Voici le cinquième jour de notre voyage en Sicile.

Après une nuit paisible, nous sommes d’abord réveillés par le chant du coq puis par le raffut des autres locataires qui claquent la porte qui mène vers la salle du petit déjeuner. Au moins, on se lève tôt !

Le petit déj’ est tout simplement royal : toasts, croissants, jus de fruits, un vrai café avec du liquide dedans, des fruits… Cécile est ravie, tout est frais et cela va nous caler pour bien démarrer la journée.

Nous quittons Sélinonte et reprenons la voiture pour rejoindre Agrigente. En théorie, cela prend deux heures mais sur les routes siciliennes, tout est plus long. Les limitations de vitesse ne sont pas toujours indiquées et il existe toujours deux limitations différentes, selon que l’on possède une grosse cylindrée ou une petite voiturette. Pas facile de s’y retrouver.

Sur la route, nous nous arrêtons à mi-chemin pour admirer les ruines d’Eraclea Minoa. Il s’agit d’une ancienne colonie de la cité de Sélinonte, qui périt tragiquement au premier siècle avant Jésus-Christ du fait d’un glissement de terrain. On voit encore la cavea de l’amphithéâtre, situé en haut d’une crête qui donne une vue plongeante sur la mer. L’édifice est bien conservé, mais malheureusement recouvert d’un hideux toit de plastique blanc, qui ôte sa poésie à une oeuvre millénaire. En contrebas, apparaissent aussi les vestiges des habitations romaines dont on voit encore les fondations. Il pleut à verse et nous nous réfugions dans le petit musée archéologique qui contient plusieurs vitrines exposant les objets retrouvés sur le site : pièces de monnaies, statuettes et moulages de phallus. Nous revenons à la voiture en courant, nous abritant en vain sous nos doudounes.

Nous poursuivons notre route et décidons d’aller voir la plage et passons donc par la ville d’Eraclea Minoa : lorsque nous la rejoignons, nous sommes saucés. Il pleut tellement que les égouts débordent et les rues sont totalement inondées. Nous prenons la rue qui descend vers la mer et l’eau de pluie arrive sur la plage avant nous. La plupart des maisons sont fermées et sont très certainement des résidences secondaires.

On se sèche comme on peut dans la voiture et reprenons le chemin d’Agrigente. Nous arrivons côté port et commençons l’ascension de la ville avec la voiture. Agrigente est encaissée sur le flanc d’une colline et le centre de la ville se trouve dans les hauteurs. On monte donc en lacet, comme en montagne et les rues sont très étroites. Nous essayons de monter le plus haut possible pour garer notre véhicule et éviter d’avoir à faire l’essentiel du chemin qui mène au centre historique à pieds. Les virages en épingle sont impressionnants et nous nous accrochons vigoureusement au siège.

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Nous nous garons dans le parking face à l’hôtel de ville et flânons en quête d’un restaurant pour nous sustenter. Nous suivons les conseils du Routard et allons manger dans un petit restaurant bondé de touristes (Routard oblige). Nous choisissons tous deux un plat de pâtes en papillotes, assez bon.

L’essentiel à voir à Agrigente est la Vallée des Temples. Il s’agit d’un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco et composé de plusieurs temples qui s’alignent sur une crête qui offre ses flancs au soleil. Mais aujourd’hui, la météo est incertaine : on ne sait pas vraiment s’il va pleuvoir ou non et on se demande s’il ne vaut pas mieux reporter notre visite de la vallée des temples au lendemain. Matt donne l’impulsion : on y va!

Pour nous y rendre, nous reprenons notre véhicule et redescendons la montagne en sens inverse ! Pour nous consoler de cette descente à pic vertigineuse, dès la sortie de la ville, on aperçoit les temples en contrebas.

Pour se garer, trois parkings payants sont proposés. Nous les passons un à un mais près du n°3, nous dégottons un parking gratuit, proche d’un restaurant. Comme il est fermé, nous ne risquons pas de gêner la clientèle et profitons de cette opportunité. Nous marchons un peu sur une route aménagée pour les piétons et bordée d’amandiers en fleurs, et pénétrons dans le site.

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Nous commençons la visite par les vestiges du Temple de Castor et Pollux. Il s’agit de deux jumeaux mythologiques appelés aussi Dioscures. Ils sont les fils de la mortelle Léda et de Zeus, qu’il a séduite en se métamorphosant en cygne. Les deux frères participèrent notamment à la quête de la Toison d’Or en compagnie des Argonautes et sous l’égide de Jason. A leur mort, le héros obtinrent de leur père la vie éternelle… mais à se partager ! Du coup, l’un des deux passe depuis la moitié de l’année sur la terre, tandis que l’autre attend sagement son tour de vie aux Enfers. Le mythe a été interprété par l’école philosophique pythagoricienne comme le symbole de l’harmonie du monde. Aujourd’hui, quatre colonnes sont encore debout et forment l’angle du temple originel.

