Le maturationnisme et le béhaviorisme proposent deux explications très différentes de l’apprentissage. Le premier insiste sur le développement interne de l’enfant et sur sa maturation biologique. Le second étudie la manière dont l’environnement façonne les comportements par les stimuli, la répétition et le renforcement.
Ces orientations ont marqué la psychologie et l’éducation au XXe siècle. Leur influence sur la didactique des langues n’est toutefois ni identique ni toujours directe. Le maturationnisme invite surtout à respecter le développement de l’apprenant, tandis que le béhaviorisme a inspiré des méthodes précises fondées sur l’imitation et la formation d’habitudes.
Deux conceptions opposées de l’apprentissage
| Question | Maturationnisme | Béhaviorisme |
|---|---|---|
| Origine du développement | Processus internes et biologiques | Interactions avec l’environnement |
| Rôle de l’environnement | Il accompagne et module le développement | Il fournit stimuli et conséquences |
| Observation | Étapes et rythme du développement | Modification du comportement |
| Risque | Sous-estimer l’enseignement et le contexte social | Négliger cognition, intentions et créativité |
L’orientation maturationniste d’Arnold Gesell
Arnold Lucius Gesell, né en 1880 et mort en 1961, était un psychologue, médecin et pédiatre américain. Il a joué un rôle important dans l’étude scientifique du développement de l’enfant et dans la création de la Yale Clinic of Child Development.
Gesell a observé le développement moteur, langagier, adaptatif et social des enfants. Il a combiné observations directes, enregistrements cinématographiques, entretiens et études longitudinales. Ces méthodes lui ont permis de décrire des régularités dans la succession des comportements infantiles.
Le développement comme processus de maturation
Selon Gesell, le développement suit des séquences relativement prévisibles. Les enfants franchissent généralement des étapes comparables, mais ils ne les atteignent pas tous au même âge. La maturation du système nerveux et les caractéristiques biologiques de l’individu organisent en grande partie cette progression.
Cette approche ne signifie pas que Gesell niait absolument l’environnement. Elle lui attribue plutôt un pouvoir limité sur l’ordre fondamental du développement. L’éducation peut accompagner la croissance, mais elle ne peut pas produire n’importe quelle compétence à n’importe quel moment.
Quel apport pour l’enseignement des langues ?
Le maturationnisme n’est pas une théorie spécifique de l’acquisition des langues étrangères. Il rappelle néanmoins que des apprenants du même âge ne progressent pas au même rythme et que certaines tâches exigent des capacités attentionnelles ou métalinguistiques qui se développent progressivement.
Un jeune enfant peut mémoriser des expressions, distinguer des sons et participer à une interaction simple sans pouvoir expliquer une règle abstraite. Un adolescent ou un adulte peut mobiliser des stratégies analytiques plus développées. L’enseignant adapte donc la tâche sans transformer ces tendances en destins individuels.
Les conceptions actuelles envisagent plutôt le développement comme une interaction entre la biologie, l’expérience, la culture et les relations sociales. Il ne faut ni forcer artificiellement une acquisition ni attendre passivement que la maturation accomplisse tout le travail.
L’orientation béhavioriste : apprendre par le comportement
Le béhaviorisme se développe au début du XXe siècle. Ses représentants veulent faire de la psychologie une science expérimentale fondée sur des phénomènes observables. Apprendre signifie alors modifier son comportement sous l’effet de l’expérience.
John B. Watson et le comportement observable
John Broadus Watson, né en 1878 et mort en 1958, est généralement considéré comme le fondateur du béhaviorisme américain. Dans Psychology as the Behaviorist Views It, publié en 1913, il affirme que la psychologie doit étudier les comportements selon des méthodes objectives.
Watson rejette l’introspection comme méthode centrale. Il souhaite prévoir les réponses d’un organisme placé dans une situation déterminée. Son programme donne alors une place majeure aux habitudes et aux relations entre stimuli et réponses.
Pavlov et le conditionnement classique
Les expériences d’Ivan Pavlov mettent en évidence le conditionnement classique. Dans l’exemple célèbre du chien, la nourriture provoque naturellement la salivation. Un son initialement neutre peut ensuite déclencher cette réponse après plusieurs associations avec la nourriture.
Le conditionnement classique repose donc sur l’association répétée de deux stimuli. Il ne dépend pas d’une récompense accordée au chien parce qu’il a salivé. Cette dernière interprétation confondrait le conditionnement classique avec le conditionnement opérant.
