Interlangue, erreurs et fossilisation dans l’apprentissage des langues

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  5. Interlangue, erreurs et fossilisation dans l’apprentissage des langues

Une erreur en langue étrangère n’est pas toujours un accident qu’il faudrait supprimer immédiatement. Elle peut révéler une règle provisoire, une généralisation ou une stratégie de communication. Elle donne ainsi accès au système que l’apprenant construit.

Larry Selinker a proposé le terme interlangue pour décrire ce système évolutif. Il ne correspond ni à la langue première ni à une version dégradée de la langue cible. Il possède sa propre cohérence et se transforme au fil des expériences.

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Qu’est-ce que l’interlangue ?

L’interlangue réunit les connaissances et les procédures que l’apprenant peut mobiliser à un moment donné. Elle explique pourquoi certaines formes apparaissent régulièrement dans ses productions, même lorsque personne ne les lui a enseignées.

Ce système reste variable. Un élève peut utiliser correctement une forme dans un exercice, puis l’abandonner lors d’un débat. La pression temporelle, l’attention consacrée au sens et la familiarité du sujet modifient la performance.

D’où viennent les erreurs ?

Le transfert entre les langues

L’apprenant interprète naturellement la langue nouvelle à partir de ressources déjà disponibles. Une proximité entre les langues peut faciliter la compréhension ou la production. Une différence peut au contraire conduire à une forme inattendue.

Le transfert n’est donc pas uniquement négatif. La langue première fournit des concepts, des stratégies de lecture et une conscience linguistique. L’objectif consiste à apprendre quand ces ressources peuvent être réutilisées et quand elles doivent être réorganisées.

La surgénéralisation

Un apprenant peut appliquer une règle régulière à une forme irrégulière. Cette erreur montre souvent qu’il a repéré une régularité productive. Elle constitue donc un progrès par rapport à la répétition de formes isolées.

L’évitement et les stratégies de communication

L’absence d’erreur ne prouve pas toujours la maîtrise. Un apprenant peut éviter les structures qu’il juge risquées, simplifier son message ou abandonner une nuance. Une évaluation pertinente observe donc la complexité et l’ambition de la production, pas seulement son exactitude.

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Erreur, faute et lapsus : faut-il les distinguer ?

Une erreur systématique peut refléter l’état de l’interlangue. Une faute ou un lapsus apparaît lorsqu’un apprenant connaît la forme, mais ne la mobilise pas dans une situation donnée. La distinction reste difficile à établir à partir d’une seule occurrence.

L’enseignant doit observer la récurrence, le contexte et la capacité d’autocorrection. Si l’élève corrige immédiatement après un signal discret, la connaissance existe probablement déjà, mais son accès reste instable.

Qu’est-ce que la fossilisation ?

La fossilisation désigne la stabilisation durable de certaines formes non conformes à la langue cible. Elle ne résulte pas simplement d’un manque de motivation. La fréquence des interactions, l’attention portée à la forme, la valeur communicative de la distinction et la rétroaction disponible peuvent toutes intervenir.

Une forme peut rester efficace pour communiquer malgré son imprécision. Si l’entourage comprend le message et ne fournit aucun retour, l’apprenant possède peu de raisons fonctionnelles de la modifier. La correction doit alors rendre l’écart perceptible et proposer une occasion immédiate de réemploi.

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Faut-il corriger toutes les erreurs ?

Une correction exhaustive interrompt la communication et surcharge l’apprenant. L’enseignant sélectionne plutôt les erreurs selon l’objectif de la tâche, leur fréquence, leur effet sur la compréhension et la possibilité réelle de les traiter.

SituationRéponse possible
La communication devient impossibleDemander une clarification ou reformuler
La forme correspond à l’objectif du coursSignaler l’écart et provoquer une nouvelle tentative
L’élève peut se corriger seulFournir un indice discret
La tâche vise principalement la fluiditéNoter quelques erreurs et les traiter après l’échange
L’erreur est isolée et sans effetNe pas nécessairement intervenir

Les principales formes de rétroaction

  • la correction explicite fournit directement la forme attendue ;
  • la reformulation reprend correctement l’énoncé sans interrompre fortement l’échange ;
  • la demande de clarification signale que le message pose problème ;
  • l’indice métalinguistique attire l’attention sur la nature de l’erreur ;
  • l’élicitation invite l’apprenant à produire lui-même la correction.

Aucune forme de rétroaction ne convient à toutes les situations. Une reformulation discrète protège la fluidité, mais l’apprenant peut ne pas la percevoir. Une correction explicite reste claire, mais elle sollicite moins la récupération active.

Utiliser l’erreur comme donnée pédagogique

L’enseignant peut recueillir quelques productions, classer les erreurs et rechercher leurs causes probables. Cette analyse l’aide à distinguer une difficulté individuelle d’un obstacle partagé par le groupe.

Il peut ensuite proposer une comparaison d’exemples, une courte explication ou une nouvelle tâche. L’objectif n’est pas de commenter le passé, mais de modifier une production future. La rétroaction devient utile lorsque l’apprenant peut l’appliquer.

Cette conception rejoint les approches cognitives et constructivistes : l’erreur n’est pas un bruit autour de l’apprentissage. Elle révèle l’activité par laquelle l’apprenant construit son système.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’interlangue ?

L’interlangue est le système linguistique provisoire et évolutif que construit l’apprenant. Elle possède ses propres régularités et varie selon les tâches et les situations.

Une erreur signifie-t-elle que la règle n’est pas comprise ?

Pas nécessairement. L’apprenant peut connaître la règle sans parvenir à la mobiliser sous pression. L’erreur peut aussi résulter d’une généralisation ou d’une stratégie de communication.

Comment éviter la fossilisation ?

Il faut rendre l’écart perceptible, fournir une rétroaction adaptée et proposer des occasions espacées de réutiliser la forme dans des tâches signifiantes.

Sources et références

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