurs d’emploi (offreurs de travail) et des offreurs d’emploi (demandeurs de travail)
  • lieu d’échange de marchandises
  • situation de concurrence pure et parfaite : autorégulation par le marché
  • la confrontation entre offreurs et demandeurs permet d’établir l’équilibre (l’emploi et le salaire ; la quantité et le prix) : objectif : plein emploi
  • pour que cet équilibre se réalise, il faut la flexibilité des salaires

Le chômage

Si toutes les conditions de fonctionnement sont réunies (concurrence pure et parfaite), l’équilibre sur le marché du travail est automatiquement réalisé. Mais il y a des éléments externes qui perturbent cet équilibre : SMIC, syndicats, l’Etat, les réglementations et les institutions. Seuls demeurent au chômage les personnes qui ont des exigences excessives. Les libéraux admettent aussi le chômage frictionnel.

Les mécanismes du marché du travail

La demande d’emploi est fonction croissante du salaire. L’offre d’emploi est fonction décroissante du salaire.
Les salariés comparent le salaire au coût de l’effort : c’est la désutilité marginale. Les entreprises comparent le coût salarial à la rentabilité : c’est la productivité marginale.

Le salaire d’équilibre permet de fixer le niveau de l’emploi. Les libéraux sont donc pour une plus grande flexibilité du marché du travail. Il faut donc mettre fin à l’intervention de l’Etat : l’entreprise doit détenir la position centrale sur ce marché. C’est la rigidité des salaires et leur niveau trop élevé qui sont responsables du chômage.

B – Le chômage keynésien

Critique

Les keynésien critiquent les libéraux sur 2 points :

  • les travailleurs ne peuvent pas se montrer exigeant (sur les salaires en période de crise par exemple)
  • une baisse des salaires implique un baisse de la demande donc une baisse de la production donc une destruction d’emplois

Le marché du travail

Ce n’est pas un marché et le travail n’est pas une marchandise.

Comment se détermine l’emploi ?

Pour les keynésiens, l’emploi n’est pas déterminé par le salaire mais par la demande anticipée des entrepreneurs : la demande effective. En effet, les entreprises n’embauchent pas s’il n’y a pas de débouchés.

Le chômage

L’équilibre se réalise en fonction de la demande : une partie de la population peut donc se retrouver au chômage involontaire. Keynes parle d’équilibre de sous-emploi.

Qui peut intervenir pour relancer la demande ?

L’Etat peut intervenir pour essayer d’atteindre le plein emploi (politique de relance) :

  • hausse de la demande : baisse des impôts, hausse du SMIC, hausse des revenus de transfert, hausse des indemnités de chômage
  • hausse de l’investissement : baisse des taux d’intérêt (mesure d’accompagnement), investissement public (politique de grands travaux)

C – L’analyse Marxiste

Les marxistes critiquent le système capitaliste

Marx voit dans le chômage le mécanisme qui permet de "pousser les salaires vers le bas" et de dégager un profit. Il désigne les chômeurs par "l’armée de réserve industrielle". En effet, leur présence sert à maintenir à bas niveau les salaires des personnes qui travaillent. En réalité, disent les marxistes, le plein emploi élèverait les salaires et les profits baisseraient.

Explications

Plus-value : différence entre la valeur créée par la force de travail et le rémunération de cette force de travail. Elle est prélevée par la bourgeoisie et traduit l’exploitation du prolétariat par la bourgeoisie.

Capital constant : part du capital disponible qui permet d’acquérir des machines, des bâtiments, des matières premières, des terrains…

Capital variable : part du capital disponible qui sert à rémunérer la force de travail.

Seul le facteur travail permet de réaliser une plus-value. Dans le système capitaliste, il faut :

  • concurrence
  • innovation : nécessite des moyens de financement : il faut faire des profits : économiser le facteur travail. Si la main d’oeuvre est bon marché, la plus-value sur le facteur travail est souhaitable pour les capitalistes (car le coût du capital constant est élevé).

Solution

Changer le système.

D – Faut-il baisser le coût du travail pour créer des emplois ?

1 – La baisse du coût du travail peut être une solution au problème de l’emploi

Cette baisse du coût du travail est justifiée théoriquement selon l’analyse libérale : c’est la rigidité des salaires qui entraîne le chômage. Cette politique s’est montrée très efficace dans certains pays (USA – GB) mais cette thèse doit être nuancée : c’est une des explications, pas la seule.

La productivité marginale ou le rendement d’un salarié

Dans sa décision d’embauche, l’employeur compare ce qu’1h de travail supplémentaire rapporte (productivité marginale) par rapport à son coût (coût du travail). La productivité ou le rendement d’un salarié peu ou pas qualifié est faible donc le coût du travail doit être également faible. Le SMIC est destructeur d’emploi parce qu’il est supérieur à la productivité de certains salariés (peu qualifiés). Il coûte trop cher par rapport aux richesses qu’il peut créer. Le SMIC pénalise les moins rentables : la baisse des salaires semble justifiée pour les personnes peu qualifiées.

