Enfance

1806 Mariage le 14 Mars de David Poe Jr et de Mrs Eliza Hopkins. Tous les deux sont acteurs dans la même troupe et connaissent des difficultés matérielles de toutes sortes.

1809 Naissance d’Edgar Poe à Boston le 19 Janvier. David Poe disparaît.

1811 Mrs Poe joue à Richmond où elle meurt le 8 décembre de tuberculose pulmonaire à l’âge de 24 ans. Edgar Poe est recueilli par les Allan et s’appellera Edgar Allan Poe. John Allan est un riche négociant en tabac.

1815 La famille Allan va en Grande-Bretagne ,en Ecosse d’abord, puis à Londres où le jeune Edgar fréquente l’école des demoiselles Dubourg (dont le nom reparaît dans Double Assassinat dans la rue Morguepuis Manor House School à Stoke Newington (qui servira plus tard de décor à l’action de William Wilson). Poe y reçoit une solide formation intellectuelle.

1820 Retour à Richmond. Poe fréquente diverses écoles privées.

Université

1826 Il entre à l’Université de Virginie. Il y étudie le français, l’espagnol, l’italien et le latin. En décembre, John Allan le retire de l’Université pour l’employer dans sa maison de commerce.

1827 Poe refuse de se plier à ses exigences et se rend en avril à Boston pour s’engager dans l’armée américaine sous le nom d’Edgar A. Perry. Au début de l’été, il publie son premier livre Tamerlan et autres poèmes.

1829 Mrs Allan meurt le 28 février. Poe entreprend des démarches pour entrer à West Point. En décembre, il publie son second recueil de poèmes, Al Aaraaf, Tamerlan, suivis de poèmes mineurs.

1830 Il entre à West Point.

1831 Il est expulsé de West Point. Il s’installe à New York où il publie Poèmes d’Edgar Poe, deuxième édition.

A Baltimore, il échappe à l’épidémie de choléra, on en retrouve le souvenir dansdeux contes: le Roi Peste et Le Masque de la mort rouge.

1832 Le Philadelphia Saturday Courrier publie plusieurs de ses oeuvres: Metzengerstein, Le Duc de l’Omelette, Un événement à Jérusalem, le Marché manqué et Perte d’haleine.

1833 Il obtient le premier prix d’un concours de poésie Manuscrit trouvé dans une bouteille.

1834 John Allan meurt sans rien laisser à Poe.

1835 Poe fait paraître quatre contes dans le Southern Literary Messenger : Bérenice,Morella, Lionnerie et Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall.

Mariage

1836 Poe épouse le 16 Mai sa cousine Virginia Clemm alors âgée de moins de quatorze ans.

1837 Il quitte le Messenger. Le propriètaire de la revue lui reprochait se crises d’éthylisme. En juillet à New York paraissent les Aventures d’Arthur Gordon Pym. En septembre Ligeia est publié dans The American Museum.

1839 Poe publie à Philadelphie un ouvrage de vulgarisation: Initiation à la conchyliologie. Il devient secrétaire de direction de Burton’s Gentleman’s Magazine. Il y publie des poèmes et les contes suivants: L’homme dont il ne restait rien, La chute de la maison Usher,William Wilson, Conversation d’Eiros avec Charmion, Morella.

Directions de magazines

1841 Poe devient secrétaire de direction de Graham’s Magazine. Il fait paraître dans cette revue: L’homme des foules, Double Assassinat dans la rue Morgue, Une descente dans le Maëlstrom, L’Ile de la fée, Colloque entre Monos et Una, Ne pariez jamais votre tête au diable.

1842 Virginia a sa première hémorragie. Poe est démoralisé. En avril paraît La vie dans la mort, et en mai Le masque de la mort rouge. Malgré son succès, sa situation matérielle ne s’est pas sensiblement améliorée. Il publie Le jardin paysage et Le Mystère de Marie Roget dans The Ladies’ Companion.

1843 Le Coeur révélateur paraît dans The Pioneer et Le Puits et le Pendule dans Gift. En mars, Poe se rend à Washington pour réunir l’argent nécessaire à la fondation de The Stylus, revue dont il serait le seul maître, et aussi pour tenter d’obtenir une sinécure dans un ministère, mais il s’enivre et échoue dans ses démarches. Il se trouve à son retour dans un grand dénuement.

Le Dollar Newspaper publie le Scarabée d’or qui connaît un immense succès. Le U.S. Saturday Post publie Le Chat noir et le Saturday Courier, De l’escroquerie considérée comme une science exacte .

1844 Publication du conte Les Lunettes dans le Dollar Newspaper. En avril, Poe s’installe à New-york, il publie Le Canard au ballon dans le New York Sun.