B. F. Skinner et le conditionnement opérant
Burrhus Frederic Skinner, né en 1904 et mort en 1990, étudie les conséquences des comportements. Dans le conditionnement opérant, l’organisme produit une action qui modifie son environnement. Les conséquences augmentent ou réduisent ensuite la probabilité que cette action se reproduise.
Skinner analyse trois éléments : les circonstances dans lesquelles le comportement apparaît, le comportement lui-même et les conséquences qui le suivent. Ils forment une contingence de renforcement.
Le renforcement négatif ne correspond pas à une punition. Il augmente la probabilité d’un comportement en supprimant une condition désagréable. La punition cherche au contraire à diminuer sa fréquence.
Skinner applique ensuite son analyse au langage dans Verbal Behavior, publié en 1957. Il considère les productions verbales comme des comportements dont la fonction dépend de leurs conséquences et de la communauté linguistique.
L’influence sur l’enseignement des langues
Le béhaviorisme a influencé la méthode audio-orale, conjointement avec la linguistique structurale. Apprendre une langue revient alors à former de nouvelles habitudes : entendre un modèle, l’imiter, le répéter et recevoir une réaction immédiate.
- mémorisation de dialogues modèles ;
- répétition collective et individuelle ;
- exercices de substitution et de transformation ;
- correction rapide des réponses incorrectes ;
- recherche d’automatismes de prononciation et de syntaxe.
Cette démarche peut stabiliser une structure ou améliorer la fluidité. Elle ne garantit pourtant pas que l’apprenant saura réutiliser la forme dans une situation nouvelle. Une réponse automatique dans un exercice contrôlé ne constitue pas encore une compétence de communication.
Pourquoi le béhaviorisme ne suffit-il pas ?
Les locuteurs produisent constamment des phrases qu’ils n’ont jamais entendues. Ils généralisent aussi des règles et commettent des erreurs cohérentes. Ces productions montrent que l’apprenant construit des représentations plutôt qu’une simple collection d’habitudes.
En 1959, Noam Chomsky publie une critique influente de Verbal Behavior. Il reproche à l’explication béhavioriste de ne pas rendre compte de la créativité et de la productivité du langage. Cette critique contribue au développement des approches cognitives, même si sa lecture de Skinner reste discutée.
Les conceptions contemporaines envisagent l’apprentissage comme un processus cognitif et social. L’apprenant décrit dans le CECR reçoit, produit, négocie et médie du sens avec d’autres personnes.
Que reste-t-il du béhaviorisme ?
La répétition conserve une fonction lorsqu’elle sert un objectif précis. Elle peut stabiliser une prononciation, mémoriser une expression fréquente ou automatiser une structure déjà comprise. Un retour clair et rapide aide également l’apprenant à ajuster sa production.
Ces pratiques deviennent problématiques lorsqu’elles remplacent la compréhension et la prise d’initiative. Un enseignement équilibré utilise ponctuellement la pratique guidée, puis l’intègre dans une tâche porteuse de sens.
Le maturationnisme rappelle ainsi l’existence de rythmes de développement. Le béhaviorisme souligne le rôle de l’environnement et de la pratique. Pour comprendre comment s’apprend une langue étrangère, il faut cependant ajouter la cognition, l’affectivité et l’interaction sociale.
Questions fréquentes
Faut-il parler de naturationnisme ou de maturationnisme ?
Le terme approprié pour présenter la théorie d’Arnold Gesell est « maturationnisme ». Cette orientation explique le développement par des processus de maturation en grande partie biologiques.
Quelle différence existe-t-il entre conditionnement classique et opérant ?
Le conditionnement classique associe deux stimuli. Le conditionnement opérant modifie la probabilité d’un comportement à travers les conséquences qui le suivent.
Le béhaviorisme est-il encore utile en cours de langue ?
Il reste utile pour comprendre la pratique guidée, le retour immédiat et certains automatismes. Il ne suffit pas à expliquer la créativité linguistique, la construction du sens et l’interaction.
Sources et références
- Yale School of Medicine, Arnold Gesell et le développement maturationnel.
- John B. Watson, Psychology as the Behaviorist Views It, 1913.
- B. F. Skinner, Science and Human Behavior, 1953.
- Noam Chomsky, A Review of B. F. Skinner’s Verbal Behavior, 1959.
- Jack C. Richards et Theodore S. Rodgers, The Audiolingual Method.