La mondialisation et la concurrence

Qui dit mondialisation dit concurrence : il faut améliorer la compétitivité des entreprises afin de baisser les prix, baisser le coût du travail, augmenter la demande, augmenter la production et créer des emplois. La faiblesse du coût du travail dans certaines régions du monde pénalise les pays où le coût de la main d’oeuvre est plus élevée. Une baisse du coût du travail permettrait donc d’éviter la délocalisation. C’est un des arguments de la politique de désinflation compétitive.

2 – les limites de cette politique de baisse des salaires

  • Cette mesure est insuffisante : il faut tenir compte d’autres facteurs tels que l’employabilité de la main d’oeuvre (probabilité de trouver un emploi).
  • La création d’emploi dépend aussi de la demande anticipée (Keynes).

La suppression du SMIC est-elle nécessaire ?

Le SMIC est un instrument de régulation de la demande. Sa suppression aurait un impact négatif sur la consommation. En période de chômage, les employeurs sont en position de force sur le marché du travail. Le SMIC joue le rôle d’amortisseur en limitant la baisse des salaires et est une conception de justice sociale : il augmente avec l’inflation. Cela permet à tous les salariés de participer aux fruits de la croissance.

La baisse du coût du travail peut aussi reposer sur la baisse des cotisation sociales

Coût salarial = salaires + charges sociales.
La baisse des charges sociales a été adoptée par l’Union Européenne, surtout la baisse des charges sociales des employeurs. Le risque est le déficit de la sécurité sociale. Cette stratégie est indissociable d’une réforme de l’Etat providence qui se heurte au vieillissement de la population.

Le dualisme du marché du travail tend à créer une société à deux vitesses.

VIII – La flexibilité du travail

A – Flexibilité

Ensemble des moyens permettant à l’entreprise d’adapter son organisation productives aux évolutions économiques. La flexibilité s’oppose à la rigidité et aux contraintes : c’est la souplesse d’utilisation du travail salarié.

B – Les différentes formes de travail salarié

  • adapter les emplois : emplois précaires, CDD, intérim
  • adapter les salaire : les salaires varient en fonction de la conjoncture
  • adapter les horaires : horaires variables
  • adapter la réglementation : droit du travail plus souple, licenciements plus faciles, contrats moins stricts, moins d’indemnités de chômage
  • adapter les équipements : ateliers flexibles
  • adapter les travailleurs : polyvalence des ouvriers : adapter les qualifications
  • adapter les entreprises : sous-traitance

La flexibilité est une politique libérale.

C – Les 5 variantes de la flexibilité

1 – Flexibilités externes

  • flexibilité quantitative externe : consiste à faire évoluer le nombre de salariés de l’entreprise en fonction des besoins. La conséquence est la segmentation du marché du travail. Cette méthode présente le risque de créer une société à deux vitesses avec l’ affaiblissement des qualifications (CDD, intérim, temps partiel subi, réglementation souple).
  • externalisation : amène à confier à d’autres entreprises ou à des personnes indépendantes une part variable de l’activité en fonction de la conjoncture (sous-traitance).

2 – Flexibilités internes

Utilisation des salariés déjà présents dans l’entreprise :

  • flexibilité quantitative interne : permet de faire varier le nombre d’heures de travail sans modifier le nombre de salariés (de temps plein à temps partiel, heures supplémentaires).
  • flexibilité fonctionnelle : s’emploie à changer les affectations des travailleurs et repose sur leur polyvalence (ateliers flexibles, mobilité géographique temporaire).
  • flexibilité salariale : consiste à adapter le coût du travail au salaire.

D – Pourquoi cette recherche de la flexibilité ?

A cause des conditions nouvelles de l’économie : le contexte économique actuel est bien différent de celui des 30 Glorieuses.

Lors des 30 Glorieuses (bonne conjoncture) , le marché du travail était rigide (CDI) avec un besoin de main d’oeuvre, moins de concurrence et une réglementation stricte (licenciements difficiles).

Aujourd’hui (crise), le marché du travail est plus flexible (CDD) avec des périodes de chômage, une concurrence accrue à cause de la mondialisation et une réglementation plus souple (emplois précaires).

La revendication majeure des employeurs

Ils réclament plus de souplesse car ils considèrent que la rigidité est un obstacle à l’embauche. Ils veulent alléger toutes les contraintes du marché du travail (contraintes financières, administratives, juridiques). C’est une remise en cause du cadre institutionnel d’utilisation du travail.

L’incapacité des politiques keynésiennes à résoudre le problème de l’emploi

Les années 1970 sont marquées par les politiques keynésiennes de relance par la demande. Le partage de la valeur ajoutée (VA) est favorable aux salariés mais ne favorise pas beaucoup la création d’emplois. Les années 1980 marquent le pas des politiques libérales : la loi de l’offre et de la demande sur le marché du travail.