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Le temple des Dioscures (Castor et Pollux)

La suite de notre visite est consacrée au temple de Jupiter Olympien. Il s’agit d’un des plus importants temples du monde hellénique. Sa taille impressionnante en témoigne : 113 mètres de longueur sur 56 mètres de largeur. Ses colonnes sont tombées, mais leur base, encore visible, montre leur diamètre colossal. L’importance et l’originalité de ce temple tient aussi au fait qu’entre les colonnes doriques qui le ceignaient, se tenaient aussi des statues de Télamons ou Atlantes, géants de plus de 7 mètres de hauteur ! Une reproduction est exposée sur le sol et Matt est heureux de se prendre pour l’un de ses géants un moment… Cependant, la végétation a repris ses droits et il faut faire de beux efforts d’imagination pour reconstituer l’ensemble. En effet, un tremblement de terre mit l’un des plus colossaux monuments de l’Antiquité à bas au XVIème siècle.

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Atlante, géant de pierre intercalé entre les colonnes du temple.

Le soleil arrive et nous nous dirigeons ensuite vers la partie haute du site et commençons à nous engager sur cette crête où s’étendent les trois temples les plus fameux du site d’Agrigente. Le temple d’Heraklès est considéré comme le plus ancien sanctuaire du site. Huit colonnes doriques ornées de chapiteaux se dressent devant nous. A l’origine, le temple en contenait 240 ! Les touristes se succèdent tour à tour pour poser devant l’ensemble.

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Le temple d’Heraklès

Nous continuons notre visite par le temple de la Concorde. Nous l’apercevons de loin et dès lors, il est véritablement impressionnant par le degré de conservation qui le caractérise. A la grande différence de la très grande majorité des sites antiques, c’est un édifice debout et complètement conservé qui se dresse devant nous, alors même qu’il date du Vème siècle avant notre ère ! Contrairement aux autres sanctuaires, il a échappé aux tremblements de terre et aux pillages. Seule (légère ?) modification, il a été transformé au VIème siècle après Jésus-Christ en une cathédrale chrétienne.

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Le temple de la Concorde

Plusieurs siècles avant ces modifications, Cicéron, avocat romain du Ier siècle avant Jésus-Christ, faisait abondamment référence à ce sanctuaire dans ses Verrines, opposant la concordia, étymologiquement “l’unité des coeurs” de Rome aux déprédations coupables de l’horrible préteur de Sicile nommé Verrès.

Cette visite est réellement inoubliable, d’autant que le soleil se dévoile peu à peu.

A quelques pas du temple, s’étendent des oliviers âgés de 500 ans, ainsi qu’une statue moderne d’Icare tombé : après que son père Dédale ait construit le fameux labyrinthe pour enfermer le monstre Minotaure, Icare fut retenu prisonnier par le roi de Crète Minos. L’ingénieux Dédale imagina de fabriquer des ailes de cire pour lui et son fils, qui leur permettraient de s’échapper vers Athènes en volant. C’était sans compter l’idée saugrenue d’Icare d’aller rendre visite au soleil. Peu à peu, ses ailes fondirent et il fit une chute tragique dans la mer sous les yeux impuissants de son père. La statue présente le jeune homme ailé, couché et dénudé. Ses proportions sont honorables.

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Cécile trouve Icare callipyge!
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Icarus invictus.

La dernière étape de notre visite est le temple d’Héra, reine des dieux et épouse de Zeus. Il fut érigé au Vème siècle avant Jésus-Christ et avait une importance particulière dans le monde grec dans la mesure où Héra était considérée comme la déesse dédiée au foyer, et en particulier aux mariages. Avant cet événement, chaque jeune fille venait donc déposer une offrande à la déesse, et lui consacrait en particulier sa “zonè”, c’est-à-dire sa petite culotte ! L’objet symbolisait alors le passage de la vie de jeune fille à la vie de femme. De la même manière, les femmes enceintes venaient offrir leur petite culotte peu avant leur accouchement, afin d’obtenir des auspices favorables. Matt termine la visite songeur…

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Le temple d’Héra

Au retour, nous refaisons le chemin bordé d’amandiers en sens inverse. Il est tard, nous sommes presque seuls, et le soleil est éclatant. Repasser devant chacun des temples et l’observer sous une autre lumière constitue un moment magique.

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Le temple d’Héra, de profil et sous le soleil.

Nous reprenons la route du centre d’Agrigente pour nous rendre à la chambre que nous avons réservée pour la nuit. L’établissement se nomme “La Grota Greca”, ce qui avait séduit Cécile lors de la réservation. Ce que nous ne savions pas, c’est que le lieu contient effectivement une grotte dans la pièce principale et fermée par une grille, que le propriétaire des lieux nous fait visiter avec fierté. Nous nous regardons, circonspects et comprenons d’où vient ce mélange d’odeur de pierre humide mêlée à des parfums synthétiques entêtants qui tentent de la camoufler.

Peu importe, on nous a recommandé un excellent restaurant, l’Expanificio (Piazza Giuseppe Sinatra 16, 92100, Agrigente). Il s’agit d’un véritable coup de coeur et la soirée est vraiment délicieuse…

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Une semaine en Sicile : Eraclea Minoa, Agrigente et la Vallée des Temples

par Matt Lecture: 9 min
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