Il est obligé d’écouler sa production où il peut: L’Enterrement prématuré dans le Dollar Newspaper, Révélation magnétique et L’Ange du bizarre dans le Columbian Magazine, la Boîte rectangulaire et L’homme c’est toi dans Godey’s Lady’s Book, La Vie littéraire de M. Thingum Bob dans le Southern Literary Messenger.

Il collabore pour gagner sa vie au New York Mirror.

1845 Publication de La Lettre volée dans Gift, Le Corbeau dans l’Evening Mirror, La mille deuxième nuit de Shérazade et La Barrique d’Amontillado dans Godey’s Lady’s Book, Petite Discussion avec une momie dans l’American Review, La Puissance de la parole dans Democratic Review, Le Démon de la perversité dans Graham’s Magazine.

En Octobre, il devient propiètaire du Broadway Journal. En novembre, il publie un recueil de poèmes: Le Corbeau et autres poèmes.

Maladies…

1846 Poe cesse de s’occuper du Broadway Journal qui cesse alors de paraître. Il est souvent trop malade pour travailler et la santé de sa femme lui donne de plus en plus d’inquiètudes.

En décembre, le Saturday Evening Post et le New York Express font savoir à leurs lecteurs la détresse de Poe et invitent ses admirateurs à lui venir en aide.

1847 Mort de Virginia Poe en janvier. En mars, le Columbian Magazine publie Le Domaine d’Arnheim.

1848 En juin, publication d’ Eurêka, poème en prose. En novembre, Poe tente de s’empoisonner au laudanum, en vain. Il est malade et atteint de congestion cérébrale, il continue de boire beaucoup.

1849 Publication de Mellonta Tauta dans Godey’s Lady’s Book, de Hop-Frog, de Von Kempelen et sa découverte, de Mettre des X dans un paragraphe dans The Flag of Our Union raître. Poe semble souffrir de la folie de la persécution.

En Août, il fait une conférence très écoutée sur ” le principe poètique “. Le 3 octobre, un typographe du Baltimore Sun le trouve inanimé dans la rue.

Poe meurt le 7 octobre au Washington College Hospital sans avoir repris connaissance.

Publications posthumes

1848 Publication dans la Liberté de penser de la première traduction par Baudelaire de Révélation Magnétique. Baudelaire avait découvert Poe l’année précédente.

1856 Publication des Histoires Extraordinaires, traduction Charles Baudelaire.

1857 Publication des Nouvelles Histoires Extraordinaires, traduction Charles Baudelaire.

1858 Publication des Aventures d’Arthur Gordon Pym, traduction Charles Baudelaire.

1863 Publication d’ Eurêka, traduction Charles Baudelaire.

1865 Publication des Histoires Grotesques et sérieuses, traduction Charles Baudelaire.

Le cadre

Une époque lointaine, moyenâgeuse (présence de châteaux) dans une région centrale de la Hongrie aux moeurs si étranges que l’on croit à la métempsycose. (transmigration des âmes d’un corps dans un autre).

Tous ces éléments accentuent le dépaysement et donnent au lecteur le sentiment étrange qu’il est dans un autre monde où tout est possible.

Les personnages

Le Comte Berlifitzing: est à peine évoqué, ce n’est qu’un” vieux radoteur infirme qui n’avait rien de remarquable si ce n’est une antipathie invétérée et folle contre la famille de son rival “ et une passion pour les chevaux et la chasse. 

Le Baron Frédérick de Metzengerstein: est décrit comme n’ayant pas dix-huit ans, cruel et débauché. Pour lui, seul compte son rêve fou de puissance et de domination.

Le cheval: est de “couleur feu, sans nom” (d’où un doute sur son identité), ombrageux, intraitable, féroce, démoniaque, colossal, “impétueux, hors nature”.

Il a des performances surnaturelles: “il fait reculer d’horreur la foule” et pâlir son maître devant “l’expression soudaine de son oeil sérieux et quasi humain”.

Il est l’incarnation du mal ou tout simplement du diable, ce qui fascine Frédérick. 

Résumé

Deux familles nobles de Hongrie, les Berlifitzing et les Metzengerstein sont opposés par une haine ancestrale et une prédiction mystérieuse : 

“Un grand nom tombera d’une chute terrible, quand, comme le cavalier sur son cheval, la mortalité des Metzengerstein triomphera de l’immortalité des Berlifitzing”.

Le jeune baron de Metzengerstein ordonne de mettre le feu aux écuries de son rival le comte Berlifitzing.

Pendant ce temps, il médite devant une tenture de tapisseries représentant des figures fantastiques et est attiré par l’image d’un cheval énorme appartenant à un ancêtre sarrasin de son rival et derrière lui son cavalier mourant sous le poignard d’un Metzengerstein.