Note : l’adoption des politiques libérales a été possible grâce à la baisse d’influence des syndicats.

Les économies de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE, le club des pays riches) voient les avantages de la flexibilité

La flexibilité aboutit à la baisse du coût du travail. Le but de cette flexibilité est la rentabilité.

E – La segmentation du marché du travail

C’est la division du marché du travail en plusieurs sous-marchés sur lesquels les emplois aussi bien que les travailleurs présentent des caractéristiques distinctes. Le marché du travail n’est pas homogène : il existe des marchés du travail. Cette segmentation entraîne des inégalités d’accès au marché du travail et place certains travailleurs dans une situation privilégiée par rapport à d’autres.

F – Le dualisme

Le dualisme a été mis en évidence en 1970 par Piore et Doeringer : le système économique est structuré par la coexistence d’un secteur central monopoliste (grosses entreprises) et d’un secteur périphérique (petites unités). Ce premier dualisme en entraîne un second sur le marché du travail : à un secteur primaire, correspondant aux emplois mieux payés, mieux qualifiés et plus stables, s’oppose un marché secondaire, correspondant aux emplois moins payés et plus précaires.

On aboutit donc à une société à 2 vitesses :

  • les travailleurs intégrés forment un noyau dur : assurance de l’emploi
  • les travailleurs marginalisés restent à la périphérie : assurance de la précarité.

IX – Conséquences de la flexibilité en général

A – Conséquences positives

La flexibilité permet de lutter contre le chômage (selon les libéraux) avec un assouplissement des conditions d’utilisation de la main d’oeuvre ainsi que des facilités juridiques, financières et administratives destinées à accroître l’embauche, politique monétaire moins stricte. Exemple : les USA : développement d’emplois précaires, salaires faibles, lutte contre le syndicalisme : le chômage a baissé mais la population est découragée.

La flexibilité semble être justifiée par les évolutions rapides de la demande et pour rendre les prestations plus adaptées aux demandes des ménages et des entreprises.

La flexibilité permet aux entreprises de sélectionner les salariés avant de les embaucher définitivement.

Les savoirs-faire évoluent et deviennent vite obsolètes. Les entreprises doivent adopter la flexibilité fonctionnelle car elle repose sur la polyvalence des salariés et sur les nouvelles qualifications, nécessaires pour l’avenir.

La flexibilité permet aux entreprises de suivre l’évolution rapide des techniques avec les ateliers flexibles. Elle permet :

  • aux entreprises de passer un cap difficile
  • de réduire les coûts de l’entreprise
  • de contrôler la main d’oeuvre : syndication plus difficile

La flexibilité peut favoriser en partie les salariés : les emplois aidés ainsi que ceux qui ont une employabilité faible (probabilité de trouver un emploi).

Les jeunes peuvent aussi bénéficier de la multiplication de leurs expériences professionnelles (passage souvent obligé).

La modulation des horaires peut faciliter l’harmonisation de la vie privée et professionnelle.

Les salariés employés en CDD veulent aboutir à un CDI et cherchent à avoir la productivité maximale.

B – Conséquences négatives

L’entreprise perd les effets d’apprentissage qui résultent de l’emploi durable. Le capital humain (ensemble des qualifications que possède un individu) peut s’enrichir avec une présence longue dans l’entreprise. Les effets d’apprentissage sont sources de gains de productivité.

La flexibilité n’incite pas à la productivité (minimum de salaire = minimum d’efforts). Le salarié qui a le sentiment d’être bien traité dans l’entreprise va faire des efforts de productivité : c’est la théorie du salaire d’efficience. L’incertitude peut donc démotiver un salarié en emploi précaire : l’entreprise ne tient pas compte de la dimension personnelle et sociale du travail.

Les entreprises sont moins poussées à innover. La compétition existe en système capitaliste, or la flexibilité peut nuire à l’innovation : bénéficiant d’une main d’oeuvre peu chère, les entreprises ne remplacent pas les hommes par des machines et l’économie peut être sclérosée par manque de dynamisme.

La diversité des statuts ne favorise pas la coopération entre les employés (baisse du taux de syndication et affaiblissement des mouvements revendicatifs).

La pauvreté et la faiblesse de la demande : les revenus des travailleurs précaires sont faibles : la précarité est source de pauvreté économique et d’exclusion. Même des actifs occupés peuvent vivre en-dessous du seuil de pauvreté. La théorie keynésienne affirme que si les revenus sont faibles, l’investissement est faible car il y a peu de projets.

La segmentation du marché du travail et le dualisme.
La rotation d’une partie du personnel pose un problème d’efficacité et de productivité.
La flexibilité met l’employeur en position de force face au salarié, même ceux qui ont un CDI sont pénalisés : les salaires augmentent moins vite.

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