Quelques instants plus tard, on lui amène un coursier tout à fait semblable, portant les initiales du comte et qui semble s’être échappé des écuries en feu de Berlifitzing dont on annonce la mort horrible.

Le baron apprend alors que le cheval de la tapisserie a disparu en y laissant un trou. Malgré ce sinistre présage, il entreprend de dompter sa nouvelle monture. Mais la bête farouche le subjugue tellement qu’il ne peut plus se passer d’elle.

Par une fantastique nuit d’orage, la bête l’entraîne dans une course effrénée pour le ramener un peu plus tard dans le brasier de son château qui a pris feu à son tour.

Le récit se termine sur la vision apocalyptique d’une ombre gigantesque en forme de cheval, se déployant dans le ciel au-dessus des ruines, sous les yeux horrifiés des spectateurs impuissants.

Le Fantastique dans Metzengerstein

Todorov définit le Fantastique ainsi: “c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement en apparence surnaturel”.

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Dans Metzengerstein, Edgar Poe essaie de nous prouver qu’il ne croit pas vraiment à la métempsycose : “de ces doctrines elles-mêmes, de leur fausseté ou de leur probabilité, je ne dirai rien” .

Mais son récit nous entraîne, à une époque reculée, dans une région aux moeurs étranges et aux superstitions tenaces.

Edgar Poe nous fait assister à la réincarnation d’un être humain sous la forme animale d’un cheval, réincarnation qui lui permet d’assouvir la vengeance qu’il n’a pas eu le temps d’accomplir avant sa mort.

A ce titre, on peut dire que Metzengerstein est un conte fantastique, voire surnaturel.

Le cadre

L’action se situe au sommet d’une montagne, le Helseggen, sur la côte de Norvège dans la province de Nortland.

Le panorama est effroyablement désolé: les falaises surplombantes dramatiquement noires, l’océan extraordinairement hurlant et mugissant, la tempête déchaînée.

Dans la mer se forme un grand tourbillon, le Maëlstrom, véritable gouffre:

” Le bord est marqué d’une écume lumineuse mais pas une parcelle ne glisse dans la gueule du terrible entonnoir à la prodigieuse puissance de succion. “

Les personnages

Narrateur – héros : marin norvégien, homme simple, prématurément vieilli par une aventure extraordinaire qui lui a brisé le corps et l’âme et qu’il raconte au guide qui l’accompagne.

Narrateur – témoin : (guide) homme cultivé, impartial, qui se documente, critique ce qu’il a lu par rapport à ce qu’il voit. Effrayé par le spectacle, il ne peut s’empêcher d’avoir le vertige.

Résumé

Dans le prélude à l’incident, le marin raconte sa vie quotidiennement aventureuse avec ses frères.

Ils possèdent un sémaque gréé en goélette et pêchent habituellement parmi les îles où les violents remous de la mer donnent une bonne pêche, à condition de profiter du répit de quinze minutes pour se lancer à travers le canal principal du Maëlstrom au-dessus de l’entonnoir, et de profiter du vent favorable.

” Spéculation désespérée où le risque de la vie remplace le travail et où le courage tient lieu de capital. “

Une saute de vent extraordinaire surprend les pêcheurs: le bateau dérive à la merci des courants. Le narrateur et son frère se cramponnent et comprennent avec horreur qu’ils courent droit sur le gouffre dans un vacarme assourdissant.

“Le bateau semblait suspendu comme par magie, à mi-chemin de sa chute, sur la surface intérieure d’un entonnoir d’une vaste circonférence, d’une profondeur prodigieuse.”

Puis la descente ralentit et des rayons de lune pénétrèrent dans l’abîme. La barque n’était pas le seul objet qui fût tombé dans l’étreinte du tourbillon. Il décide donc de s’attacher à une barrique et de se jeter à la mer.

Le bateau sombre alors, emportant son frère. La tempête s’atténue soudain et il est rejeté à la côte. Un bateau le repêche mais il est devenu complétement méconnaissable :

” comme un voyageur revenu du monde des esprits. “

Le Fantastique

Les détails du paysage concourent à donner plus de réalité au conte et à créer une atmosphère inquiétante et dramatique: couleur noire du paysage, déchaînement des éléments atmosphériques. Les personnages sont des êtres ordinaires présentés de façon à renforcer la véracité du conte.

Quant au phénomène lui-même, l’auteur insiste sur sa réalité et sa puissance. Il avance une explication scientifique et naturelle. Mais de l’avis des deux narrateurs “pour concluante qu’elle soit sur le papier, l’explication devient inintelligible et absurde” à coté du tonnerre de l’abîme, ce qui laisse le lecteur perplexe.

Le phénomène qui paraît surnaturel s’allège grâce à une explication scientifique d’une loi naturelle: le principe d’Archimède.

Finalement, le conte se rapproche plus de l’étrange que du fantastique.